Mes excuses les plus plates, version relookée
Retour virtuel, lundi 22 octobre.
Après avoir survécu à un raz de marée de dissertations et établi en trois parties que l'existence devait être justifiée ou que le roman et le poème, c'est pas pareil - je sais, mes neurones culminent en ce moment -, je reviens vous parler des spaghetti. Et oui ! Je vois vos visages catastrophés d'ici, mais vous avez voté ! Vous vous rendez compte... je vous propose de parler culture et spiritualité, et vous me plongez les babines dans l'amidon... Bon, bande d'hédonistes, bon appétit, les résultats du vote furent les suivants :
Les spaghetti : 3 voix.
Les albums: 2 voix.
Les films (un malheureux cinéphile a ramené sa bobine dans cette confrontation démocratique de première importance) : une voix.
En me saisissant de mon boulier et me concentrant très fort, j'établis le total de participation à six voix. La démocratie va mal. Allez, à table.
Achetez 250, 500 ou 1000 grammes de pâtes, selon votre situation familiale et la présence ou non d'une armada de mioches à neutraliser. Si vous avez des moins de un mètre à la maison, je vous suggère d'éviter les spaghetti et d'opter pour une forme qui ne risque pas de pulvériser des mouchetures de sauce tomate sur le plâtre, mais je suppose que vous m'avez pas attendue pour savoir ça. Choisissez bien vos pâtes, afin d'éviter les blés centiformes de Tchernobyl. En général, la présence d'un ruminant tacheté à l'air repu sur l'emballage vous oriente vers les bons trucs de chez nous. Vérifiez l'étiquette quand même.
Saisissez vous d'un objet circulaire, de diamètre d'environ quarante centimètres, aux parois hautes de trente centimètres à peu près, carbonisé au fond et muni d'une poignée qui risque de vous valoir une brûlure au trente-sixième degré si vous la positionnez côté passage. On appelle ça une casserole. Remplissez la d'eau. N'oubliez pas d'y jeter une poignée de gros sel et quelques gouttes d'huile, pour éviter de finir avec un magma aggloméré de bouillie blanchâtre en guise de repas. Faites bouillir en mettant le couvercle sur la casserole, parce que Al Gore il a dit qu'il fallait sauver la planète. Attendez l’ébullition (non, quelques frémissements homéopathiques au fond du plat, ça ne compte pas. Il faut que ça vous saute au visage. De bonnes pâtes valent bien une petite greffe et reconstruction faciale.) Jetez les pâtes dans l’eau. Pas de trop haut non plus, les JO c’est à Pékin. Remuez toutes les dix secondes (histoire de ne pas accentuer l’incinération orchestrée au fond de la casserole). Goûtez à intervalles réguliers, sans vous cautériser la langue, ça serait dommage pour la suite. Au moment fatidique, disposez tout préalablement afin de pouvoir enchaîner les actions avec une dextérité et un professionnalisme digne des plus grandes étoiles de l’opéra, mettez la passoire dans l’évier et les condiments à portée de main, allez y, versez les pâtes dans la passoire. Pas à côté, la sauce fond d’évier est rarement de bon ton en société. Renoncez à cette déplorable habitude qu’ont certains ménages, à savoir rincer vos pâtes à l’eau froide. (Vous rincez le gratin dauphinois avant de servir, vous ? Personnellement, le festin d’éponges, c’est pas mon truc.) Versez IMMEDIATEMENT le beurre (et oui, de bonnes pâtes exigent quelques calories, faites moi confiance) et les condiments de votre choix (gruyère, parmesan, fricassée de cèpes au poivre mêlé moulu et aux herbes de Provence revenue dans l’huile d’olive, je sais pas moi, ayez un peu d’imagination) dans le plat. Je dis bien immédiatement. Ce n’est pas le moment de téléphoner à Tatie ou de se manucurer les orteils. Le beurre qui fond onctueusement dans les pâtes ardentes comme la braise, c’est la clé du palais des délices. (Oulalalala.) Mangez tout de suite. Faites une série d’abdos après.
Voilà, ça m’apprendra à proposer des sujets stupides. Vous avez vu, j’ai relevé le défi ;)
Mais quand même, on va parler des albums. J’ai un petit côté bayrouiste, vous comprenez.
Donc, mon panthéon personnel, dans l’ordre de vénération :
1 * David Bowie – Aladdin Sane. J’ai hésité entre Ziggy Stardust, Aladdin Sane et Diamond dogs, alors, j’ai fait la moyenne chronologique. Bowie lascif et désespéré sur un piano de cabaret dans « Time », peinturluré de rouge et de violet, extraterrestre virtuose, c’est insurpassable.
1 ex-aequo * Lacrimosa – Elodia, en compétition serrée avec Echos. Le Mozart suisse à la coiffure schizophrène et au maquillage cryptique, Tilo Wolff, compose un véritable chef d’œuvre, entre symphonie classique et rock torturé. Et quand je dis symphonie classique, je ne parle pas d’un truc métal classique avec deux ou trois violons anecdotiques qui font de la figuration de temps en temps – comme parfois chez Nightwish. Tilo Wolff connaît ses classiques et son piano sur le bout des doigts – vernis de noir, natürlich. Il s’imbibe de chœurs d’église (notre génie est mystique) et de requiems agonisants pour sculpter des compositions exigeantes qui nous transportent. Sans même parler de sa voix entre velours et tombeau, et de ses textes superbes sur les derniers pas de danse d’un couple qui se dénoue. Cet album rythme mes jours depuis des années. Tilo, ich liebe dich.
