Zola, Mauriac, les chevaux et moi.

Publié le par Ariane Fornia

Bonjour à tous,

Pardonnez-moi pour ce grand blanc... J'ai survécu aux écrits de l'Ecole normale supérieure ; après un week-end passé à me dandiner sur de la musique primitive et à me passionner pour le remariage de Gabrielle Solis (Desperate Housewives, saison 3), j'ai réussi à reconstituer assez de neurones et de muscles pour taper sur un clavier – tout doucement, n'exagérons rien, je ramasse mon cerveau avec la pelle et la balayette. Pardon pour ce retard considérable dans mes mails et mes commentaires – les commentaires, c'est fait, les mails, par pitié, encore un peu de patience. (Je rentabilise mes efforts : autant commencer par ce dont le résultat est visible;)) Je vous donne quelques nouvelles avant de replonger dans la préparation des oraux...

Je dois tout d'abord faire amende honorable et me flageller aux pieds de ceux que j'ai outragés. Vous souvenez-vous qu'en janvier dernier, lorsque j'ai dressé la liste des illusions annuelles (c'est à dire : les bonnes résolutions), j'avais osé proférer le blasphème suivant : „lire un Zola en entier, sans buter à la page 50“ ? Submergée par une déferlante de protestations indignées, j'avais courbé l'échine et juré de retenter. J'ai donc abordé La curée en me double-scotchant la mâchoire pour éviter un décrochement intempestif, et honoré mes engagements avec une bonne volonté à faire peur.
Et j'ai adoré. Adoré cet enchevêtrement de la grande histoire, celle de l'empire, et de la petite, toute petite, sentant le vieux boudoir aux tentures racornies, celle d'une nouvelle Phèdre bourgeoise et ennuyée qui se jette dans les bras de son beau-fils pour tromper l'ennui d'un mariage de convenances. Adoré cette fresque dont le canevas mêle inextricablement le cynisme et une beauté presque lyrique. A vrai dire, et je le dis en me rapetissant, d'une toute petite voix, je me suis sentie une lointaine parenté d'écrivain avec Zola. (Ca y est, vous secouez la tête, horrifiés par mes chevilles en montgolfière.) Un certain goût pour les descriptions au canif, le souci des détails trop souvent négligés, mais où loge le symbole, une propension à traîner le mythe au niveau d'un quotidien maussade, par ironie mais aussi par un reste de romantisme blessé, ou mal assumé.... j'ai trouvé une ombre sous laquelle me cacher. Du coup, j'ai repris la Fortune des Rougon, que j'avais exécré il y a quelques années, et suis restée fascinée des les premières pages par l'histoire du cimetière laissé à l'abandon, pour que les racines des ronces et des arbustes dévorent les morts... la description des fruits superbes, gorgés de pourriture, qui poussent sur les charniers et sur qui personne ne porterait la dent, par terreur superstitieuse, m'a réjouie d'horreur. A tous ceux et celles qui ont redressé mon hérésie : merci.

