Dimanche 7 octobre
Vous avez vu la nouvelle technique pour pallier mon manque profond de créativité bloguesque en ce moment ? Je me transforme en calendrier des Postes. Dimanche 7 octobre, la prochaine fois, vous aurez droit à des photos d'Ariane dans sa camionnette jaune.
Car, chers amis, j'ai eu mon permis. Oui, je vous entends déjà. Dans mon coeur aussi, les bébés ours polaires déferlent, perchés sur leur miette d'iceberg à la dérive. Mais il n'y a pas de métro, ni de RER entre chez moi et le cinéma le plus proche. Imaginons que je veuille aller voir Joyeuses funérailles, qui a l'air de sacrément exciter les zygomatiques. Pour un film commençant à 21h, prévoyons un départ à midi et demi environ. Je n'oublie pas ma gourde, des vivres, un bâton de rando, une lampe de poche, un GPS, des feux de détresse, ma boussole, mon kit marshmallows au barbecue, six euros pour payer la place de ciné. Je dégaine ma machette de mon jean pour me frayer un chemin dans le maquis. (Pour un peu, j'emporterais un poste de TSF et recevrais des messages du genre "l'oiseau chante avec ses doigts"). Je prends garde à ne pas déclencher une avalanche, énerver les sangliers ou plonger dans une cheminée troglodyte, aménagée par quelques néandertaliens casaniers qui aimaient bien poser leurs bibelots en fémur de mammouth auprès de l'âtre. J'apprends à reconnaître l'amanite phalloïde du gentil cèpe, au cas où je me retrouverais coincée dans un buisson et devrais me sustenter. Pense-bête : quand je serai ensevelie sous l'écorce, se repérer à la pousse des lichens sur les troncs. Si je n'ai pas les yeux crevés par les épines.
La majeure partie de moi-même arrivera à 17h à Hameau-le-Putréfié (pour les lambeaux de doigts, de nez et d'ongle restés coincés dans la jungle, on repassera). De là, je ferai du stop jusqu'à Hameau-le-juste-moisi, prendrai le bus pour La-Grande-ville (1000 habitants au moins). Le bus passera par Cabanon-l'insoupçonné, Hutte-la-vieille, Trou-sous-mousse et tombera en panne à Etable-sur-Graminée. Je ferai du stop en tracteur jusqu'à la Grande-ville. J'arriverai à 21h02 au cinéma, l'ouvreuse sera déjà partie rentrer ses chèvres. J'appellerai ma mère pour qu'elle vienne me chercher et fuck la planète.
Donc, j'ai passé mon permis. Cela a révolutionné ma technique de communication avec autrui :
"Veux-tu : Du gratin, réponse A.
Des spaghetti, réponse B.
Rien du tout, le marquage horizontal de ton jean te l'interdit, réponse C."
J'ai vaincu l'épreuve théorique.
J'ai passé une première fois l'épreuve pratique il y a deux semaines. Ce qui explique pourquoi la DDE veut ma mort, et la présence à chaque intersection des affiches "Wanted, serial killeuse en liberté. Lignes continues, élements de signalisation, pour votre sécurité, respectez le couvre-feu." Il faut dire que j'ai sous les yeux émerveillés de l'inspectrice arrasé un trottoir, failli améliorer le design de la Clio qui tournait sans clignotant, calé quatre fois et révolutionné la gestion des ronds-points.
Mais, suite à un séminaire intensif de psychomotricité, j'ai finalement eu le permis. Je vais donc pouvoir revenir sur ce blog. (Que j'ouvre toujours avec une certaine appréhension, me faisant traiter de grande dame germanopratine tous les deux jours, ce que je trouve d'autant plus surprenant que je n'ai mis qu'une seule fois les pieds à Saint Germain des Près. C'était la semaine dernière, je suis allée acheter un mascara "volume extatique, parce que tu le vaux bien" au Monoprix rue de Rennes. Voilà pour mon incursion dans l'aristocratie cérébrale de Paris.)
Je vous avoue que tous les dimanches, je me casse la tête pour trouver quelque chose à vous raconter, c'est pour ça que j'en viens à débiter ce genre de considérations hautement spéculatives sur le permis de conduire et le Monoprix rue de Rennes. Je me demande si un blog était vraiment la bonne formule, mais la simple idée de créer un site me donne l'impression d'avoir passé les quatre dernières heures sur un tourniquet, environnée de gamins qui hurlent. Au secours, de la technologie.
A vrai dire, si j'écris des articles, c'est seulement pour relooker de temps en temps l'espace où vous laissez des commentaires. Le but numéro un d'Aiglures, c'était d'échanger avec mes lecteurs, pas de révéler mes coutumes cosmétiques.
Donc j'en viens à ma requête : aidez-moi pour l'article de dimanche prochain, merci !
(*Accent russe* Camarades, ceci est un blog démocratique et populaire, participez-tous pour construire une première page nouvelle, faites le boulot à ma place pour le bien des prolétaires de tous les écrans, merci...)
Et vivent les loutres !
PS : On vient de me rappeller que je suis un "auteur français", c'est à dire quelqu'un de respectable, et que mon boulot n'est pas de parler des loutres et des tourniquets. Donc, voici la caution littéraire du jour, Ariane fait semblant de s'intéresser au prix Goncourt (pas pour moi, on s'entend) :
Tout le monde ne peut être comme moi duchesse de Saint Germain des Près (on m'a couronnée récemment, ici-même), je transmets donc au vil peuple provincial la liste de la deuxième sélection du Goncourt :
Olivier Adam : A l'abri de rien (L'Olivier)
Philippe Claudel : Le rapport de Brodeck (Stock)
Marie Darrieussecq : Tom est mort (P.O.L.)
Clara Dupont-Monod : La passion selon Juette (Grasset)
Gilles Leroy : Alabama Song (Mercure de France)
Michèle Lesbre : Le canapé rouge (Sabine Wespieser)
Amélie Nothomb : Ni d'Eve ni d'Adam (Albin Michel)
Lydie Salvayre : Portrait de l'écrivain en animal domestique (Seuil)
J'aimerais bien dire : "Donnez-le à Clara Dupont-Monod ! Parce qu'elle aurait déjà dû l'avoir pour La folie du roi Marc, parce que ses romans sont ambitieux, parce qu'ils font rêver, ce qui n'est pas négligeable, et parce qu'après Les bienveillantes, on aimerait bien avoir un Goncourt lisible..."
Mais je ne les ai pas tous lus. Je suspends donc mon jugement, qui tient la France entière en haleine. A dimanche prochain.
P.P.S. : Biblioblog, magnifique blog de lectures dont je vous ai déjà parlé, a publié une interview de moi à laquelle j'ai pris beaucoup de plaisir à répondre. C'est par là : http://biblioblog.fr/index.php/2007/09/30/682-interview-d-ariane-fornia