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  • : Ariane Fornia
  • aiglures
  • : Femme
  • : 06/09/1989
  • : Trois bouquins sur mon CV : Dieu est une femme, Denoël, 2004 ; La Déliaison, avec Sylvie Brunel, Denoël, 2004 ; Dernière morsure, Robert Laffont, août 2007. * A part ça, je suis rousse, j'ai peur des escaliers et j'adore le métal hurlant.
Samedi 28 juin 2008
Article écrit hier soir, très tard, dans un état assez avancé de chagrin. A ne pas lire si vous voulez profiter des parasols, des trèfles parfumés, des coups de soleil et du beau mois virevoltant de juillet.

Chers tous,
Depuis dix minutes mes doigts errent sur mon clavier, osent tracer quelques lettres, martèlent rageusement la touche « effacer », cet article est douloureux et je ne sais pas par où le commencer.
Commençons par le plus simple : le factuel. Je suis admissible à l’ENS et je passe dans les jours qui viennent les oraux. Mes livres à venir se précisent, et je vous en reparlerai.
Venons en au plus pénible. Quelqu’un que j’aimais profondément est décédé. J’ai hésité à l’écrire ici : je sais  bien que vous ne la connaissiez pas, que vous n’avez rien d’autre à me dire que « je suis désolé(e)», que cela ne sert strictement à rien et vous place dans une situation inconfortable de sympathie forcée – d’ailleurs, je vous autorise à ne rien écrire du tout, à cliquer sur la croix rouge et oublier mon impolitesse. Mais moi, j’ai besoin d’écrire cet article.
Il y a trois ans, lors du jumelage entre ma ville et Königsberg in Bayern, à peine suis-je entrée dans la salle qu’une femme radieuse est venue vers moi, m’a appelée par mon prénom – alors que je n’avais aucun souvenir de l’avoir jamais rencontrée, mais si, il y a très, très longtemps -, m’a baignée de son sourire et demandé dans un français parfait à quelle table je voulais m’asseoir, et si je voulais rencontrer les jeunes Allemands. Elle m’a présentée à sa fille, qui est devenue une de mes amies les plus chères, et à celui qui est aujourd’hui mon fiancé. Cinq minutes plus tard, elle était sur scène, dans un costume scintillant, une guitare électrique bleu phosphorescent à la main, elle a joué Nightwish, Hammerfall, Metallica, bref, elle a mis une ambiance du tonnerre dans cette salle plus habituée aux bals musette. Elle chantait diaboliquement bien, et toujours avec ce sourire ensoleillé, la joie faite visage, et entre deux solos, elle disait à quel point elle était heureuse d’être là, cette année comme depuis plus de 25 ans, de célébrer l’amitié franco-allemande au riff et à la batterie. Bref, dès la première seconde, j’ai adoré Irene Mett-Grüne. Je n’étais pas la seule. Sa joie de vivre magnétisait toute personne qui la croisait. Je sais, on dit toujours cela quand quelqu’un meurt, qu’il était merveilleux, que tout le monde l’aimait, etc, mais pour Irene, tout le monde l’a toujours dit, et c’était la stricte vérité. Elle était juge, et j’ai rarement vu quelqu’un mettre autant de passion et de conviction dans son métier. Elle était rockstar, leader de plusieurs groupes, de la chorale de Volkslieder aux distorsions déchaînées, et sur scène, elle était tout simplement prodigieuse d’énergie et de bonheur. Elle était l’âme de trois jumelages franco-allemands et d’un millier d’associations, clubs, rassemblements, car son don naturel et son plus grand plaisir était de tisser des liens entre les gens – quand elle est morte, la douleur jaillissait des quatre coins d’Allemagne, de France, des Etats-Unis, et tous ceux qui appelaient ne le faisaient pas par politesse. Je crois que je ne connais personne d’autre qui possède un tel génie de l’amour : partout où elle allait, Irene le suscitait. A ses funérailles, on entendait que deux mots, répétés dans tous les discours, dans chaque phrase, plusieurs fois par phrase, refrain entêtant et incontournable : « Liebe, Freude » - amour, joie.
J’ai passé deux semaines chez elle, et ma grande passion pour l’Allemagne date de là. Chaque fois que j’allais outre Rhin, et ceux qui me connaissent devinent la fréquence, nous nous retrouvions chez elle, jouions à dix mille jeux qu’elle inventait, parlions d’absolument tout, pendant des heures.
Je savais que les métastases la dévoraient. Mais, contre mes - hélas - nombreuses expériences des cancers, contre l’évidence médicale, contre ma raison qui jouait les cassandres en sourdine, je n’arrivais pas à croire qu’elle pouvait mourir, car elle ne le pensait pas une seconde. Il y a trois semaines, nous avons mangé des glaces aux fruits rouges, et elle me parlait des chansons qu’elle comptait jouer, des lieux où elle voulait voyager, de mille projets, de tout ce qu’elle ferait « dès que je serai guérie », tout au futur, jamais au conditionnel. Ce n’était pas un masque destiné à nous rassurer. On m’a dit qu’elle n’avait accepté de parler de sa mort que dans les toutes dernières heures, quand l’asphyxie et les appels éplorés l’assaillaient, mais que trois jours encore avant son dernier souffle, elle continuait à parler d’avenir et de projets. Même lorsque la douleur était insupportable, elle m’écrivait pour me demander de mes nouvelles, comment se passait ma khâgne, qu’est ce que j’écrivais en ce moment, où j’allais voyager cet été, jamais, jamais pour se plaindre ou pour parler de sa maladie. Je n’ai jamais connu quelqu’un d’aussi lumineux.
J’ai promis de toujours me souvenir d’elle. Ce sera facile, car c’est un mensonge : je n’aurai pas à me souvenir, elle ne sera jamais une carte postale posée sur une cheminée mentale, un bibelot empoussiéré. Elle vivra à travers chaque instant de ma vie, car je lui dois tant d’amis, mon amour, et la langue qui est celle de mes rêves, de mon journal intime, de mes bouleversements les plus intimes et les plus troubles, l’allemand – chaque fois que je parle allemand, elle prend vie pour moi. Je n’arrive toujours pas à prendre la mesure de son absence, peut-être car on ne se résout jamais à l’inexprimable, mais aussi, parce que je lui dois tant de choses qui sont devenues miennes, que le vide me paraît factice.
Si je suis en train d’écrire à minuit et demi, m’efforçant de soigner mon style alors que le deuil ne m’inspire qu’une logorrhée d’amour et de chagrin (Albert Cohen le dit : il rabâche, ressasse, il ne se soucie pas de la mesure et du bon goût), c’est parce que ce soir je cherchais quelque chose d’elle. Pas une photo. J’en ai, j’aime son œil de zénith flamboyant, mais ce n’est pas suffisant. Car ce qui était extraordinaire chez Irene, c’est sa voix, cette voix si pleine de joie, de passion, de vie, cette voix puissante et douce à la fois, cette voix qui nous faisait frissonner quand elle prenait sa guitare. Dans mes fichiers sont toutes les chansons qu’elle jouait lors des jumelages, et j’avais un faible, très faible espoir, d’en avoir une qui ne soit pas la version originale, mais son interprétation, bref, un enregistrement de sa voix. Je les ai faites défiler en accéléré, meurtrie chaque fois que j’entendais une voix masculine. J’ai cessé mon zapping désespéré en voyant le nom d’un des derniers fichiers, et j’ai hésité une seconde avant de l’ouvrir. Car je savais que si celui là n’était pas un enregistrement d’elle, aucun ne le serait. Nothing else matters de Metallica. Sa chanson préférée. Le soir de la mort de son père, elle la chantait avec des larmes dans la voix, et nous pleurions tous avec elle. J’ai lancé la chanson, attendu avec angoisse le début du chant, et à quarante secondes environ, la première phrase est venue, et avec elle mes larmes. C’était elle. Sa voix claire, haute, puissante, animée, et sur cette chanson, infiniment douce - un étrange mélange de peine et de soulagement (soulagement d'avoir retrouvé cet enregistrement, de ne pas l'avoir perdue entièrement, d'avoir capturé un si beau fantôme) m'a aiguillonné les yeux. Rien de triste dans cet enregistrement. J’entendais son sourire, je la sentais tellement vivante, tellement présente, je sanglotais comme un enfant et je riais de la retrouver tellement là.
C’est si facile de conserver les visages, on a des dizaines d’images, mais les voix… Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureuse d’avoir cet enregistrement, je n’arrive pas à dire quelle douleur et quelle joie il m’a causé…
~

