Requiem pour un cheval

Publié le par Ariane Fornia

Mon cheval est mort hier. Brasil, bois de braise. Quand un cheval se casse une jambe, il n’y a plus rien à faire, si ce n’est mettre fin aux souffrances inouïes d’un animal qui appuie sa demi tonne sur un membre brisé et tente malgré tout de se mouvoir, torturé par l’immobilité encore plus sûrement que par la fracture. On ne contraint pas la liberté faite chair : le cheval condamné à ne plus galoper doit mourir. 

Bien sûr, je pleure dix ans de bonheur, de mille gestes qui nouent, peu à peu, ce rapport magique entre le cheval et son cavalier. Je ne dirais pas qu’un cheval est intelligent, j’ai toujours des scrupules à appliquer ce terme à un animal ; mais ce dont je suis sûre, c’est que le cheval est sensible, terriblement et merveilleusement sensible, peut-être le plus sensible de tous les animaux qui tolèrent la présence humaine. Un cheval est un cœur à fleur de peau, une cire vierge sur laquelle chaque frôlement laisse sa marque, une créature frémissante et réceptive à chaque caresse, coup, odeur ou image qui se porte sur lui. Un cheval vous observe, note le moindre de vos mouvements, attend, craint, puis espère votre attention. La vue d’un objet avec lequel vous l’auriez frappé il y a des années le tétaniserait : il n’oublie jamais rien. Le cheval est fait pour l’homme, fait pour se souvenir de tout ce que l’homme verse en lui, crée avec lui. Le cheval que vous avez su faire votre précède tous vos gestes, et toujours à ses côtés vous sentez son ombre attentive se porter sur chacun de vos pas. Un cheval se façonne, jusqu’à devenir un double. L’autre soi, plus beau, plus fier, plus libre. La part du mythe. 

Dix ans de rêve s’effondrent en un frémissement de seringue. Brasil, mon cheval de légende, mon arabe crépuscule, mon délire noir nuit qui levait dans son sillage tout un peuple de démons, spectres et cavaliers sans tête dont il serait la digne monture. La perte d’un cheval a quelque chose de vertigineux. C’est un pan entier de mon imaginaire qui disparaît. Brasil me faisait walkyrie, sorcière ou princesse des ombres ; à cru sur son dos, je voyais surgir des landes hantées, des cascades islandaises et des blizzards féeriques, je me sentais tellement libre, forte, aérienne, déliée… et son grand cadavre raide, cet œil terrifiant de vide me laisse terrienne et morne. J’avais tissé dans la crinière noire de Brasil toute une mythologie, et sa mort est la chute de l’Atlantide. Alors ce requiem pour mon cheval, le plus beau, le plus merveilleux, le plus divin de tous les chevaux qu’il m’a été donné de côtoyer, ce cheval que j’ai aimé passionnément, doit être un jaillissement de torrent, un coup de tonnerre, une avalanche. Ce sera la Chevauchée des Walkyries. Et je fais vœu de pleurer chaque fois que je l’entendrai. 

Seuls les chevaux peuvent guérir de la mort d’un cheval, alors j’ai passé la journée avec eux. J’aime leur attention frémissante, leurs yeux ouatés, leur crinière à l’odeur de terre qu’on fait voler sous les galops, leur calme rassérénant, leurs allures de bourrasque, leurs oreilles tendues par la curiosité, leur puissance sauvage à la portée de l’homme. Toute la magie de la nature piégée entre quatre sabots. Les chevaux font rêver même ceux qui ont peur de les approcher. Et moi, je ne vivrai pas sans eux. 

Je tiens cette fascination passionnée de ma mère, qui m’a posée sur le dos de sa jument avant que je sache me tenir sur mes jambes. Elle publie au printemps un roman, centré sur les chevaux et ceux qui les aiment. Je vous en parlerai bientôt. La perspective de relire cet hymne à la passion du cheval me fait du bien. 

 En attendant, je vais retourner auprès des chevaux, apprendre à en aimer d’autres, recommencer un rêve : je ne vivrai pas sans eux. 

Décembre arrive tout enguirlandé : je vous souhaite un bon mois de course aux cadeaux dans des magasins bondés, bataille avec les aiguilles du sapin, kilos accumulés, beaux moments de rêve et de sérenité.

