Lundi 3 septembre

Publié le par Ariane Fornia

Lundi 3 septembre. Cette date se suffit à elle-même ; ce jour est un fondu enchaîné. La lumière translucide des derniers jours d’été, ce bain de blondeur aux premiers accrocs mordorés, cette sérénité lénifiante s’abîme dans le gris pieuvre, le gris Paris, le gris glauque des jours qu’on croit vains. Les derniers moments de beauté estivale sont poignardés par le calendrier. Lundi 3 septembre : pour moi, l’hiver commence aujourd’hui. Je retourne dans la capitale et demain, le quartier latin m’ouvre ses tentacules, je me nidifie entre deux ventouses jusqu’au 15 juillet – fin des oraux de l’ENS.

(Bon, pour ceux qui n’ont pas suivi : je rentre en khâgne. Dans un « grand lycée parisien ». Vous savez, le genre de trucs où les parents sont prêts à infliger à leurs gosses trois heures de transports quotidiens et une constellation de cours particuliers pour qu’ils gardent la tête hors de l’eau et honorent la famille.)

On en reparlera plus tard. Quand je n’y serai plus, par exemple.

Je passerai moins de temps sur ce blog en semaine – mais je serai fidèle au poste tous les week-ends. Ne m’en voulez pas si je mets plus longtemps à valider les commentaires et à y répondre : là haut, j’aurai l’ordinateur stalinien dont j’ai parlé plus bas, celui qui interdit les couleurs et les commentaires. Et, accessoirement, du travail par-dessus tête.

Ca me ramène au livre de Jean-Philippe Blondel, This is not a love song, dont je voulais vous parler. Le héros, Vincent, est un brillant entrepreneur londonien, golden boy version tea et cottage, archétype agaçant du mec qui a tout réussi et méprise les braves tâcherons de la classe moyenne dont il est issu. Il a grandi à Nantes, où on comprend qu’il était un sacré loser jusqu’à ce qu’il rencontre son épouse (l’anglaise, donc). En fondant outre-Manche sa nouvelle vie parfaite, il a coupé les ponts avec ceux qui étaient ses proches. Mais, comme dans un roman, il faut bien qu’il se passe quelque chose, voilà que notre petit parvenu rentre au bercail, passe une semaine à Nantes et découvre que son départ précipité pour la terre promise a saccagé la vie de son ex-meilleur ami jusqu’au point de non-retour.

J’ai entendu Jean-Philippe Blondel parler de son livre, fin juin, lors de la présentation de la rentrée Robert Laffont aux libraires. Il a dit quelque chose du genre : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, et Vincent, qui en cassé beaucoup, se demande : est ce qu’elle en valait vraiment la peine, cette omelette ? » Peu à peu, le regard de Vincent sur Nantes et ses proches change : cette classe moyenne, rancie dans son catalogue Ikéa, ridée et boudinée par leur vie sans éclat, cette classe moyenne qu’il méprise tellement, n’a-t-elle pas été « meilleure » que lui quand son meilleur ami a sombré ? La vie qu’il a bâtie, lui qui se croyait si brillant et infaillible, en valait-elle le coup ? Ne s’est il pas renié, n’a-t-il pas trahi ce qui était sa jeunesse ?

Vous devez vous demander pourquoi ma rentrée des classes me fait penser à This is not a love song (outre le fait que je suis égocentrique et que je ramène tout à moi, bien sûr). Ce livre interroge nos choix de vie : avons-nous bien choisi ? est-ce que ça en valait la peine ?

Et puis, il y a quelque chose de poisseux dans ce livre, assez pour qu’il nous colle aux doigts, pas assez pour devenir émétique (j’aime pas les livres dans lesquels on se vautre, comme ceux de Ellis), il exhale le malaise, le pourrissement des vies confinées ; il est cruel, cynique, mais traversé d’éclairs de beauté.