J’ai besoin d’écrire encore. La mort nous effraie tous, mais moi elle m’obsède. Je crois que je n’ai jamais cessé d’y penser – elle structure tous les instants que je vis. Mes plus grandes joies sont teintées d’une immense mélancolie, car je les sens se dissoudre à mesure qu’elles me ravissent, et c’est comme si mon bonheur m’attirait encore plus vite vers le néant qui me poursuit, qui m’alourdit de tous les instants anéantis, et qui un jour m’aura. Ma phobie des cadavres, ou plus exactement, de la décomposition, est indescriptible – d’ailleurs, la pudeur m’empêche de la décrire. Pourtant, et je sais que cette phrase aura un son horrible, j’ai l’habitude de la mort. J’ai vu mourir tellement de proches. Et j’ai hérité des morts des autres, car mon arbre généalogique est un échafaudage de tombes et de trous noirs ; ma famille s’est construite sur des deuils à la chaîne. A un tout autre niveau- j’ai honte de cette transition -,  j’ai grandi dans une ferme et il ne se passe pas un mois sans qu’on n’enterre ou ne jette au ravin le cadavre d’un oiseau, chat, chien. Des dizaines de bêtes mortes sont passées par mes mains, et je cours le plus vite possible pour me débarrasser de leur tiédeur avant qu’elle ne disparaisse, comme s’ils allaient se putréfier entre mes doigts.
Je retrouve des textes écrits quand j’avais neuf ans, et je me rends compte que je n’ai pas progressé d’un pouce. Ce sont toujours les mêmes mots, les mêmes questions qui reviennent : puisque la chair pourrit et disparaît, où vont les rêves, les sentiments, les créations, est-il possible que Faust se corrompe avec le cerveau de Goethe, que l’amour porté à une famille retourne à la poussière avec le charnier de cellules ? A quel point sommes-nous ce corps ? Comment quelqu’un peut-il être toute la vie d’un autre être humain, la raison pour laquelle il se lève, son but quotidien, son amour absolu, son Autre, son indissociable, et soudain disparaître irrémédiablement – comment la conscience peut-elle être éteinte comme un interrupteur et avec elle tout l’amour ? Comment le monde peut-il se remettre de toutes ces béances qui l’ensanglantent, ces néants inconsolables ? L’humus que nous foulons est un immense cimetière, nous vivons sur les morts, et comment tout peut-il avoir l’air aussi normal ?
C’est cette placidité de l’univers face aux drames indicibles qui me terrifie. Cette indifférence des hommes qui mettent les cimetières au cœur de leurs villes. La mort est partout, détruit sans cesse, et il ne se passe rien. Voilà pourquoi une mélancolie aussi vénéneuse, aussi lourde et inextricable, pèse sur chacun de mes instants : je ne peux voir un paysage sans penser aux siècles qui pèsent sur l’horizon, aux ombres qui soutiennent son soleil, aux océans de murmures enfouis. Toute ma vie, tous mes textes les plus personnels, sont une géologie hallucinée de ces millénaires sédimentés.
Je m’abrutis de littérature et de philosophie, et je n’ai fait que découvrir à la pleine lumière les abîmes que je devinais, sans en combler la moindre parcelle. J’ai lu tellement de choses sur la mort. Essais, poèmes, romans… J’ai trouvé des textes superbes, mais je n’ai rien compris de plus. Comment l’homme peut-il être tout et rien ? Toutes les théories me fascinent, mais aucune n’a une once de vérité pour moi. Les religions, ni les philosophies de la transcendance, ni les épicurismes, existentialismes et autres pensées de l’instant m’occupent, me distraient, m’intéressent, mais je me suis résignée à ce qu’elles ne résolvent rien. Car, même dans les moments où je pourrais vouloir être capable de céder à la lâcheté, au réconfort, vouloir croire à une autre vie, une continuité, quelque part, je repousse cette possibilité avec une facilité décourageante. Même dans le deuil, je balaie Dieu d’une pichenette. Ma lucidité est incurable.
La littérature est ma seule illusion : parfois, j’ai l’impression d’animer par les mots le fantôme, l’ombre des êtres aimés. C’est pour ça que j’ai écrit ce texte, qui vous a sans doute mis affreusement mal à l’aise.
Je voulais dire à quel point j’ai aimé Irene, à quel point je l’aime encore, à travers ce qu’elle a semé de beau et de lumineux dans ma vie. Ce qui reste de l’amour et de la vie après l’inimaginable, c’est peut-être ce seul instant, l'instant où vous lisez ce texte.

Ame au si clair foyer tremblante de m'asseoir,
Pour revivre il suffit qu'à tes lèvres j'emprunte
Le souffle de mon nom murmuré tout un soir.
Mallarmé


Pardon pour ce texte neurasthénique. J’espère que tout va bien pour vous.
Amitiés à tous ceux qui me lisent.
Ariane
par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Samedi 14 juin 2008

Chers tous,

Tout d’abord, je tiens à assurer de mon soutien psychologique tous ceux qui sont enfermés à surligner des manuels et gratter des copies au lieu d’essayer des bikinis, se vernir les orteils et manger des glaces. (C’est quoi votre parfum préféré ? Moi c’est simple : tout ce qui est rose ou violet, donc toutes les petites baies qu’on se broie les vertèbres à ramasser. Je sais, je suis une victime des colorants industriels.) Courage, donc, aux soldats du bac, des partiels, et aux endives studieuses de toute sorte. Comme dirait le vieux Charles, je vous ai compris.
En ce qui me concerne, j’attends les résultats des écrits de l’ENS et je rêve du moment où je pourrai me consacrer à écrire, écrire, écrire. J’ai plusieurs projets sur les starting-blocks, qui flottent actuellement dans un liquide amniotique encré, sous la couverture de gros cahiers en papier recyclé, gorgés jusqu’à la tranche de notes, de graffitis, ébauches et autres schémas préparatoires. Chez moi, un livre a besoin de décanter un certain temps dans un carnet, d’être sauvagement amputé et re-greffé à grands traits de plume rageuse, de mûrir, avant d’avoir droit à l’existence. C’est pour cela que je mène plusieurs projets de front : je peux m’offrir le luxe d’en laisser un mariner dans son encre pendant que je sculpte l’autre. Les Islandais purs et durs enterrent l'hiver de la viande de requin, la laissent se putréfier pendant quelques semaines et l’exhument au printemps pour la servir baignée d’alcool pur : je fais à peu près la même chose avec mes bouquins. S’ils survivent au « test de l’inhumation », si je peux encore regarder une idée en face sans rougir de honte quelques mois plus tard, ces livres obtiennent leur passeport pour l’existence. Sinon, ils rejoignent le charmant cimetière de mes avortements créatifs – où figurent, entre autres tentatives géniales, l’idée d’écrire un roman dont le narrateur serait une agrafeuse, des élucubrations sur la résurrection de mon amour Novalis qui viraient légèrement au fantasme nécrophile, ou encore des chroniques tellement bien senties que je n’aurais plus jamais pu mettre un orteil hors de chez moi. Vous voyez, la mise en bière momentanée a du bon.

~

J’avais écrit une chronique pour Métro au moment de l’affaire du mariage annulé, mais toutes les tribunes de la semaine étaient déjà prises, et les textes sur l’actu se périment très vite, surtout quand ils sont dictés par l’indignation. Vous aurez donc l’exclusivité de ce produit avarié, chers lecteurs d’Aiglures.

Revendez votre épouse !

En avril dernier, le tribunal de Lille a, suite à la demande de l’époux, annulé un mariage, au motif que la mariée n’était plus vierge au soir de ses noces. En effet, il y aurait eu « erreur sur les qualités essentielles du conjoint ».
On se croirait au service des réclamations d’un magasin d’outillage : « Produit défectueux, remboursez ! ». Ca serait sympa de faire son mariage comme son marché, non ? Imaginez. La tignasse sauvage de votre mari commence à s’effilocher comme une vieille queue de rat ? Renvoyez-le au fabriquant. Votre chère et tendre, autrefois svelte sylphide, devient un gros tas de cervelas ? Exigez donc un échange standard ! Et surtout, avant de vous marier, faites un examen complet du produit et prenez une garantie : l’arnaque est au coin de l’oreiller. Trop tard, vous êtes déjà passé à la caisse ? Revendez votre conjoint au prix de l’argus…
Non, franchement, il faudrait pas se faire gruger sur les « qualités essentielles » de la marchandise. Et pour une femme, bien sûr, c’est son statut vaginal. La femelle est une machine à bébés, avec du rouge à lèvres sur la coque pour faire joli. Ne vous laissez pas refourguer un modèle d’occasion, achetez neuf !
Ce jugement du TGI de Lille, en vérité, il signifie : « Votre cerveau, votre personnalité, tout ça, c’est de l’accessoire. Vous êtes un trou. Et s’il n’a pas été livré dans l’emballage d’origine, vous n’êtes rien d’autre qu’une marchandise défectueuse. » Quand je compare cela avec un autre procès qui vient de s’achever, celui d’un certain tueur obsédé par la virginité, j’en ai la nausée… Quand en aurons-nous fini avec cette membrane maudite ?
J’ai du mal à croire que nous sommes en France en 2008. Suggestion : pour le juge responsable, trouvons un poste au Service après vente d’une grande surface quelconque, et laissons la justice à ceux qui savent que les femmes ne sont pas un hymen flanqué d’un code barre !