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Publié dans Divers

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V
<br /> j ai perdu ma jument hier je pleure pleure pleure ...chaque seconde represente une souffrance insoutenable...je suis effondrée et le mot est faible.<br /> Ma vie va changer, mes agissements futures vont etre une etape; premiere nuit en sachant que je ne la retrouverai pas, premier jour de fac en ayant un sentiment d abandon dechirant.<br /> merci pour ton texte il est magnifique<br /> pour l instant j ai limpression que je n y arriverai jamais<br /> <br /> <br />
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E
Bonsoir, je suis tombée par hasard sur votre requiem , suite à la mort de ma jument ( morte à 38 ans) d'une paralysie du larynx,  trés probablement du à un problème au cerveau, je l'ai faite "endormir " .J'ai passée 31 ans de bonheur et de partage , alors vraiment j'ai ressenti, vécue et partagé pleinement votre histoire.Je n'ai plus d'autre chevaux , suite à mon divorce il ne me restait plus qu'elle,et je suis , malgre mon entourage , totalement seule sur terre ...... Merci encore d'avoir trouvé les mots pour "décrire" notre amour des chevaux
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A
<br /> Chère Elisabeth,<br /> Merci pour votre commentaire qui m'a beaucoup émue... Je comprends vraiment votre peine et votre sentiment de solitude. Je sais, cela aura du mal à vous consoler, mais vous avez eu une chance<br /> inouïe de garder votre jument aussi longtemps. Mon Brazil est mort à 18 ans, en pleine forme, j'ai eu bien peu de temps avec lui.<br /> Ne pouvez-vous pas avoir un autre cheval ? Un petit cheval, qui prend peu de place, qui n'aurait pas une grande valeur marchande, mais qui vous permettrait de renouer avec ce sentiment merveilleux<br /> de partage et de communion avec un animal aussi beau, serein et gratifiant, qui vous permettrait de briser votre solitude et votre frustration ? Il n'y a que par les chevaux qu'on guérit des<br /> chevaux...<br /> Je vous souhaite encore de beaux moments équestres, et n'hésitez pas à revenir ici.<br /> Bien à vous,<br /> Ariane<br /> <br /> <br />
C
Mes condoléances pour ton cheval..J'ai récemment perdu mon chien, c'est pas la même chose mais bon..J'ai eu des cheveaux mais on dû les vendre pour une histoire de terrains illégal, bref un truc qu'on a pas comprit.. Mais bon!Je voulais te dire que je t'avais vu passer au Grand Journal il me semble, pour présenter Dernière Morsure.J'en ai fait un article sur mon blog, tu peux le voir ici: http://maleficiane.skyrock.com/35.htmlVoilà! En éspérant que tu passes,Bonne continuation et félicitation d'écrire et publier!Bloody Velvet Kisses
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A
<br /> Chère Maleficiane,<br /> Je suis désolée pour ton chien et pour les chevaux dont tu as dû te séparer...<br /> Merci pour ton gentil commentaire. J'ai fait un tour sur ton blog !<br /> Bises<br /> Ariane<br /> <br /> <br />
C
Hello! Mmouais ça a du aller je pense...on verra, surprise à la rentrée :-) Je fais des études dans la communication ( médias, langage...etc), super intéressant mais faut s'accrocher!! Bonnes vacances et joyeuses fêtes à toi aussi et à tout les bloggeurs :-)
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A
Merciii :) J'espère que tu en as bien profité ? Et bonne année 2008 :)Bises
C
Me revoilà! Malheureusement, ça fait bien longtemps que je ne suis pas venue sur ton blog ( examen d'université :-(  ) Quelle tristesse, c'est toujours terrible la perte d'un animal. Je n'ai jamais eu de cheval, mais à la mort de mon poisson rouge, j'ai tellement pleuré que j'ose à peine imaginer ta peine pour un animal comme le cheval!!! Courage en tout cas, personne ne pourra t'enlever les moments que tu as passé avec lui!!Bisous depuis la Suisse :-)
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A
Alors, ces examens ? Tu étudies quoi ?Contente de te revoir ici en tout cas :)Merci pour ces gentils mots d'encouragement. Bonjour à la Suisse et bonnes vacances ;) Bises !