Sinon, reprenant mes classiques la veille de l'épreuve de français, j'ai relu Le noeud de vipères, de Mauriac. Et je suis face à un cas de conscience. Comprenez-moi bien : je voudrais détester Mauriac. Déjà, ce qu'il écrit dans Génitrix sur sa mère est impardonnable, et je vomis toute cette engeance – Bazin, Mauriac – qui profitent de quelques traumatismes mal digérés pour cultiver dans les recoins de leur cerveau rance une misogynie répugnante. D'ailleurs, je ne lui pardonnerai pas les propos orduriers qu'il a tenus lors de la parution du Deuxième sexe. Ils empestent la frustration, la haine et la peur des femmes cultivée dans les confessionnaux, les bordels et tous les temples du dégoût de soi, cette frustration fielleuse d'une vieille France étouffante. Mauriac, c'est vraiment pas cool. Ca vous catalogue „de droite“, chapelet et pot au feu en moins de deux. Bref, j'aimerais bien repousser Mauriac d'une moue dédaigneuse et retourner lire des auteurs mieux pour mon image. Mais, hélas, il a écrit Le noeud de vipères. Et je ne peux qu'admirer ce livre, peut-être justement parce qu'il démonte méticuleusement, mot après geste, de messe en repas de famille, du salon à la chambre à coucher, cette société-éteignoir dont je parlais.
C'est l'histoire d'un vieil homme à l'agonie, mariné dans sa haine, frustré d'amour, qui veut deshériter sa femme et ses enfants. Il ressasse toutes les humiliations, toutes les blessures subies et s'efforce de se montrer sous son jour le plus
haïssable ; mais peu à peu son coeur s'adoucit, et une conversion tardive scelle peut-être sa rédemption... Encore un truc de grenouilles de bénitier, un catéchisme cucul la praline ? Non... même moi, la dévoreuse de curés, je dois admettre que ce n'est pas le cas. Car Mauriac, dans ce roman, se montre virtuose. Tout est si subtil, si ambigu, si incertain, que la mièvrerie est broyée à peine arrivée. Le doute plane sur le personnage de Louis : homme bon mais incompris ou tyran succombant à un dernier vice, l'hypocrisie ? Mauriac vous laisse trancher. Et l'atmosphère de ce roman vous prend à la gorge dès les premières lignes... les pas sous les planchers des vieilles demeures de maître, l'odeur des pins et des pluies, le sifflement des secrets d'alcôve, tout est à sa place. La langue, sobre et tranchante, est traversée d'éclairs de beauté et de génie qui harponnent le regard et arrêtent la lecture pour vous laisser savourer... et parfois, quand Mauriac parle de la passion, j'ai presque vu les mânes de Racine se dessiner au coin d'une page. Rien que pour cela, je ne peux pas détester Mauriac. Dommage.... et tant mieux, finalement.

J'en reviens deux minutes à ma vie. (La couleur rose fushia vous prévient : ceci va être mièvre. Très mièvre. Je vous aurais avertis.) J'évite autant que possible de raconter mon quotidien sur ce blog, mais vous m'avez témoigné tant de sympathie en novembre dernier lors de la mort de Brazil, mon cheval adoré (cf l'article Requiem pour un cheval), que je crois devoir vous dire que j'ai trouvé un nouveau bonheur équestre... qui, bien sûr, n'effacera jamais Brazil, mais m'offre de vrais moments de joie. Depuis quelques temps, un jeune cheval, Priam, est arrivé sous ma fenêtre. (Je peux remercier ma mère, qui a su, sans rien me dire, chercher un cheval que je puisse aimer... et qui m'a amenée le voir à l'élevage de Christiane Boudet, dans l'Hérault, en taisant le fait qu'il était pour moi, parce qu'elle savait que j'aurais refusé de voir un autre cheval après la mort de Brazil.) Priam a trois ans et demi, une robe telle qu'on la croirait dessinée – fond crème, crinière mi-noire, mi blanche, queue noire, une large tâche de lait sur l'encolure, là où se porte la main du cavalier, comme si trop de caresses l'avaient émoussé, balzanes blanches puis noires, liste déviée qui lui donne un air d'arlequin manqué et oeil comme cerné de khôl. Je suis tout simplement tombée amoureuse de lui. Je pourrais passer des heures à vous dire à quel point il est curieux, attentif, affectueux, vous raconter qu'il ne me lâche pas d'une semelle dès que je suis dans son parc et me poursuit longtemps du regard quand je m'en vais, qu'il apprend à une vitesse stupéfiante et que parfois, j'ai l'impression qu'il essaie tout pour me faire plaisir, que ses allures sont superbes et bref, que je suis folle de ce cheval, mais je pense que vous me pensez déjà complétement gaga et allumée, ce qui n'est pas faux. Je rajouterai donc juste que je dois à Alain Bellanger, magicien équestre qui m'aide à le dresser, d'avoir un cheval aussi parfait, et que vous en saurez plus dans Cavalcades et dérobades, le dernier roman de ma mère Sylvie Brunel (cf l'article Cavalcades et dérobades) : le personnage de Dan est inspiré par son histoire.

