La Toussaint approche...
La Toussaint en Allemagne, quel bonheur... Des crépuscules surréalistes, comme si un Jésus en crise d'adolescence avait allumé des chalumeaux derrière un écran fuligineux, des patates à toutes les sauces pour fêter la fin de la saison des chairs exposées et des processions claudiquantes de petits vieux esseulés qui viennent déposer des bougies sur les tombes, que le vent soufflera à peine auront-ils le dos tourné... J'ai hâte. Et j'en aurai bien besoin. En deux stations, j'arrive à m'encastrer le nez dans la vitre du métro pour cause d'endormissement inopiné, c'est dire. Je bats tous mes records de liquéfaction cérébrale, je me fais l'effet d'un navet passé au bain-marie javelisé.
En cherchant frénétiquement des citations à refourguer à ma dernière dissertation, j'ai retrouvé L'Oeuvre au noir et les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar. Je suis restée engluée. Ses phrases ont la beauté d'un lac autrichien un jour d'automne : baignées des reflets chatoyants des feuilles mortes, inquiétantes de profondeurs gorgées de silences sous leur calme et leur fluidité imperturbables. J'ai rampé : je ne serai jamais Marguerite Yourcenar. Désespoir, crise de dénigrement.
Et puis après, je me suis dit que dans les Mémoires d'Hadrien, le lecteur allait pleurer et saisir la noblesse tragique de l'existence, mais pas rigoler une seule fois. Moi au moins, je vous décongestionne les mâchoires. C'est une bien maigre revanche, je sais, taisez vous ;).
(Suite à mon appel à l'aide de dimanche dernier, on m'a suggéré de parler des bouquins que j'aime pour engraisser mon petit blog freluquet. C'est une bonne idée, mais je suis bien trop fainéante en ce moment pour faire des fiches de lecture et lever mes fesses pour choisir un extrait et -ô comble de l'effort- le recopier. Donc, on va faire simple : si je ne devais garder qu'un seul livre dans toute la production française du XXe siècle, ce serait la Pléiade des oeuvres romanesques de Marguerite Yourcenar. Plus particulièrement les Mémoires d'Hadrien et L'Oeuvre au noir, même si Denier du rêve, Alexis ou Le coup de grâce me font aussi frémir. J'espère que c'est un résumé convaincant.)
J'ai une nouvelle passion : les bouquetins. Vous savez, les chèvres au regard mousseux que deux cornes transforment en Lucifer. Un bouquetin, c'est un mammouth à l'envers. Voilà qui mérite notre attention. Ma peluche loutre se sent moins seul, elle a un copain alpin. (Je veille à choisir des lubies qui puissent cohabiter dans un même environnement. C'est pourquoi j'ai évité le poisson lampe de poche des abysses pacifiques comme engouement hebdomadaire.)
Je peux formuler une requête sans que vous m'accusiez d'être une immonde petite prétentieuse ? Allez, on tente le coup. Je réponds toujours à tous les mails, mais...est-ce que vous pourriez essayer d'être synthétiques, s'il vous-plaît ? Je suis vraiment heureuse de me sentir aimée, mais, à raison de cinquante mails de trois pages par semaine, je ne vais pas m'en sortir... A ceux qui me le demandent : non, je ne peux pas converser sur MSN, c'est beaucoup trop chronophage et je cours vraiment après les minutes. Et, s'il vous plaît, si vous avez des questions à me poser sur l'écriture, l'édition, mes livres, posez-les plutôt en commentaire ici. Comme ça, tout le monde profite de la réponse, et je ne dois pas réécrire dix fois la même chose... Merci beaucoup. Vous pouvez vous déchaîner : "Pour qui elle se prend celle-là ??" !
Je vous laisse voter pour l'article de la semaine prochaine (vous avez vu, je suis de plus en plus feignasse) : Mes dix albums préférés / Mes dix films préférés / Comment réussir les spaghetti / Le Christ phosphorescent et mon oecuménisme à deux balles. En accord avec le fonctionnement démocratique de nos institutions, je vous laisse la possibilité de choisir un autre sujet. (En évitant les trucs du type "Le projet de société d'Ariane" ou "Que pense Ariane de l'état du PS en 2007", vous seriez déçus.)
Avant de vous laisser retourner sur des sites plus profitables à votre épanouissement culturel, je me livre aux rituelles autoglorifications :
Je serai ce mardi de 10h à 11h sur Radio Suisse Romande.
Pour les étudiants parisiens : je suis interviewée dans le journal étudiant Contrepoint.
Vous me verrez en costume de chroniqueuse sur Paris Première dans Ca balance à Paris le 20.
Et en pom-pom girl sur MTV dans le dernier clip de 50 Cent prochainement. (Ca, c'était pas vrai.)
PS : je vous mets à contribution. Dites moi quel est le film qui vous a le plus terrifié ? (Genre, vous avez dû vous faire refaire toute la dentition le lendemain). Je fais une rechute névrotique sur le cinéma à en hurler au milieu de la nuit et j'ai besoin d'inspiration. Bonne semaine !