Les livres, épisode III : Dernière morsure

En suivant ce lien, vous pouvez écouter une présentation audio (enfin, si vous pouvez l'écouter, c'est clair que ça va pas être une présentation gustative, ni un échantillon olfactif) :
http://www.laffont.fr/livre.asp?code=978-2-221-10968-7
Ce qu'en dit Laffont :
Sous forme d’abécédaire – de A comme Adolescent à Z comme Zigzag en passant par C comme Communisme, H comme Hormones ou O comme Onanisme –, Ariane Fornia nous initie d’abord à sa tribu, à ses mœurs et à ses contradictions. Dans une deuxième partie, plus personnelle et sensible, on découvre à ses côtés les études, les rites de passage, les histoires d’amour, les interrogations existentielles, le rapport aux livres, les adultes.
Verve, humour mordant à chaque page, intelligence féroce, sens de la formule, parti pris de l’autodérision : on pense à la plume déliée d’une Amélie Nothomb lycéenne.
(Je me transforme en pivoine chaque fois que je lis ça. Je n'ai pas écrit ce texte, je vous le jure.)
Ce que j'en dis :
Voici un texte de présentation de Dernière morsure, écrit pour les libraires. Ne m'accusez pas de vider mes fonds de tiroir, SVP, même si c'est vrai.
« Tu te rends compte ? Ils reçoivent déjà ma biographie, le résumé du bouquin, des extraits, et maintenant il faut que j’écrive un texte personnel ? Et mon livre, il n’est pas personnel peut-être ? J’ai plus rien à dire !»
Ma mère compatit, comme toujours : supporter mes multiples crises d’adolescence, c’est son job. Je n’ai pas encore soufflé mes dix-huit bougies, je suis déjà publiée par Robert Laffont, et je trouve encore le moyen de râler. Etre pénible, c’est le plus grand plaisir de l’adolescence. Autant en profiter, puisqu’elle touche bientôt à sa fin.
En septembre 2005, je suis entrée en Terminale. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la perspective du bac ne nous traumatisait pas. Carpe diem, c’est ce que taguent 99% des ados sur leur sac, à côté d’un A anarchique et d’un dessin presque enfantin de fée ou d’étoile. Mais entre deux fêtes et virées nocturnes, j’ai soudain réalisé que je n’avais plus qu’un an à passer au jardin d’Eden. Le monde merveilleux de l’adolescence allait me fermer ses portes, je serai forcée de devenir adulte. Adolescent, on est maître du monde. Après dix-huit ans, on ne fait que régresser.
Alors il fallait écrire Dernière morsure. Il fallait consigner les derniers délices juvéniles, ces instants de liberté absolue où des milliers d’horizons semblent s’offrir à nous. Le lycée devient mon laboratoire. En cours, je collecte des échantillons, je griffonne des croquis et des « mots-clés ». Et chaque soir, après un goûter pantagruélique, trois minutes de travail scolaire et trois quarts d’heure au téléphone, je joue à l’écrivain. J’emprisonne les idéaux et les styles vestimentaires, le vague à l’âme, les piercings, le jargon des cours de récré, les premières fois, les passions, les détestations, les soirées chips-coca et les rêveries juvéniles. J’écris à l’usage des adultes un mode d’emploi de l’adolescence, un grand catalogue de la faune lycéenne.
Je me prends au jeu. Et tout à ma chasse aux moments d’insouciance, je réalise à peine que j’ai eu mon bac, quitté la maison, cessé d’infliger à mes cheveux des colorations ridicules, rayé l’expression « trop fun ! » de mon vocabulaire, bref, que je suis sur la mauvaise pente.
Mai 2007, je me réveille soudain. Le livre est achevé, vous allez bientôt l’avoir entre les mains. Au fil des pages, je suis sortie de l’âge béni. Je vais fêter mes dix-huit ans. Je peux toujours me plaindre à ma mère des exigences éditoriales et porter des bijoux cloutés, inutile de feindre, je ne suis plus une ado rebelle. La preuve : je l’ai finalement écrit, ce fameux texte personnel.
Mon adolescence m’a quittée pour se loger sous la couverture de Dernière morsure. C’est un testament, ou un inventaire avant travaux – j’espère qu’il facilitera mon deuil !