A mon goût, on a trop parlé de la virginité ces derniers temps. Entre Fourniret, le monstre incurable, et ce mari furibond, un seul point commun : cette obsession malsaine, incompréhensible. Incompréhensible, car la fixation sur la virginité ne correspond ni aux lois naturelles – le lion se fout bien de savoir si la lionne a déjà procréé -, ni à l’évidence de la liberté et de la dignité de chacun, qui fonde nos sociétés. Cette fascination pour l’hymen est un remugle qui vient des tréfonds de l’inconscient, peur de l’homme face à cette femme qui détient la clé de sa perpétuation, qui est la seule à savoir de qui est l’enfant qu’elle porte, peur face à ce pouvoir féminin face auquel l’homme se sent dérisoire, avec son jouet pendouillant. Elle a quelque chose de profondément malsain : c’est l’homme qui veut compenser à la force des poings, des voiles et des chaînes la puissance qui lui manque au creux de son ventre. Asservir celle qui l’effraie.

S’il y a bien quelque chose dont j’ai horreur, dans la littérature, ce sont les scènes de première fois féminine. Les phrases du type : « elle sentit son corps se fendre et s’ouvrir », « elle se sentait se transformer », ou, pire que tout, « dans la douleur elle devenait femme ». J’abhorre, dans la presse féminine, les interviews de psys et autres tentatives d’auscultation psychique, les propos comme « La première fois définit la vie sexuelle d’une femme », « On reste toujours marquée par sa première fois », etc. Il y a une idée absolument répugnante là dedans. Comme si la femme n’était pas un être humain achevé et accompli, un être souverain, mais une pâte à modeler en attente du moule, un produit en attente du cachet apposé dans sa chair qui l’inaugurera. Comme si le pénis était un sceau qui s’imprimait dans le vagin.

J’affirme que la première fois n’a aucune importance – ou disons, pas plus d’importance que la deuxième, la dixième ou la millième. Qu’elle soit réussie ou qu’elle se passe mal, elle n’est que le prélude à la suivante. Et même si elle est ratée, quelle importance ? A moins d’un traumatisme de grande envergure, après une expérience sexuelle pourrie, et bien, on se rhabille, on continue sa vie et fait d’autres choix. On ne reste pas à vie hantée par l’empreinte du bipède quelconque que le hasard a choisi pour être le premier. J’ai horreur des chantres de l’inconscient, du traumatisme caché qui influence ta vie, de l’expérience qui fait ton destin. C’est comme si on affirmait qu’une force obscure, animale, qui vient des entrailles, qui sent le sang et les humeurs, manipulait notre volonté, notre liberté, notre clarté d’esprit. L’inconscient, c’est la malédiction d’une chair toute-puissante qui viendrait couvrir des cicatrices du corps les choix de l’esprit ; comme si, sur un bateau, les rats cachés au fond des cales venaient tenir le gouvernail.

Tuons les mots « virginité », « première fois », et tout ce qui soumet la femme à l’incomplétude. Si je puis me permettre de suggérer quelque chose : oubliez votre première fois. Les souvenirs qui marquent et qui structurent une vie, on les choisit soi-même, on ne laisse pas les coïncidences et la viande présider à leur élection.

~

Pour finir sur une note plus légère : si vous voulez me voir en photo dans mon arche de Noé natale, à cheval en robe gothique, et autres situations profondément gênantes, lisez le numéro 12 du magazine Cavalière. (Un magazine que j'aime bien, soit dit en passant. C'est un mélange très juste, entre féminin, guide d'astuces équestres et hommage au cheval ami, belles photos à l'appui.) Il publie une grande interview de ma mère Sylvie Brunel, à l’occasion de la sortie de son roman Cavalcades et dérobades… et les images valent le détour. (A celui qui se moque, je précise que la photo de moi a été prise lors d’une fête du cheval costumée ;)).
Je vous souhaite un beau mois de juin et des lectures plaisantes – n’hésitez pas à m’en faire part, je suis gourmande. Merci à tous ceux qui me lisent.
Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 25 mai 2008

Bonjour à tous,

Pardonnez-moi pour ce grand blanc... J'ai survécu aux écrits de l'Ecole normale supérieure ; après un week-end passé à me dandiner sur de la musique primitive et à me passionner pour le remariage de Gabrielle Solis (Desperate Housewives, saison 3), j'ai réussi à reconstituer assez de neurones et de muscles pour taper sur un clavier – tout doucement, n'exagérons rien, je ramasse mon cerveau avec la pelle et la balayette. Pardon pour ce retard considérable dans mes mails et mes commentaires – les commentaires, c'est fait, les mails, par pitié, encore un peu de patience. (Je rentabilise mes efforts : autant commencer par ce dont le résultat est visible;)) Je vous donne quelques nouvelles avant de replonger dans la préparation des oraux...

Je dois tout d'abord faire amende honorable et me flageller aux pieds de ceux que j'ai outragés. Vous souvenez-vous qu'en janvier dernier, lorsque j'ai dressé la liste des illusions annuelles (c'est à dire : les bonnes résolutions), j'avais osé proférer le blasphème suivant : „lire un Zola en entier, sans buter à la page 50“ ? Submergée par une déferlante de protestations indignées, j'avais courbé l'échine et juré de retenter. J'ai donc abordé La curée en me double-scotchant la mâchoire pour éviter un décrochement intempestif, et honoré mes engagements avec une bonne volonté à faire peur.
Et j'ai adoré. Adoré cet enchevêtrement de la grande histoire, celle de l'empire, et de la petite, toute petite, sentant le vieux boudoir aux tentures racornies, celle d'une nouvelle Phèdre bourgeoise et ennuyée qui se jette dans les bras de son beau-fils pour tromper l'ennui d'un mariage de convenances. Adoré cette fresque dont le canevas mêle inextricablement le cynisme et une beauté presque lyrique. A vrai dire, et je le dis en me rapetissant, d'une toute petite voix, je me suis sentie une lointaine parenté d'écrivain avec Zola. (Ca y est, vous secouez la tête, horrifiés par mes chevilles en montgolfière.) Un certain goût pour les descriptions au canif, le souci des détails trop souvent négligés, mais où loge le symbole, une propension à traîner le mythe au niveau d'un quotidien maussade, par ironie mais aussi par un reste de romantisme blessé, ou mal assumé.... j'ai trouvé une ombre sous laquelle me cacher. Du coup, j'ai repris la Fortune des Rougon, que j'avais exécré il y a quelques années, et suis restée fascinée des les premières pages par l'histoire du cimetière laissé à l'abandon, pour que les racines des ronces et des arbustes dévorent les morts... la description des fruits superbes, gorgés de pourriture, qui poussent sur les charniers et sur qui personne ne porterait la dent, par terreur superstitieuse, m'a réjouie d'horreur. A tous ceux et celles qui ont redressé mon hérésie : merci.

