Déambulations
Je n'ai rien fait aujourd'hui.
Mais alors RIEN.
Vous insistez ? Bon, ok : j'ai bouffé en permanence, allant jusqu'à finir des résidus de plats d'il y a trois jours qui traînaient dans le frigo, et sans même les réchauffer, j'ai coupé mes ongles, j'ai feuilleté le nouvel obs deux minutes, j'ai arpenté ma chambre comme si je menais un marathon indoors, j'arrive même pas à comprendre COMMENT il peut être maintenant dix-huit heures trente-deux alors que rien n'émerge de ce jour.
Angoisse de la rentrée littéraire. Pourquoi , parmi les 727 bouquins qui débarquent en libraire, quelqu'un aurait-il l'idée de prendre le mien ? A part si on est Villepin ou Poivre d'Arvor, on envoie très probablement notre progéniture au pilon. (L'infanticide est à la mode, en plus.)
Je sais bien que le soleil va exploser dans 4,5 milliards d'années, et que même en négligeant cette échéance, une guerre atomique va sous peu anéantir toute vie humaine pour laisser à la Terre une population de scorpions, d'araignées et de poissons d'argent, imperméables à la radioactivité mais ignares à en pleurer , et le globe d'ici quelques siècles aura dévoré les noms d'Homère, Virgile et Goethe de ses mandibules arachnéennes.
Alors pourquoi j'écris ?
Je n'ai pas l'ambition de me putréfier sous les vieux murs soporifiques du Panthéon, ni de conduire des peuples à la lumière, ni de leur révéler le monde. Le XXIe siècle ne croit plus à la littérature autrement que sous un parasol entre deux "chouchous-beignets, chouchous-beignets pas chers !" ; Hugo et Rimbaud seraient aujourd'hui des enfiévrés poussifs et toute l'intelligentsia se fendrait la poire en lisant Mallarmé. (Remarque, étant donné qu'on trouve des phrases comme "Ne crois pas qu'au magique espoir du corridor / J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or", je crois que moi aussi je ricanerais.) Mais je suis pas en train de vous faire un discours aux relents de pot au feu du terroir, genre « c’était mieux avant ». Je m’en accommode très bien. Je ne crois pas à l’immortalité, je veux juste écrire des livres qui plaisent, touchent, fassent sourire, des livres qu’on a envie d’emporter avec soi dans le train et de prêter à sa meilleure amie.
Mais si ça me tient tellement à cœur, il doit bien y avoir autre chose.
Changement de sujet
Les pugilats de septembre pointent le bout du nez, youpi ! Que pensez vous du fight Camille Laurens-Marie Darrieussecq ?
Pour ceux qui sont pas au courant, deux articles, l’un du Nouvel Obs, qui visiblement donne son vote à Marie Darrieussecq : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20070824.OBS1968/camille_laurens_accusemarie_darrieussecq_de_plagiat.html
, l’autre du Monde, plutôt à l’autre bord http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-946764@51-946803,0.html .
C’est une question morale qui se joue ici, et c’est pour ça que l’histoire m’intéresse. On s’en fout de savoir si Marie D. a plagié, l’important, c’est plutôt ses motivations : pourquoi mettre en scène, avec toutes les apparences de l’autobiographie, un deuil qu’elle n’a pas connu ? par fascination morbide, par cynisme marketing (les cadavres, ça vend), par égoïsme de celle qui se délecte du malheur des autres quand ses enfants sont beaux et bien vivants, au nom de la sacro-sainte littérature ?
Et surtout : doit-on transgresser pour écrire ?
A vous de juger.