Bref, je vous le conseille. Et maintenant, je vais déballer les cartons et agencer ma petite salle de torture.


rodin-porte-enfer.jpg
Image : Rodin, la  Porte de l'Enfer

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Publié dans Divers

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G
Coucou Ariane, c'est ton frère ! Ce petit commentaire pour te dire à quel point tu m'impressionnes dans chacun de tes chroniques, de tes textes, de tes récits... J'ai aujourd'hui le même âge que toi lors de ton premier roman, mais je suis à des années-lumières de ta qualité de rédaction, de la beauté de tes descriptions et de ton style, de la force de ton humour, aussi noir soit-il.... En tout cas, sache que je t'aime fort et que je te souhaite bonne chance pour ta khâgne et la suite de tes études !
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A
T'es un ange... je passe tout de suite dans la pièce à côté pour t'embrasser très fort :)
A
je ne sais pas ou cela me menera...ENM?Ecole de journalisme...On verra bien...^^Pour le moment je vais juste essayer de reussir ma premiere annee de droit sans redoubler...;>65% dechec en premiere annee ...A croire qu'on s'y ennuie vraiment...;>Et vous tout se passe bien en khâgne?
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A
La khâgne ne se passe jamais bien ;) J'exagère, j'ai survécu jusqu'ici. Livide et migraineuse et ravagée, mais vivante ;)
A
La filiere litteraire m'a menée en droit ...Je crois que je vais passer les années les plus ennuyantes de ma vie^^...Meuh non...jexagère...Jai bien tenté sciences po mais sans prepa et sans revisions,j'allais un peu au suicide....(jallais quand meme pas gacher mes vacances....;>)Jai pu voir lemission de Ruquier ou l'on ne vous a pas ménagée...Vous vous en êtes très bien sortie!!Les critiques qui vous ont été adréssées etaient plates,sans fondements...ils qualifient votre plume de "classique" ce qui est faux,j'aimerai beaucoup que les jeunes auteurs aient votre humour noir,mordant^^Vous avez bien raison Ariane ,on ne trouvera pas un jeune auteur qui écrit comme vous...(non non je ne me prosterne pas...;>)Bonne chance pour khagne...Surtout du courage pour la quantité de travail que vous devez gerer!!!Ariane
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A
Merci Ariane, je sais bien que vous ne vous prosternez pas ;)Bon courage pour votre cursus, vous pensez qu'il vous mènera où ?Quant à samedi dernier, n'en parlons plus, c'est déjà du passé ;)Merci beaucoup pour vos encouragements, et bonne continuation !
A
Bonjour Ariane,Je voulais juste vous faire part de mon soutien,jai lu vos deux livres et jai adoré...Nous avons le même prenom, le même âge et avons suivis le même cursus litteraire...J'aime beaucoup le passage ou vous expliquez comme est considérée la filière litteraire au lycée...Je riais toute seule...^^Cest juste débordant de vérité,vous avez une vraie plume alors bon courage pour khâgne,et surtout continuez à  publier!J'attends avec impatience vos prochaines publications!Ariane  ;>
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A
Je suis heureuse d'avoir l'assentiment d'une littéraire ! Où la terminale L vous a-t-elle menée ? Merci beaucoup pour ce gentil passage ici.Ariane
C
Ooooh pas grave pour la rencontre, j'espère que ce n'est que partie remise !! Eh bien là... j'attaque la fac de médecine ! en espérant obtenir ma première année du premier coup (sinon 2 c'est pas grave, je saurais m'en contenter, mais quand même...)J'espère que tout se passe bien pour toi en khâgne (oui tu as raison, j'avandonne le "vous") !!Bisou ^^ 
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A
J'ai vu notre amie commune ce week-end, qui m'a répété ce que je viens de lire sur ce commentaire ;) Courage pour la fac et pour le barrage de la première année... conseil pratique, défonce-le à la bombe à neutrons. (Bizarrement, le ministère de la défense a toujours refusé ma candidature.)Bonne chance :)