Sinon, reprenant mes classiques la veille de l'épreuve de français, j'ai relu Le noeud de vipères, de Mauriac. Et je suis face à un cas de conscience. Comprenez-moi bien : je voudrais détester Mauriac. Déjà, ce qu'il écrit dans Génitrix sur sa mère est impardonnable, et je vomis toute cette engeance – Bazin, Mauriac – qui profitent de quelques traumatismes mal digérés pour cultiver dans les recoins de leur cerveau rance une misogynie répugnante. D'ailleurs, je ne lui pardonnerai pas les propos orduriers qu'il a tenus lors de la parution du Deuxième sexe. Ils empestent la frustration, la haine et la peur des femmes cultivée dans les confessionnaux, les bordels et tous les temples du dégoût de soi, cette frustration fielleuse d'une vieille France étouffante. Mauriac, c'est vraiment pas cool. Ca vous catalogue „de droite“, chapelet et pot au feu en moins de deux. Bref, j'aimerais bien repousser Mauriac d'une moue dédaigneuse et retourner lire des auteurs mieux pour mon image. Mais, hélas, il a écrit Le noeud de vipères. Et je ne peux qu'admirer ce livre, peut-être justement parce qu'il démonte méticuleusement, mot après geste, de messe en repas de famille, du salon à la chambre à coucher, cette société-éteignoir dont je parlais.
C'est l'histoire d'un vieil homme à l'agonie, mariné dans sa haine, frustré d'amour, qui veut deshériter sa femme et ses enfants. Il ressasse toutes les humiliations, toutes les blessures subies et s'efforce de se montrer sous son jour le plus
haïssable ; mais peu à peu son coeur s'adoucit, et une conversion tardive scelle peut-être sa rédemption... Encore un truc de grenouilles de bénitier, un catéchisme cucul la praline ? Non... même moi, la dévoreuse de curés, je dois admettre que ce n'est pas le cas. Car Mauriac, dans ce roman, se montre virtuose. Tout est si subtil, si ambigu, si incertain, que la mièvrerie est broyée à peine arrivée. Le doute plane sur le personnage de Louis : homme bon mais incompris ou tyran succombant à un dernier vice, l'hypocrisie ? Mauriac vous laisse trancher. Et l'atmosphère de ce roman vous prend à la gorge dès les premières lignes... les pas sous les planchers des vieilles demeures de maître, l'odeur des pins et des pluies, le sifflement des secrets d'alcôve, tout est à sa place. La langue, sobre et tranchante, est traversée d'éclairs de beauté et de génie qui harponnent le regard et arrêtent la lecture pour vous laisser savourer... et parfois, quand Mauriac parle de la passion, j'ai presque vu les mânes de Racine se dessiner au coin d'une page. Rien que pour cela, je ne peux pas détester Mauriac. Dommage.... et tant mieux, finalement.

J'en reviens deux minutes à ma vie. (La couleur rose fushia vous prévient : ceci va être mièvre. Très mièvre. Je vous aurais avertis.) J'évite autant que possible de raconter mon quotidien sur ce blog, mais vous m'avez témoigné tant de sympathie en novembre dernier lors de la mort de Brazil, mon cheval adoré (cf l'article Requiem pour un cheval), que je crois devoir vous dire que j'ai trouvé un nouveau bonheur équestre... qui, bien sûr, n'effacera jamais Brazil, mais m'offre de vrais moments de joie. Depuis quelques temps, un jeune cheval, Priam, est arrivé sous ma fenêtre. (Je peux remercier ma mère, qui a su, sans rien me dire, chercher un cheval que je puisse aimer... et qui m'a amenée le voir à l'élevage de Christiane Boudet, dans l'Hérault, en taisant le fait qu'il était pour moi, parce qu'elle savait que j'aurais refusé de voir un autre cheval après la mort de Brazil.) Priam a trois ans et demi, une robe telle qu'on la croirait dessinée – fond crème, crinière mi-noire, mi blanche, queue noire, une large tâche de lait sur l'encolure, là où se porte la main du cavalier, comme si trop de caresses l'avaient émoussé, balzanes blanches puis noires, liste déviée qui lui donne un air d'arlequin manqué et oeil comme cerné de khôl. Je suis tout simplement tombée amoureuse de lui. Je pourrais passer des heures à vous dire à quel point il est curieux, attentif, affectueux, vous raconter qu'il ne me lâche pas d'une semelle dès que je suis dans son parc et me poursuit longtemps du regard quand je m'en vais, qu'il apprend à une vitesse stupéfiante et que parfois, j'ai l'impression qu'il essaie tout pour me faire plaisir, que ses allures sont superbes et bref, que je suis folle de ce cheval, mais je pense que vous me pensez déjà complétement gaga et allumée, ce qui n'est pas faux. Je rajouterai donc juste que je dois à Alain Bellanger, magicien équestre qui m'aide à le dresser, d'avoir un cheval aussi parfait, et que vous en saurez plus dans Cavalcades et dérobades, le dernier roman de ma mère Sylvie Brunel (cf l'article Cavalcades et dérobades) : le personnage de Dan est inspiré par son histoire.

A propos de Cavalcades et dérobades, pour ceux qui voudraient en savoir plus, de nombreux journaux, sites et magazines en ont parlé : Cheval au naturel, Cheval Pratique, Le Cheval, le supplément Equitation du Monde, L'Equipe, Le Cheval, la Provence, le Dauphiné Libéré et Télé Z. Certains d'entre vous ont peut-être pu entendre Sylvie Brunel aux Grosses têtes. Le 29 mai sort une grande interview dans Cavalière. Enfin, si vous êtes du côté de Blois lors des Rendez-vous de l'histoire, vous pouvez assister à sa conférence sur le cheval – je vous préciserai le thème exact dès que je le connaîtrai.

Paragraphe déplaisant : J'aurais été ravie de proposer aux méridionaux de se retrouver le week-end prochain à la Comédie du livre de Montpellier, mais malheureusement, je peux faire une croix dessus... Pour la petite histoire : depuis des années, ma mère et moi participons à toutes les Comédies du livre, et ce rendez-vous annuel avec nos lecteurs était toujours très agréable. Mais cette année, la librairie Sauramps, qui nous accueillait sur son stand, nous a signifié „qu'avec ce qu'a fait mon père, ils ne veulent plus entendre parler de nous“. C'est sûr, Cavalcades et dérobades met en scène des chevaux qui ont tous leur carte de l'UMP, et dans Dernière morsure, les punks, le shit et la vodka votent Sarkozy à tous les alinéas. Sauramps réinvente le code staliniste de conformité aux critères du Parti et l'étend à tout l'arbre généalogique, c'est intéressant. J'ignorai qu'il faille débarquer chez eux la faucille et le livret de famille au poing, ne l'oubliez pas si vous espérez leur acheter un livre... Bref, nous ne nous verrons pas.

Malgré la préparation des oraux, je vais essayer d'être une blogueuse plus assidue, je le promets. Merci à tous ceux qui me suivent, malgré les intermittentes désertions... J'espère que tout va bien pour vous.

Amitiés,
Ariane


par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 4 mai 2008

Cher tous,

Pardonnez moi pour mon retard pachydermique dans la gestion de ce blog, des commentaires, de mes mails : les écrits du concours de l’ENS commencent le 15 mai… Je suis prise dans des tourments existentiels du type « A quoi bon vivre ? Pourquoi écrire ? Qu’est ce que je fais sur Terre ? Putain, où j’ai mis ma grammaire latine ? » depuis trois semaines, j’essaie de colmater les brèches du savoir qui se carapate hors de mon cerveau à toute allure depuis qu’il sait que je compte l’utiliser, bref, dans les moments où je lâche mes bouquins griffonnés jusqu’à la moelle, une profonde léthargie engourdit mes membres et je reste, hagarde, le regard vide comme un hall de gare, à admirer le plafond. A part ça, tout va bien.

Je reviens dès que possible. A ma prochaine résurrection ;)

Amitiés,

Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 30 mars 2008

Bonjour à tous,

Le 2 avril sort chez Lattès Cavalcades et dérobades, le dernier roman de Sylvie Brunel – écrivain, professeur et ma mère.


La quatrième de couverture :
« Rien n’est plus merveilleux qu’un cheval » affirme Laura, directrice d’école d’un petit village de la Drôme, si passionnée par les crinières qu’elle en néglige son mari, Jean-Luc. Carmen, elle, engloutit son maigre salaire de femme de ménage dans l’entretien de ses chevaux et délaisse son fils Pablo qu’elle élève seule avec un courage infini. Quant à Dan, le dresseur, celui qui possède le don inouï de rendre dociles les montures les plus rétives, celui que tout le monde admire et jalouse, il cache derrière son apparent succès une blessure personnelle. Comme dans les tragédies antiques, le cheval peut être maléfique… Laura en fera la douloureuse expérience lorsqu’elle verra Jean-Luc déserter le domicile conjugal. 
Un roman à plusieurs voix, profondément humain, où s'entremêlent les destins d'hommes et de femmes apparemment forts, souvent solitaires, mais solidaires. Un vibrant hommage au cheval-ami qui rend heureux ceux qui l'aiment.

