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  • : Ariane Fornia
  • aiglures
  • : Femme
  • : 06/09/1989
  • : Europe à la folie
  • : littérature Livres
  • : Je suis un jeune écrivain, auteur de - Dieu est une femme, Denoël, 2004 ; - La Déliaison, avec Sylvie Brunel, Denoël, 2004 ; et - Dernière morsure, Robert Laffont, août 2007. Ce blog est un lieu ouvert. Vous êtes les bienvenus.

Réponses à vos questions

Mardi 9 septembre 2008
Hier soir à 23h10, Jessica Fletcher a écrit :

J'etais en train de dire à ma soeur "putain elle aime pas la campagne! A se demander pourquoi elle ose daigner bouger son bulbe là-bàs..." Et puis la réponse m'est soudainement apparue; la gloire! Même au plus profond du trou du cul du monde il est toujours bon de se faire lustrer les pieds. Et apparemment ca s'est beaucoup mieux passé que prévu! Donc ta mére et toi tacheraient de faire plus attention à vos propos sur des univers inconnus la prochaine fois ques ces dames voudront bien se déplacer chez les gueux que nous sommes... Et puis viens pas me sortir que c'est dans un but d'échanges avec le public ou d'autres auteurs que tu as fait ce salon! Les autres auteurs apprement font de la merde car ils s'interrressent à d'autres choses que toi et les gens sont trop pas dignes de ton oeuvre!  Enfin soit! Je continuerai de lire tes bouquins mais je chercherai pas à en connaitre plus de toi! Je suis vraiment déçu de cette condescendance...

Chère Jessica,
J'ai pris l'habitude de ne plus répondre aux commentaires désobligeants, sauf si vraiment je pense qu'il y a un malentendu. Là, je crois que c'est le cas, et j'aimerais que tu prennes deux minutes pour lire ma réponse.
Déjà, je suis de la campagne. Pourquoi crois-tu que j'ai été invitée à Lussan ? Ils n'auraient pas pensé à moi si j'avais été parisienne, et je n'aurais sans doute pas fait 4 heures de train pour m'y rendre si ça avait été le cas. J'ai été invitée à Lussan parce que j'habite à environ une heure de routes tortilleuses de là, dans la Drôme provençale. Et, libre à toi de ne pas me croire, de prendre cette affirmation pour de la démagogie de citadine cynique, mais je suis une vraie fille de la campagne. Ma mère élève des chevaux, je vis dans une ferme, et je passe plus de trois heures chaque jour les pieds dans la terre (actuellement, avec les pluies de ces derniers jours, boue infâme serait plus précis) à m'occuper des animaux. Je suis l'experte des coliques du cheval, des diarrhées du chat, des plaies purulentes du chien et autres délices. Et j'ai passé toute mon enfance dans une petite ville de la Drôme et, même si parfois, c'est vrai, je me suis sentie à l'étroit dans une atmosphère un peu Clochemerle, les feux de la St Jean, le loto communal, le marché le samedi matin, les fêtes de village, ça a été ma vie toutes ces années. Une de mes amies les plus proches est fille de paysans, ceux qui galèrent avec leur petite exploitation bio dans les Baronnies, et je peux te dire que je suis à dix mille lieues d'avoir la moindre espèce de mépris pour elle.
D'ailleurs, si tu regardes l'article précédent celui qui t'a choqué, tu verras que je précise, quand je décris Lussan : "Chez moi, quoi". Je suis d'ici.
Et c'est justement parce que je suis d'ici que j'ai une longue expérience des manifestations littéraires dans ces endroits de hameaux reculés. Et je peux te dire, pour y avoir souvent participé, que c'est souvent la catastrophe. Tout simplement parce qu'il y a peu d'habitants, peu de communication faite autour de l'événement (souvent une petite annonce dans le Dauphiné Libéré, et encore faut-il le lire), peu de gens intéressés - et je ne les blâme pas. Je sais bien que mes livres peuvent être loin des préoccupations d'une grand-mère ardéchoise. Il se trouve que le salon de Lussan était génial. La description d'autres événements ratés permettait de souligner le contraste.
Sache aussi que je ne gagne rien à aller dans un salon du livre - si ce n'est être en contact avec les lecteurs. Tu ne me crois pas ? Alors, laisse moi te le démontrer. Je gagne un peu plus d'un euro sur chaque livre vendu - pas plus, le reste va au libraire et à la maison d'édition. J'ai vendu environ vingt livres à Lussan. J'ai donc gagné un peu plus de 20 euros, disons, 22. Selon Map24, il y a entre Lussan et chez moi 55 kilomètres. Donc, j'en parcours 110 en tout. De plus, ce sont des routes tortueuses et souvent en pente forte, la consommation d'essence va donc être assez élevée. Je vais donc devoir faire un plein - environ soixante euros. Enfin, cela nous prend une journée de travail - ce qui, je l'accorde, est plus valable pour ma mère que pour moi. Mais il faut prendre en compte le temps passé. Bref, au final, je perds bien plus d'argent que je n'en gagne. Et pourtant, je n'hésite jamais à me rendre dans un salon du livre, pour peu que mon emploi du temps me le permette. Pour me faire lustrer les bottes, comme tu le dis ? Pour la gloire ? Je n'ai pas eu (et n'en attendais pas !) d'articles de presse ou de communications radio à l'occasion de ma présence à Lussan. Il reste donc une seule hypothèse : je veux rencontrer des lecteurs, et d'autres auteurs. Car, comme tu peux le lire, j'ai acheté beaucoup de livres à Lussan. Ca non plus, ce n'est pas très rentable, ni pour mon compte en banque ni pour ma gloire. Peut-être, donc, que j'aime sincèrement la littérature et le contact avec les gens ?
Ce que je déteste, dans les salons du livres foireux, c'est qu'il n'y a PERSONNE. Tu dis que je prends le public des salons pour des gueux, mais n'as-tu pas vu que ce dont je me plains, ce ne sont pas les gens présents, mais bien au contraire l'absence de monde ! Un salon du livre devient agréable dès qu'il est fréquenté. Un salon du livre vide, c'est l'enfer. Qu'on soit dans le Gard ou à Paris. Et je ne vois pas ce qui te fait dire que "les gens ne sont pas dignes de mon oeuvre". Ma position est totalement inverse : un auteur sur un salon, c'est un mendiant d'affection, qui prie avec un air de chiot affligé qu'on daigne s'intéresser à lui et qui est immensément heureux et flatté quand c'est le cas.
Jessica, si je méprisais mon public, pourquoi est-ce que je tiendrais un blog ? Pourquoi est-ce que je répondrais à tous les commentaires ? Pourquoi prendrais-je le temps de t'écrire une si longue réponse ? Ton accusation m'est insupportable, car je crois faire, depuis des mois, tout ce qui est en mon pouvoir pour montrer à mes lecteurs que je me soucie d'eux, de leur regard sur mes livres, de l'échange avec eux, de leur soutien, de leurs critiques.
Enfin, ne vois-tu pas que ma description du salon du livre raté a un but premier, celui de faire rire ? Je crois que, si par bonheur quelqu'un rit en lisant mes livres, c'est grâce à cet humour qui n'épargne personne, surtout pas moi-même, qui adore l'outrance, qui grossit les traits pour provoquer le rire. J'ai envie de vous faire rire. Je suis le fou du lecteur. Et je t'assure que cela, ce n'est pas de la condescendance, bien au contraire. C'est moi qui me contorsionne et m'incline pour vous tirer un sourire. Moi, je suis déçue de te voir manquer d'humour - j'ai échoué !
Chère Jessica, je serais heureuse si tu voulais bien répondre à ma défense. Je te le demande très humblement - comme toujours l'auteur face aux lecteurs dont il dépend absolument.
Bien à toi,
Ariane
Par Ariane Fornia
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Lundi 24 mars 2008