A propos de Cavalcades et dérobades, pour ceux qui voudraient en savoir plus, de nombreux journaux, sites et magazines en ont parlé : Cheval au naturel, Cheval Pratique, Le Cheval, le supplément Equitation du Monde, L'Equipe, Le Cheval, la Provence, le Dauphiné Libéré et Télé Z. Certains d'entre vous ont peut-être pu entendre Sylvie Brunel aux Grosses têtes. Le 29 mai sort une grande interview dans Cavalière. Enfin, si vous êtes du côté de Blois lors des Rendez-vous de l'histoire, vous pouvez assister à sa conférence sur le cheval – je vous préciserai le thème exact dès que je le connaîtrai.

Paragraphe déplaisant : J'aurais été ravie de proposer aux méridionaux de se retrouver le week-end prochain à la Comédie du livre de Montpellier, mais malheureusement, je peux faire une croix dessus... Pour la petite histoire : depuis des années, ma mère et moi participons à toutes les Comédies du livre, et ce rendez-vous annuel avec nos lecteurs était toujours très agréable. Mais cette année, la librairie Sauramps, qui nous accueillait sur son stand, nous a signifié „qu'avec ce qu'a fait mon père, ils ne veulent plus entendre parler de nous“. C'est sûr, Cavalcades et dérobades met en scène des chevaux qui ont tous leur carte de l'UMP, et dans Dernière morsure, les punks, le shit et la vodka votent Sarkozy à tous les alinéas. Sauramps réinvente le code staliniste de conformité aux critères du Parti et l'étend à tout l'arbre généalogique, c'est intéressant. J'ignorai qu'il faille débarquer chez eux la faucille et le livret de famille au poing, ne l'oubliez pas si vous espérez leur acheter un livre... Bref, nous ne nous verrons pas.

Malgré la préparation des oraux, je vais essayer d'être une blogueuse plus assidue, je le promets. Merci à tous ceux qui me suivent, malgré les intermittentes désertions... J'espère que tout va bien pour vous.