 D’habitude, dans cette rubrique, je présente mes livres à moi, je suis donc obligée d’être modeste et ne pas vous dire tout le bien que j’en pense. ;) Mais là, c’est la fête, je vais pouvoir me lâcher.

Cavalcades et dérobades est un hymne au cheval, à sa beauté, à sa puissance et au bonheur inouï qu’il procure. Cavalcades et dérobades, c’est l’histoire de femmes et d’hommes dont la vie et les rêves sont peuplés de chevaux. Ce ne sont pas des cavaliers professionnels : ils ne fréquentent pas les compétitions, ils ne font pas courir, sauter leurs chevaux, ils ne les présentent pas à des concours Modèles et allures. Ce n’est pas une histoire de ce genre. Non, ces personnages sont des amoureux du cheval. Des cavaliers du dimanche, mais qui aiment passionnément leurs montures, qui seraient bien incapables de s’en sortir sur un parcours d’obstacles, mais dont le quotidien tourne autour des chevaux. L’équitation n’est pas pour eux un simple hobby. Leurs chevaux sont plutôt leurs démons familiers : c’est sous leur regard qu’ils se lèvent, vivent, tentent de changer leur vie, s’aiment, c’est autour d’eux que se nouent et se dénouent les amitiés.
Bien sûr, je ne vais pas vous baratiner, si vous avez horreur des chevaux ou pas la moindre espèce d’intérêt pour eux, ce roman n’est pas pour vous. Mais il n’y a pas besoin d’être cavalier pour aimer ce livre : il suffit d’avoir une fois déjà rêvé devant un pré où jouaient des chevaux.

 Et puis, il n’y a pas que des chevaux dans Cavalcades et dérobades. C’est aussi, et c’est un aspect du livre que j’apprécie particulièrement, une galerie de portraits de femmes fortes. Laura a quarante-deux ans, et dans sa vie souffle un grand vent de tempête quand Jean-Luc, son mari, la quitte pour une femme plus jeune et qu’elle continue à assumer, seule, un quotidien toujours plus complexe. Carmen – je crois que c’est mon personnage préféré – a une cinquantaine d’années. Elle a grandi en Espagne, entre les jambes des andalous, dans une famille d’hommes de cheval. Elle élève seule son troisième enfant, est femme de ménage et remplit chaque jour deux journées de travail, l’une à l’école, l’autre chez le marchand de chevaux Dumas, pour pouvoir nourrir ses deux chevaux. Verna a été richissime, sublime et choyée dans une autre vie, et elle a choisi d’abandonner ce quotidien fastueux pour échapper à l’emprise d’un mari dominateur, et reconstruire sa vie – des montagnes de dette et la galère au quotidien sont le prix de sa liberté. Sylvie Brunel met en scène de façon incroyablement juste ces destins de femmes, libres, indépendantes, mais terriblement seules et souvent dépassées par les raz de marée quotidiens.

Le roman est construit de manière polyphonique, donc je rassure les lecteurs masculins, qui se disent « c’est quoi ce bouquin de gonzesses », trois hommes prennent aussi la parole, et les chapitres de deux d’entre eux sont d’une drôlerie et d’une cruauté jouissives. (Je sais de qui je tiens…) Jean-Luc est le mari de Laura, il n’en peut plus d’avoir une femme qui sent le cheval et le crottin 24h sur 24, de retrouver des brins de paille dans son lit, de dormir dans une chambre tapissée d’images de chevaux, comme s’il vivait avec une gamine de onze ans qui passe plus de temps à bichonner ses gros herbivores poilus qu’à le câliner lui. En plus, il est banquier, il rêve d’une femme avec un brushing lisse et des talons aiguilles pour faire bonne figure dans les dîners d’affaire, et Laura ne correspond pas exactement à ce modèle. Dumas est maquignon, c'est-à-dire marchand de chevaux et entubeur professionnel. C’est son métier de faire passer une vieille carne boiteuse pour un fringant destrier, et c’est particulièrement facile depuis que les « bonnes femmes » ont envahi le milieu équestre : elles seraient prêtes à acheter n’importe quelle bourrique, du moment qu’elle a une jolie robe d’indien et une longue crinière prête à tresser.

Sylvie Brunel sait raconter une histoire, et c’est quelque chose que je dois encore apprendre d’elle. Ce qui m’a bluffée à la lecture de Cavalcades et dérobades, c’est sa capacité à poser ses pions, les avancer lentement, puis soudain emporter le lecteur dans un jeu effréné de rebondissements à plusieurs voix. Hier soir, j’ai ouvert le livre au hasard – je précise que je le connais déjà par cœur, j’ai lu le premier jet, les différentes versions retravaillées, les premières épreuves, ma mère et moi fonctionnons en symbiose – et je n’ai pas pu m’empêcher de le relire une 5e fois, parce que l’intrigue est prenante et intelligemment menée. Il se passe plein de choses dans ce roman, liaisons et déliaisons, rivalités, vengeances, coups du sort, bref, tout ce qu’il faut pour passer une bonne soirée (en ce qui me concerne, de préférence entortillée dans une couette, un thé à la myrtille à la main).
Bon, je crois que la conclusion de cet article s'impose d'elle même : je vous le conseille ! ;)

 Pour celles qui tiennent des sites et blogs littéraires : si vous voulez contacter l’attachée de presse de Sylvie Brunel, c’est par ici.

 J'espère que tout va bien pour vous.
B
onne semaine à tous,
Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Les livres
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Lundi 24 mars 2008

Merci mille fois à ceux et celles qui sont venus me voir au Salon du livre. Merci à ceux dont je connaissais déjà le nom, le pseudo ou le visage - Caroline, Laurence, Laetitia, Rémy, Sophie, Sylvain, Lucie, Clara, Mathilde… ai-je oublié quelqu’un ? -, et aux inconnus jusqu’alors, Clément, Grace, et ceux dont j’ai oublié le nom, ingrate que je suis… n’hésitez pas à laisser un commentaire pour me rappeler à l’ordre ! Merci pour votre chaleur, vos sourires et votre soutien. Vous savez que plusieurs amis auteurs m’ont envié mes lecteurs, tellement adorables, ont cherché à vous subtiliser à moi… mais j’ai farouchement monté la garde ! ;) Merci aussi à tous ceux qui étaient  trop loin pour venir mais m’ont envoyé des ondes positives. ;) Bref, merci d’être là, de me suivre et de me sourire !

Chers tous,

Ah, le week-end de Pâques… Mes plus chaleureux remerciements à Jésus qui est mort sur la croix pour racheter nos pêchés : sans toi, je n’aurais pas pu passer le week-end à lire en mangeant du chocolat… Merci pour ton sacrifice, qui m’a permis de dévorer La valse lente des tortues, de Katherine Pancol, Pas de mari, pas d’ennuis, de Carol Clewlow, Des trolls et des hommes de Selma Lagerlöf, plus une quantité appréciables de magazines et de journaux. Je vous en fait un petit compte-rendu…

- Des trolls et des hommes est une sélection de contes. Leur auteur, Selma Lagerlöf, est née en Suède en 1858, dans le Värmland, région de lacs et de montagnes qui fourmillait de légendes populaires, influence qui baigna son œuvre. Elle fut la première femme à recevoir le prix Nobel en 1909. Je commence à me plonger dans ses livres et j’aime leur ambiance si particulière, à mi chemin entre un réalisme teinté d’humanisme et de compassion, et un fantastique exubérant, jubilatoire. Des trolls et des hommes illustre bien ce délicieux cocktail : c’est une sélection de contes, mi fabliaux, paraboles morales, mi contes fantastiques dans la droite ligne du romantisme allemand. Si le merveilleux se révèle, si les trolls accourent parmi les hommes, si les lacs et les cimes se nimbent de secrets, c’est pour mieux éclairer les hommes, et les rendre meilleurs. Je crois que le lecteur aussi un peu changé, comme après un envoûtement… très agréable.

- Pas de mari, pas d’ennuis est tout simplement hilarant. Le genre de livre qui exaspère les personnes se tenant à côté de vous, car vous ne cessez d’émettre des petits couinements et autres pouffements étouffés, sans parler de soudaines giclées d’hilarité bruyante. C’est l’histoire d’une célibataire assumée qui, la cinquantaine arrivée, se souvient de sa vie, de ses choix, décortique les hommes qu’elle a connus, brocarde les diktats du couple et de la maternité (« de la propagande à la Goebbels »). En plus, elle est entourée de copines, mère et cousine absolument dingues, dont elle souligne les travers avec un bonheur d’écriture rare. Rarement la chick lit a été aussi jouissive !

