Réponse à la question de Maoboy747
Ah, si vous saviez comme j’aime quand vous me posez des questions ! Tous les week-ends, je me fouette hors de mon coma dominical, m’enracine mollement face à mon écran, et me dis : « Quand même, ces pauvres lecteurs, ils ont payé seize euros pour lire ta description des gothopoufs et des croulants, voire plus, s’ils ont eu le courage de lire tes autres livres, et toi, tu fainéantes, tu ne tiens pas ton blog à jour ! Tu leur dois bien un article par semaine, quand même ». Et je prie tous les loutres et bouquetins de la voie lactée de m’insuffler l’inspiration divine. Donc, quand vous me posez des questions, mes synapses encroûtées retournent à leur néant, et je soupire d’aise : merci, maoboy747, de garantir par tes questions ma contribution hebdomadaire à la pagaille virtuelle, viens là que je t’épouse. (Dragée sucre ou chocolat ? Personnellement, je ne mets rien au dessus du cacao, mais dans un couple, il faut bien faire des concessions.)
Donc, maoboy747 a écrit :
« Ton style brut de décoffrage ne t’empêche-t-il pas parfois d'exprimer ce que tu ressens vraiment ? Je veux dire par là que tu es très dans l'extrapolation, l'hyperbolique(...) et que si tu énonçais finalement ton réel avis mesuré, cela enlèverait un peu de piment à la lecture.»
Bien sûr, si j’écrivais « l’adolescent a entre 11 et 18 ans » au lieu de « L'adolescent est une créature inachevée. On peut présenter la chose ainsi : lorsque les pustules se résorbent et que le corps cessent de grandir pour commencer à vieillir, l'adolescence s'achève. », je ne vois pas pourquoi un éditeur prendrait la peine de jeter un coup d’œil au manuscrit. Si je sombrais dans la mesure et l’objectivité, personne n’aurait jamais entendu parler de mon bouquin, et c’est bien normal. Tout simplement parce que Dernière morsure est un livre de chroniques. Et qui dit chronique dit angle d’attaque. (Sinon, ça devient aussi palpitant que la liste de mes courses au Franprix d’en face.) Mon angle, c’est l’ironie, l’hyperbole, la métaphore échevelée, bref, la distorsion volontaire, mon objectif premier étant de faire rire. « Exprimer ce que je ressens vraiment » est très secondaire, cela donne par endroits sa touche d’authenticité au livre et l’empêche de se transformer en catalogue de figures de style, mais honnêtement : tu lis un bouquin pour savoir ce que l’auteur ressent vraiment ? Personnellement, je me fiche éperdument de savoir si Flaubert connaissait une Emma et de ce qu’il éprouvait pour elle : la seule chose qui compte, c’est le roman Madame Bovary. La sincérité n’est pas une valeur en littérature…
« Tu te sens (ou sentais, ça change rapidement chez moi en tout cas) dans ce monde adolescent et à la fois très en dehors. Les superficialités de ce milieu te dérangent et finalement, même si ce n'est pas clairement établi dans l'ouvrage, ce sont donc les individualités et les caractères (pas de La Bruyère! Mon humour du matin n'est pas à juger ici!) qui font que tu t'intéresses aux gens. N'as tu pas l'impression que finalement c'est comme ça dans tous les milieux? Je suis à la fac et j'avoue qu'en dépit du fait que les gens y soient très différents par rapports au lycée, je les sectarise quand même jusqu'à les généraliser et les trouver insipides... Dois-je consulter? »
Non, tu ne dois pas consulter. Evite le divan, sauf si tu as vu ta voisine se faire violer par un troupeau de morses. Hmm, pardon, j’oubliais que j’étais censée parler de mon « œuvre » (ça va, je plaisante), pas donner des leçons de vie. Je crois que je ne souscris pas à ton analyse de Dernière morsure. (Je dis ça en prenant des pincettes, car un auteur n’est pas censé analyser ses propres bouquins, selon les règles en vigueur dans le milieu ;)). La superficialité ne me dérange pas si elle me fournit de quoi écrire. J’adore les poufs, les racailles et les rebelles, ils me fournissent du diesel à paragraphes. Les personnalités m’intéressent quand je vis, ou quand j’écris un roman, mais certainement pas pour rédiger des chroniques, tout simplement parce que la chronique fonctionne comme une photo volée : il faut capter le détail révélateur, la lumière particulière, un relief éphémère. Il n’y a que dans certaines parties plus personnelles de Dernière morsure que je me suis intéressée à la psychologie de mes personnages, mais ce n’était pas dans une perspective critique. Il s’agissait plutôt de présenter une échographie du cerveau adolescent (donc partiellement du mien). Bien sûr, les clichés colonisent tous les milieux. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas trop y prêter attention. Laisse aux gens une chance d’être connus de toi, même s’ils écoutent Avril Lavigne ;). (Voilà que je recommence à me la jouer moraliste. Je devrais lancer une secte. « Mieux vivre avec Ariane », avec séances de « loutre-thérapie » à la clé : retrouvez votre équilibre personnel en jouant avec des loutres. Si vous réussissez à ne pas vous faire foudroyer par les aiguillons venimeux, vous avez gagné.)
« Mes autres questions appellent des réponses à la Closer donc je ne les poserai pas! »
Quel dommage. Tu as perdu l’occasion de me voir poster une vidéo à la Paris Hilton.
« Sinon, comme idée de post, tu pourrais nous raconter tes penchants pour jean-pierre coffe ou tes culinarités favorites... Je sais! Une petite analyse historique sur Utopia de Thomas More, je dis pas ça car c'est un exposé très proche pour lequel je n'ai encore rien fait, mais juste pour très ton avis là dessus.. Bon je te laisse j'ai encore toute une bibliographie à inventer pour l'exposé que je dois rendre à 13 heures! »
Joker ;) Utopia, je l’ai lu en Reader’s Digest, alors ne compte pas sur moi ;). Dear Maoboy, j’espère avoir répondu à tes questions ?
A part ça, 3615 Ma vie. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai commencé à écrire des chroniques pour Métro, à fréquence irrégulière.
Pour consulter mon Anti-liste de Noël : http://metrofrance.com/fr/article/2007/12/06/12/3408-37/index.xml
(Faites pas gaffe à la photo, je la déteste. Oui, je suis une fille : pénible dès qu’un film argentique pointe le bout de sa bobine.)
Pour mes lecteurs suisses : vous me retrouvez dans Edelgirls ce mois-ci. J’ai adoré répondre à cette interview. Les Suisses sont cool.
J’entre en période de concours blancs, le look courgette macérée est de retour : je suis plus blafarde que les culottes ectoplasmiques de Dracula. Et je prie Noël de bouger ses fesses et d’arriver plus vite. Il pleut, j’ai les cheveux imbibés de déchets acides. Mais rien ne saurait entamer ma bonne humeur, ni les déjections industrielles ni les dissertations à venir : mercredi, je vais voir Tannhäuser à Bastille ! (Je suis une mordue d’opéra. Et Wagner-addict. Et il paraît que cette interprétation est à se pâmer. Forcément, ça détend les zygomatiques.) Je vous en parlerai. Je vous souhaite à tous une bonne semaine et un bon rush de dernière minute pour dénicher les cadeaux parfaits (par exemple, y a un bouquin qui s’appelle Dernière morsure, c’est une gamine qui a écrit ça… aïe, je suis grillée). A très vite. Ariane