Amitiés,
Ariane


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Publié dans Divers

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M
Bonjour Ariane,Heureusement que j'ai un ordinateur portable et que je peux suivre ce qui se passe sur "AIGLURES". En effet, je suis de nouveau à l'hôpital, après un 3ème accident vasculaire cérébral et une veine à moitié bouchée au cerveau. Je finis par le prendre avec "philosophie" mais le temps est long !Heureusement que j'ai 2 amies à Poitiers, amies que j'adore : les chanteuses BERRY et ROBERT. BERRY a été mon élève et m'a chanté son "tube" (  j'ai horreur de ce mot !), LE BONHEUR à l'hôpital où elle a fait un concert pour les enfants malades.  Mais je crois que vous devriez apprécier davantage ROBERT, dont le dernier disque, qu'elle vient de m'apporter est superbe. Je vais peut être participer à l'écriture de certains de ses textes l'année prochaine. C'est du moins ce dont on a parlé et qu'elle a envisagé en lisant certains de mes "essais". Ce n'est qu'un projet. Une de vos "collègues" écrivain lui a déjà écrit des chansons; vous devez cionnaître.Je crois que vous allez avoir 2 nouvelles lectrices ( je vais bientôt demander des royalties !).Le bonheur, j'y pense souvent, mais il m'échappe un peu depuis 2 ans. Heureusement que j'ai certains contacts qui me remettent un peu le pied à l'étrier et me permettent de voir qu'il y a encore plus malheureux que moi !J'ai aussi mes anciens élèves qui m'envoient des courriels régulièrement. En octobre j'ai passé une journée à PARIS à l'invitation d'Emilie, une ancienne élève que j'ai eue au CM2 ( elle avait 10 ans) en 1977 ! Je lui ai fait un cadeau très original : "DERNIERE MORSURE". Et elle m'a offert un bouquin de photos de DOISNEAU sur l'école. Disons que ce genre de retrouvailles est à "double tranchant" : bien sûr, le plaisir des retrouvailles, mais le soir, rentré à POITIERS, je n'étais pas très bien. Dans ses yeux et son visage, j'ai vu sa jeunesse encore réelle mais aussi le poids des ans que je porte.J'ai hâte de reprendre ma vie normale car je suis assez occupé : tous les matins, bénévolat dans des collèges ( 6ème à 3 ème) et je m'occupe de l'orientation dans un établissement ( toijours bénévolement).J'arrête de divaguer et vous prie, chère ARIANE, d'accepter mesamitiés sincère. MICHEL
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A
<br /> Cher Michel,<br /> Merci pour vos nouvelles et votre adorable carte de voeux. Je vous écris très vite et espère de tout coeur que vous allez pour le mieux.<br /> Avec toute mon amitié,<br /> Ariane<br /> <br /> <br />
D
Bonjour, je tombe sur votre page par hasard, alors que je cherchais des photos pour illustrer une interview de jérôme Garcin, et je suis bluffée. Je pensais être une ovni à Paris, entre mes livres et mes chevaux, et je me découvre des miroirs! Je pensais ne jamais pouvoir lier les deux, et vous, comme d'autres, me prouvent enfin le contraire. Donc un petit merci au passage, même si vous vous en fichez, et que vous me voyez comme une hystérique! Mais il est certain que je repasserais lire une page ou deux, parce que ce que j'y vois me plais bien.
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A
<br /> Chère Diane,<br /> Merci pour ce gentil commentaire qui me fait très plaisir ! Vous aussi, vous êtes égarée à Paris... Vous avez interviewé Jérôme Garcin ? Pour un blog, un journal ? J'aime beaucoup toute la série<br /> équestre dans son oeuvre... forcément !<br /> N'hésitez pas à revenir ici.<br /> Bonne soirée,<br /> Ariane<br /> <br /> <br />
S
Coucou!merci beaucoup pour tes tits conseils :) Parfois c'est un peu dur mais il faut tenir le coup car ça le vaut bien! J'espère que tout va bien pour toi et que les concours ne te mènent pas trop la vie duremerci encore :)sophie 
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A
<br /> Courage :) Le sentiment amoureux mérite bien qu'on supporte quelques tourments existentiels ;)<br /> Et bon bac !<br /> Bisous<br /> <br /> <br />
T
Ils sont bien sympa chez Sauramps dis-moi -_- Ils ne savent pas ce qu'ils perdent ces gens-là, mais bon, on leur en voudra pas trop hein ? ;)En ce qui me concerne j'ai eu mon passage en L hehe.A Bientôt !
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A
<br /> Ah, une littéraire de plus sur ce blog, je me réjouis ! Tu verras, ça sera merveilleux ! En maths, tu ne feras plus que des produits en croix... et partout ailleurs, à toi la culture, la poésie,<br /> lire jusqu'à plus soif ! Je crois que la 1ere L a été ma plus belle année scolaire... alors profite !!!<br /> <br /> <br />
M
Hey! C'est ultra chouette La Curée, le seul Zola que je puisse piffrer: ah, la scène de la serre sous l'oeil du sphynx noir.... (entre les description du genre, j'ouvre un dico botanique et je recopie les noms les plus tordus que je trouve, dont on peut allègrement se passer). Quand au Noeud de Vipères, c'est vraiment touchant, j'en avais PRESQUE (faut pas déc') la larme à l'oeil, c'est d'une très grande beauté.Sinon, vive la lecture en diagonale par mots-balises (c'est mâal, je sais): j'ai sauté sur le mot "Requiem" en pensant, of course, à la BD, et me pourléchant les babines d'avance... on est niais parfois...
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A
<br /> Ah, tu trouves qu'on peut se passer de la richesse lexicale qu'offre la botanique ? J'adore les livres qui ouvrent des champs inconnus, je trouve que la précision scientifique peut avoir quelque<br /> chose de magique, comme justement dans cette description...<br /> Pour la BD, je crois que tu ne me convertiras pas à Requiem ! ;)<br /> <br /> <br />