- La valse lente des tortues est la suite tant attendue des Yeux jaunes des crocodiles. J’étais ravie de retrouver Joséphine, la chercheuse cocufiée et un peu niaise devenue auteur à succès, Iris, sa sœur aussi fourbe et vaine que belle, Luca, l’énigmatique amant de Joséphine, Shirley, la meilleure copine délurée à la généalogie étrange, Hortense, la jeune fille prête à écraser l’univers entier sous elle pour réussir, et tous les autres… Dans cet opus, le cœur de Joséphine connaît de véritables ouragans, un fantôme s’immisce dans le quotidien, Iris reprend du service après sa dépression et traverse elle aussi la tourmente, Henriette est prête à tout pour arracher Marcel des bras de Josiane… Je crois qu’il est encore meilleur que le premier, si ce n’est pour les épisodes de maraboutage et autres bébés envoyés par le Ciel : Katherine Pancol doit visiblement toujours caser un truc totalement délirant et invraisemblable dans ses bouquins. Le délire extralucide mis à part, La valse lente des tortues se dévore comme une tablette de chocolat aux noisettes. Un régal. Vous commencez, vous êtes accro. Katherine Pancol a un véritable don pour nous divertir et nous tenir en haleine.
J’aime quand la littérature « plaisir » ne prend pas ses lecteurs pour des abrutis. Je n’aime pas les auteurs qui nous infligent 800 pages de dialogues indigents, de bribes à la grammaire et à la typographie disloquées, tout ça pour que l’histoire n’ait pas bougé d’un iota – suivez mon regard.

 

Sinon, Lenka m’a posée la question suivante :

 Bonjour, je voudrais juste savoir, si cela est possible, comment commencer un roman. Je dispose de plein de trucs dans mes tiroirs, mais ça fait brouillon! Merci!!!

 « Si cela est possible »…Ah, Lenka, tu as cerné le problème ! ;) Si la recette miracle du roman existait - « un début en fanfare, cinq ou six personnages un peu dégénérés, quelques rebondissements en fanfare, deux cuillères à soupe d’humour, deux d’action, trois d’amour et un zeste d’érotisme, une fin émouvante et c’est prêt à emballer ! » -, cela ne ferait pas deux ans que je noircis des cahiers et me triture les neurones dans tous les sens pour écrire mon roman. Mais je me sens des trésors d’inventivité aujourd’hui et je vais faire comme si je savais.

Tout d’abord, je pense que tu peux mettre de côté les « plein de trucs » que tu as dans tes tiroirs. On ne construit pas une intrigue à partir de fragments décousus. Il te faut oublier tout ce que tu as écrit jusqu’ici et élaborer les grandes lignes de l’intrigue. Rien ne t’empêchera, plus tard, quand la structure de ton roman sera fermement définie, d’exploiter les bribes qui dorment dans tes meubles, d’utiliser une situation, une description, un dialogue déjà écrit. Mais cela est une étape bien ultérieure. Ne te base pas sur cela pour construire l’histoire, cela risquerait de ne pas tenir debout. Au début, je me répète, tu dois faire le vide dans ton esprit (ouvrir grand tes chakras et ton troisième œil, prier les forces créatrices de la Terre de descendre sur toi et de t’irradier d’énergie, iiiioooon…) et te demander :

Qu’est ce que je veux raconter ?

Pourquoi, pour qui ?

 

(Un mois plus tard.)

Voilà, tu as ton histoire. Tu vas raconter l’histoire de Daphné, qui après une enfance difficile à manger des rognures d’ongles dans un foyer tenu par la machiavélique Ursula Von Drachenloch, a rencontré le prince charmant, Pierre, et eu avec lui une fille, Noémie, qui plume les pigeons écrasés pour s’en faire des parures. Sauf que Daphné apprend par Luna, sa meilleure amie qui a des champignons multicolores plein le placard, que Pierre la trompe. Daphné décide donc de quitter le foyer, de partir avec Noémie sur les routes. Elle ira jusqu’en Patagonie avec Luna retrouver son vrai Moi dans un road-movie déjanté. Inclus quelques scènes torrides avec Gene, un jeune Américain lui aussi venu chercher son Moi, dans une tanière de loups des steppes quelque part en Mongolie. Pour le final spectaculaire, on impliquera quelques extraterrestres, et une révélation tonitruante : Ursula Von Drachenloch venait de Saturne. Donc, comment commencer ton roman ?

 

Version réaliste :

Née le 7 avril 1966, Daphné mesurait un mètre soixante et avait un gros grain de beauté en forme de tractopelle dans le cou. Son nez était piqueté (ça fait bien, piqueté, genre tu fais du style) de tâches de rousseur qui lui donnaient l’air mutin ( = scènes de cul à prévoir. C’est tout bon, ça.)

 

Version « in medias res » :

-         Salaud !, hurla Daphné tout en jetant son sèche-cheveux au visage de Pierre.

-         Mais chérie, voyons, que se passe-t-il ? (Les personnages de roman construisent de jolies phrases très « comtesse de Ségur » et disséminent du « voyons » entre deux propositions, et ce, même quand ils se prennent un sèche-cheveux dans la poire.) Tu sais très bien ce qui se passe, connard ! Je sais que tu baises Cynthia ! ( Le trash est fashion.)

 

Version impressionniste :

Un sèche cheveux qui fend les airs.

Une femme qui pleure.

Salaud.

Cris.

Un homme désemparé. (Le lecteur dort déjà.)

 

Version introspective :

Une femme qui trompe son mari ? Mais pourquoi éprouvé-je donc le désir irrépressible de mettre cela en scène ? Serait-ce, comme le prétend Docteur Ukulélé, mon psychanalyste, que des traumatismes enfantins se font jour dans mon subconscient. Ah, je ressens la peur de la page blanche. Mais Pierre a-t-il vraiment trompé Daphné ?

 

Version stream of consciousness : (= j’ai pas envie de me fouler à mettre des virgules)

Il m’a trompé, se disait-elle, oui mais se pourrait-il que ce soit vrai pourtant je me souviens de notre nuit de noces nous étions sur un paquebot je ne savais pas comment éplucher les écrevisses sans catapulter les yeux à l’autre bout du pont oh non je ne peux pas le voir avec Cynthia nu ses petites fesses flasques sur son… non je ne dois pas penser à ça ai-je bien pendu la lessive ?

 

Version tourmentée :

Daphné ? Mais se nommait-elle vraiment Daphné ? Qui sait quelles puissances obscures définissent notre identité et bouillonnent comme de petits chaudrons au plus profond de nos cerveaux et concoctent la tambouille existentielle ? Daphné, oui. Non. Peut-être Julia, en fait. Daphné comme les fleurs dont les corolles embaumées parsèment la surface apaisée du lac, elle y pensait souvent… si on sait jamais à quoi on pense. (Aie, t’as perdu le fil, mec.)

 

Version trash :

Oh oui Pierre, beugla cette pute de Cynthia, la tête renversée, les cheveux collés par la sueur, tandis que Pierre achevait vite fait son devoir pour fumer sa clope post-coïtale, sentir la fumée descendre en lui, et ça, c’était encore mieux que la chatte mal épilée de cette braillarde de Cynthia. (Rajouter quelques considérations sur la déliquescence de la société capitaliste.)

 

Version poétique :

Daphné pleurait, les perles irridescentes de son chagrin chatoyaient sur sa joue pâle comme un linge frais, et le brun mordoré de son œil se noyait dans d’amères ondées.

 

Version régionaliste :

Le calme ensoleillé du petit village de Buis-les-Baronnies, qui incarne à lui seul la quiétude et la douceur de vivre provençale, avec sa petite place ombragée par de grands platanes centenaires, le crissement délicat des cigales qui paressent sous la lumière de juillet et ses étendues de lavande, fut troublé par le cri de Daphné.

 

En page de droite : buis-les-baronnies.jpg

Légende : Le charme champêtre et bucolique de la douce ville de Buis-les-baronnies où sont nés mes aïeux, dont mon pépé Marius qui a pris la photo. (Note de l'auteur.)

 

Version désinvolte :

Pierre trompait Daphné. Ca arrive tout le temps. T’as encore envie de lire ça, lecteur ? Bon, faut dire que Daphné avait fait original : un sèche-cheveux dans la tronche, quand même, faut le faire.