3 * The Beatles – The blue album. Qui peut imaginer un monde sans la fille aux yeux kaléidoscope, les vocalises mélancoliques de A day in life, les doux pleurs de la guitare, l’averse de Something, les pianos sereins à en couper le souffle de Let it be et le souffle de The long and winding road ? Sans The blue album, c’est tous les jours de crachin en Angleterre, les rues de Londres, les garçons aux cheveux longs, les guitares et les promesses qui tombent en miette, bref, tout l’Occident !
4 * Theatre of tragedy – Theatre of tragedy. Selon moi, le meilleur album de metal gothique “beauty and the beast” à ce jour. Une épopée shakespearienne avec des moments d’une grâce extraordinaire. Ecoutez A distance there is pour vous en convaincre – la plus belle chanson qui soit.
5 * Nightwish – Oceanborn. La plus belle ode au rêve et au voyage qu’on puisse imaginer, un bijou onirique, un vol de cygnes sur la crête des vagues par une nuit criblée d’étoiles filantes, bref, une merveille. Ecoutez Sleeping sun, si vous ne me croyez pas.
6* Goethes Erben – Nichts bleibt wie es war. Cet album tellement étrange et gracieux m’intrigue toujours autant.
7 * Mylène Farmer – Ainsi soit-je. Allez-y, moquez vous de moi. J’aime Mylène, na. ;)
8 * Arcade fire – Funeral. Quiconque a entendu la première chanson de cet album mélancolique est irrémédiablement ensorcelé.
9 * Klimt 1918 – Dopoguerra. Ces jeunes italiens ont un talent monstrueux.
10 * For my pain – Fallen. Ces ballades mi sucrées, mi automnales m’ont toujours charmée.
Sinon, je voulais vous faire part de mon indignation. L’autre jour, je cherchais frénétiquement des citations à recaser dans une dissertation – oui, je sais… -, et en feuilletant le Lagarde et Michard – oui, je sais… -, il m’est soudain apparu qu’un trou monstrueux, incompréhensible, béait au milieu de ces pages. Les liaisons dangereuses n’y figurent pas ! Pas un mot, rien ! J’ai hésité à m’immoler dans le hall d’accueil de Bordas pour protester, mais j’ai renoncé. L’humanité a besoin de moi pour réparer cet oubli. N’y allons pas par quatre chemins : le plus grand roman de la littérature française, et le plus représentatif de ce qu’est l’esprit français sous son meilleur jour, vif, incisif, subtil, délicieusement immoral mais tout en finesse, ce sont les Liaisons dangereuses. Si je devais emporter un roman sur une île déserte, ce serait celui-là. Et je me pâmerais des décennies durant. Pour vous dire, il n’y a que trois livres que j’ai lus d’une traite, sans même prendre le temps d’aller faire pipi. (Pardon pour cette expression gracieuse.) Dracula, Harry Potter 7 et les Liaisons dangereuses. Pour les deux premiers, c’est compréhensible : on veut savoir si les forces du mal vont être anéanties, et on a de toute façon trop peur pour sortir de son lit, craignant de trouver une chauve-souris ou un serpent anthropophage sous la cuvette. Mais dans les Liaisons, il n’y a ni orphelin au chapeau pointu ni monstre sanguinaire. Juste des aristocrates qui tartinent des missives alambiquées et font l’amour en mentant à qui mieux mieux. Oui, mais c’est extraordinaire.
Je dirais même plus : les Liaisons sont le roman le plus érotique de tous les temps. Les habitués de ce blog se souviennent que j’éprouve une grande méfiance envers les scènes classées X, que je trouve le plus souvent ridicules et mal écrites, même chez les meilleurs auteurs. Mais dans les Liaisons, de la première ligne aux dernières, une odeur lourde et capiteuse de boudoir monte des pages, des frôlements de dentelles font crépiter chaque page tournée, et les femmes dénouent leurs corsets dans la pure tradition du beau style à la française. Chers Messieurs Lagarde et Michard, si vous n’êtes pas des blocs de glace, je vous en prie : rendez à Laclos la place qui lui est due !
La prochaine fois que j’écrirai sur ce blog, ce sera en pleine Oktoberfest, au pays des elfes et des chopes gargantuesques. J’ai hâte. Bonne semaine à tous, à très vite !
PS : Ne vous inquiétez pas, la censure n’a pas déferlé sur ce blog. Mais je ne peux pas activer vos commentaires pour l’instant, car je suis à Paris sur mon ordinateur tyrannique qui refuse toutes les mignardises Java –y compris vos commentaires.
PPS : Pour la semaine prochaine, j’espère une participation plus conséquente ;) (Et en plus, elle se permet de râler… ;)). Au choix : Mes dix films préférés – Les dix choses que je déteste le plus – Œcuménisme païen – I love Emmanuel Kant – autre chose, à vous de proposer.
Merci de continuer à me supporter, semaine après semaine.