 

Plus sérieusement, Lenka : lis. Lis, lis, lis sans cesse, fais une razzia dans ta librairie, dévalise la Fnac, mets la bibliothèque municipale à feu et à encre, abreuve-toi de littérature, ne boude aucun genre, aucun auteur, frotte-toi à tout. C’est en lisant assez pour que chaque influence soit conjurée par une autre que tu te formeras, peu à peu, ton propre style et, surtout, ta propre vision du monde. Car je crois que dans tout roman germe un point de vue sur le monde, une philosophie de vie, une idée des hommes et de leur univers.

 

Un dernier conseil : oublie tous mes conseils. Lance-toi. Ne suis aucun modèle, aucun maître à penser. Pour commencer un roman, il faut le commencer, tout simplement.

 

Très bonne semaine à tous !
Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Réponses à vos questions
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Dimanche 16 mars 2008

Bonsoir à tous,

 Je feuilletais hier le dernier Magazine littéraire, dont la couverture m’avait interpellée : « Que valent les blogs littéraires ? » J’ai rampé vers la page indiquée en priant pour ne pas être citée, j’imaginais bien un truc du type : « Quant au blog d’Ariane Fornia, n’en parlons même pas, il atteint les abysses les plus opaques de la nullité, elle invoque les esprits des loutres et donne la recette des spaghetti, en plus, elle passe son temps à s’auto-glorifier et à préciser où et quand on peut apercevoir sa tronche sur-permanentée, comme si ça intéressait qui que ce soit ; Ariane Fornia révèle par l’indigence de ses posts hebdomadaires le désert aride de sa pensée. Décidemment, un tel étron de papier n’est pas soluble dans le génie germano-pratin. » J’avais, fort heureusement, surestimé ma notoriété sous le coup de la terreur : bien évidemment, le Magazine littéraire n’a jamais entendu parler de ce blog. Ouf. Parce que, personnellement, je ne suis pas du genre à envisager mon blog comme « un espace d’expérimentation ». Mes expérimentations honteuses, je les bidouille dans le plus grand secret de mon atelier, j’éponge les coulées baveuses et ne viendrais certainement pas placarder ici le produit de ces épanchements. Pour moi, c’est très simple : soit je juge mon texte mauvais, et il reste dans son tiroir. Je ne supporterais pas de voir quelqu’un critiquer ou, pire, citer et reproduire, ce que je considère comme un rebut.  Soit je le trouve bon, et dans ce cas, il n’a pas à être bazardé hâtivement sur le web, il s’intègrera à une construction structurée et publiée. Un extrait peut éventuellement figurer sur le blog, mais bien à titre d’extrait, et certainement pas de fragment autonome. Je n’aime pas les disséminations hasardeuses.

Mais je ne veux pas non plus que ce blog devienne un simple prétexte à mon auto-promotion. Alors c’est un vrai casse-tête toutes les semaines : qu’est ce que je vais bien pouvoir vous raconter ? Quelque chose d’intéressant, assez correctement écrit pour ne pas me déshonorer, mais pas assez littéraire pour que vous puissiez croire que je le considère comme un échantillon d’œuvre… En général, j’en suis réduite à vous raconter ma vie, mais j’essaie d’éviter de changer Aiglures en nouveau Journal de Bridget Jones, genre, mon poids, combien de yaourts je me suis enfilé aujourd’hui, ma vie sexuelle et le recensement de mes disgrâces. Mais, tous les dimanches, c’est un vrai numéro de funambule. Alors, si vous pensez que quelque chose doit changer sur ce blog, dites le moi. Pensez-vous que je devrais, en parfaite contradiction avec les principes que j’ai énoncés plus haut, livrer mes esquisses, mes poèmes de jeunesse sur la première fois que je me suis fait larguer, ou celui sur la chauve-souris qui hante la troisième poutre du toit, et me livrer moi aussi à « l’écriture expérimentale » - écrire toute une page sans verbes, par exemple, intitulée « La peine de mort selon le point de vue d’un poil de sourcil » et se fixant pour défi de ne jamais utiliser de voyelles ? (Moi, sceptique quant à la littérature « expérimentale » ? Mais noooon… J’adore le nouveau roman, par exemple. C’est très utile au quotidien : pour tuer des mouches, laissez l’insecticide au placard, lisez-leur plutôt du Duras.) Ou, au contraire, voudriez-vous en savoir plus sur Moi Ma vie Mon chien Mon chéri Mon pantalon préféré Mon mascara fétiche ?
Je sens que vous allez faire comme d’habitude. Vous n’allez rien répondre du tout et me laisser continuer à improviser sur du rien du tout jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ah, je sais, je sais, ça fait six mois que ça dure, bande de sadiques.
Cela dit, parfois, certains me viennent en aide. Monsieur « SilverWizard », par exemple, m’a envoyé cette semaine un questionnaire qui occupera bien un article.

 « Si tu devais choisir un livre pour…

un très long voyage en train ? Un John Irving. Une veuve de papier, par exemple. Ou Le monde selon Garp. Long et savoureux : de quoi survivre à un Valence – Würzburg en treize heures et huit changements.

une nuit blanche ? Un Stephen King. Simetierre, par exemple. Histoire de voir toute une horde de zombies me dévorer les orteils et finir la nuit lumière allumée. Ou les nouvelles fantastiques de Maupassant… Ou Dracula ! La scène du bateau conduit par un mort, ou de la transformation de Lucie, à trois heures du matin, il y a de quoi mourir !

ta dernière heure terrestre ? Les Hymnes à la nuit de Novalis. On ne peut mieux finir une vie. Ou les dernières pages des Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar. « Entrons dans la mort les yeux ouverts… »

un mois sur une île déserte ? Faustus, de Thomas Mann. Il y a presque de quoi s’occuper un mois.

lire à celui que tu aimes ? Les souffrances du jeune Werther.

lire avant une nuit d’amour ? Les liaisons dangereuses, évidemment. C’est le livre le plus sensuel de tous les temps !

le prêter à ta petite soeur ? Ta vie va changer, de Marie Aude Murail. J’avais adoré ce livre quand j’avais huit ou neuf ans.

le prêter à ta meilleure amie ? La série des Georgia Nicholson. C’est tellement bon.

le prêter à ta mère ? Les chutes, de Joyce Carol Oates. D’ailleurs, c’est elle qui me l’a fait découvrir.

te sentir bien ? Attentat, d’Amélie Nothomb. Une telle virtuosité alliée à tant de méchanceté me met en grande joie.

te sentir mal ? Arlington Park, de Rachel Cusk. Ce livre est génial mais oppressant… Ou La pitié dangereuse, de Stefan Zweig… on en apprend trop sur soi même.

savourer ? Tellement de livres sont savoureux… Une pièce d’Oscar Wilde, ou son Portrait de Dorian Gray. Encore mieux : Le fantôme de Canterville. Quel bonheur ! Une pièce de Marivaux, de Molière (être toujours aussi drôle 350 ans après, c’est un miracle !). 

dormir ? Un « nouveau roman » ;).

rêver ? Des poèmes de Rilke, des ballades de Brentano, un conte de Tieck, le livre 6 de l’Enéide de Virgile, le récit de la descente aux enfers d’Orphée dans les Géorgiques, Hamlet

réfléchir ? N’importe quel bon livre ! Disons Mars, de Fritz Zorn.

t’émerveiller ? Goethe, Shakespeare, Dante, Novalis, Heine, Tieck, Rilke, Verlaine, Baudelaire… »

 Libre à vous de répondre à votre tour ! 

Bon, je lance l’ultime rappel ? Rendez-vous mardi à 18h au Salon du livre de Paris ? Promis, après, je ne vous embête plus.
Merci de me lire et à très vite.
Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Mercredi 5 mars 2008

Chers tous,

 

Pardonnez-moi pour cette longue absence… J’ai trucidé quelques dissertations et autres devoirs démesurés, honoré des engagements que j’avais pris, bouclé quelques projets, me suis cassé deux orteils, suis allée voir Bienvenue chez les ch’tis avec ma mère née à Douai, ai supervisé la naissance de bébés golden retriever et le dressage d’un cheval – en période de vacances, je retrouve ma nature profonde : fermière -. J’espère que ça justifie ma désertion…

 
 

Je tiens une promesse faite il y a déjà longtemps : vous parler de La sibylle, de Pär Lagerkvist, écrivain suédois, prix Nobel de littérature en 1951. J’ai entamé la lecture de ce livre à minuit et demi, une veille de devoir sur table massif, en me disant « juste 10 minutes, ça va me désinfecter un peu les neurones ». Mais, pour le malheur de mon sommeil, La sibylle n’est pas le genre de livre-apéricube qu’on picore indolemment avant de retourner à ses occupations. La sibylle s’enchaîne aux doigts jusqu’à la dernière page. (Résultat, j’ai passé toute la journée du lendemain au radar, mais c’est dans mes habitudes et ça valait le coup.)

Lagerkvist.jpg

 

Le livre s’ouvre sur l’histoire d’un homme désespéré. En Judée, un condamné à la crucifixion à demander à s’appuyer quelques instants contre le mur de sa maison, pour se reposer de son fardeau ; mais l’homme, craignant le contact avec un réprouvé bientôt cadavre, l’a chassé. Le condamné l’a maudit. Depuis, sa vie se délite, son bonheur fuit de jour en jour ; d’étranges rumeurs courent en Judée, le crucifié serait le fils de Dieu…

 

L’homme se rend à Delphes, pour connaître son destin. Mais celui-ci est si terrible, si inhumain, si innommable, que les prêtres de la pythie le chassent du temple. L’homme va alors trouver une vieille femme qui vit recluse sur les hauteurs de Delphes, une ancienne pythie, exclue de la cité pour un crime affreux. Cette femme lui raconte son histoire…

 

Ce livre m’a éblouie. Chaque page est baignée de lumière ; la lumière drue des pierres blanches de la Grèce antique, les reflets de l’Adriatique ; la pureté de vies simples, cousues de rites et de croyances ; la lumière divine enfin, celle qui éclaire la sibylle qui dans ses transes touche le Dieu. La langue de ce livre est fluide et nette comme la taille des pierres qui forment les colonnes d’un portique, et à travers cette radieuse simplicité, elle évoque avec ferveur la question de la foi, du rapport au divin, de la faute et de la culpabilité. Le monde antique est saisi dans son effondrement imminent : déjà surgissent les premiers chrétiens, et, comme toujours, c’est au moment où elle se brise qu’une civilisation apparaît dans toute sa clarté. Alors que l’histoire prend un tournant irrévocable, que la relation au divin va changer à jamais, elle est capturée avec une rare beauté.

 

Mais La sibylle n’est pas seulement une histoire de Dieux, c’est avant tout l’histoire d’une femme, de son long chemin de vie escarpé et entrecoupé d’énigmes, une superbe et tragique histoire d’amour aussi. Bref, c’est un livre lumineux, une rare merveille qui éveille autant la jouissance que la pensée… je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus !

 

 carl-rottmann-die-insel-delos.jpg

Image : L'île de Delos, par Carl Rottmann, un peintre allemand du XIXe, néo-classique, spécialisé dans les paysages grecs inondés de lumière...

 

Sinon, que vous dire… Je travaille pour le concours en rêvant du moment où je serai enfin libre d’écrire, et en craignant ce moment où je serai livrée à moi-même, sortie des voies ardues mais si bien balisées de la prépa, où le travail a le bon goût d’empêcher de réfléchir, livrée à moi-même et à la nécessité de construire ma vie. Je ne sais toujours pas ce que je veux faire : pour une Amélie Nothomb, combien d’écrivains obscurs et oubliés, pour une Muriel Barbéry, combien de petites fourmis délaissées ; « écrivain », ça fait rarement bien auprès du banquier. Et puis, je ne suis pas sûre d’avoir la force mentale pour supporter l’éternel face à face entre moi et la feuille blanche, sans rien pour s’immiscer dans cet oppressant huis clos, sans rythme de vie pour canaliser mes imprévisibles jets créatifs. Mais travailler tous les jours de 9 à 18h ne me laisserait jamais pondre une seule ligne, et je rancirais dans la frustration comme un vieux vinaigre ; être prof me paraissait être un bon compromis, mais là, je vois un journal traîner sur la table, « 60 agressions de prof par jour en moyenne », hmm. Et puis, traduire des chansons de Tokyo Hotel auprès d’élèves infoutus de se souvenir qu’on dit « es geht mir gut » et pas « ich gehe gut », à moins de vouloir renseigner son interlocuteur sur ses facultés de locomotion, ça risquerait de me cultiver une colonie de cafards à l’âme. Bref, je me triture les méninges – déjà mobilisées 24h/24 par mon futur roman. Voilà pour ma vie fascinante.

 
 

A propos du salon du livre :

 

Je serai à la soirée d’ouverture, le jeudi 13 mars, et je dédicacerai Dernière morsure le mardi 18 mars, de 18h à 19h. (Je radote pour ceux qui n’auraient pas suivi.)

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J’espère que vous allez bien, et que vous avez déniché des pépites parmi les sorties littéraires. Quelqu’un a-t-il lu le dernier roman de Didier van Cauwelaert, La nuit dernière au XVe siècle ? Il est sur ma liste de lecture… Van Cauwelaert est un auteur qui ne m’a encore jamais déçue, j’espère que ça continuera !

 
 
 

A très vite,
Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Samedi 9 février 2008
J'écris cet article pour vous prier de m'excuser de ne pas en écrire. Je suis absolument submergée de travail depuis une semaine, et cela risque de s'étendre encore sur les deux semaines à venir ; pardonnez moi ma désertion.

Je n'ai pas eu le temps de modérer les commentaires, ni de répondre à mes mails, je sais, la confession commence à être salée, je vous jure de m'infliger quelques mortifications (plus de chocolat pendant deux jours, par exemple) pour expier ces fautes  dès que j'en aurai le loisir.

Cela dit,  si je vous manque, vous pouvez jeter un coup d'oeil au site de Métro : j'ai publié une chronique sur Barack Obama vendredi. Et le 13 ou le 14, il y en aura une sur la St Valentin.

J'ai plus de précisions concernant l'heure de dédicaces, le 18 mars au Salon du livre de Paris : ce sera de 18 à 19h.

Si je manque à mes devoirs, et oublie de vous parler dans un prochain article de La sibylle de Pär Lagerkvist, rappellez-moi à l'ordre : ce serait une faute professionnelle grave que de vous cacher ce chef d'oeuvre qui m'a éblouie - au sens propre du mot : rarement la lumière, qu'elle soit stellaire ou divine, a fusé, coulé, jailli avec autant de force et de grâce que dans ce court roman.

Et pour me faire pardonner, je partage avec vous le sonnet le plus beau, le plus magique de la langue française (le sens de la nuance ne fait pas partie de mes innombrables vertus). La première fois que je l'ai lu, il y a quelques années, j'ai senti une onde glacée parcourir ma nuque et les larmes me sont montées aux yeux. Alors, plongez vous dans un climat de dévotion, ne zieutez pas vos SMS en même temps, fermez MSN pour qu'un couinement d'orange scintillant ne vienne pas interrompre l'extase, fermez You Tube, joignez les mains et lisez lentement, très lentement.... ne le profanez pas !

Artémis

La Treizième revient... C'est encor la première;
Et c'est toujours la seule, - ou c'est le seul moment;
Car es-tu reine, ô toi! la première ou dernière?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière;
Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement:
C'est la mort - ou la morte... O délice! ô tourment!
La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule:
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux?

Roses blanches, tombez! vous insultez nos dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle:
- La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux!


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Ce week-end, au lieu des élucubrations d'Ariane, vous avez eu un joyau de Gérard de Nerval : vous avez gagné au change. Donc, vous me pardonnez ?
A bientôt.... j'espère !

Ariane
par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 3 février 2008

Chers lecteurs,

A ceux qui ont lu Dernière morsure : vous souvenez-vous de la description de l'auteur mal aimé, abandonné derrière la muraille de ses livres vierges, aux confins de l'ennui et du désespoir, dans un salon du livre où personne ne s'intéresse à lui ?
Si oui, je sais que vous ferez tout pour m'éviter cela. J'ai foi en vous.
Je serai au Salon du livre de Paris pour signer Dernière morsure, le mardi 18 mars, une heure dans la soirée - entre 18 et 21h, je ne connais pas encore l'heure exacte. Je serais heureuse de vous voir, de mettre un visage sur les noms de ceux qui me suivent semaine après semaine, et bien sûr de prouver ma reconnaissance par une dédicace de Dernière morsure. (Si vous n'avez que Dieu est une femme ou La Déliaison, vous pouvez aussi me l'apporter, mais soyez discrets, évitons d'être hâchée menue par Robert Laffont ;)).
Pour les lecteurs de mon blog, j'ai prévu un petit truc spécial... une surprise qui fait écho à une vieille promesse ! Je vous en reparlerai bientôt, promis. 

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