Merci mille fois à ceux et celles qui sont venus me voir au Salon du livre. Merci à ceux dont je connaissais déjà le nom, le pseudo ou le visage - Caroline, Laurence, Laetitia, Rémy, Sophie, Sylvain, Lucie, Clara, Mathilde… ai-je oublié quelqu’un ? -, et aux inconnus jusqu’alors, Clément, Grace, et ceux dont j’ai oublié le nom, ingrate que je suis… n’hésitez pas à laisser un commentaire pour me rappeler à l’ordre ! Merci pour votre chaleur, vos sourires et votre soutien. Vous savez que plusieurs amis auteurs m’ont envié mes lecteurs, tellement adorables, ont cherché à vous subtiliser à moi… mais j’ai farouchement monté la garde ! ;) Merci aussi à tous ceux qui étaient  trop loin pour venir mais m’ont envoyé des ondes positives. ;) Bref, merci d’être là, de me suivre et de me sourire !

Chers tous,

Ah, le week-end de Pâques… Mes plus chaleureux remerciements à Jésus qui est mort sur la croix pour racheter nos pêchés : sans toi, je n’aurais pas pu passer le week-end à lire en mangeant du chocolat… Merci pour ton sacrifice, qui m’a permis de dévorer La valse lente des tortues, de Katherine Pancol, Pas de mari, pas d’ennuis, de Carol Clewlow, Des trolls et des hommes de Selma Lagerlöf, plus une quantité appréciables de magazines et de journaux. Je vous en fait un petit compte-rendu…

- Des trolls et des hommes est une sélection de contes. Leur auteur, Selma Lagerlöf, est née en Suède en 1858, dans le Värmland, région de lacs et de montagnes qui fourmillait de légendes populaires, influence qui baigna son œuvre. Elle fut la première femme à recevoir le prix Nobel en 1909. Je commence à me plonger dans ses livres et j’aime leur ambiance si particulière, à mi chemin entre un réalisme teinté d’humanisme et de compassion, et un fantastique exubérant, jubilatoire. Des trolls et des hommes illustre bien ce délicieux cocktail : c’est une sélection de contes, mi fabliaux, paraboles morales, mi contes fantastiques dans la droite ligne du romantisme allemand. Si le merveilleux se révèle, si les trolls accourent parmi les hommes, si les lacs et les cimes se nimbent de secrets, c’est pour mieux éclairer les hommes, et les rendre meilleurs. Je crois que le lecteur aussi un peu changé, comme après un envoûtement… très agréable.

- Pas de mari, pas d’ennuis est tout simplement hilarant. Le genre de livre qui exaspère les personnes se tenant à côté de vous, car vous ne cessez d’émettre des petits couinements et autres pouffements étouffés, sans parler de soudaines giclées d’hilarité bruyante. C’est l’histoire d’une célibataire assumée qui, la cinquantaine arrivée, se souvient de sa vie, de ses choix, décortique les hommes qu’elle a connus, brocarde les diktats du couple et de la maternité (« de la propagande à la Goebbels »). En plus, elle est entourée de copines, mère et cousine absolument dingues, dont elle souligne les travers avec un bonheur d’écriture rare. Rarement la chick lit a été aussi jouissive !

- La valse lente des tortues est la suite tant attendue des Yeux jaunes des crocodiles. J’étais ravie de retrouver Joséphine, la chercheuse cocufiée et un peu niaise devenue auteur à succès, Iris, sa sœur aussi fourbe et vaine que belle, Luca, l’énigmatique amant de Joséphine, Shirley, la meilleure copine délurée à la généalogie étrange, Hortense, la jeune fille prête à écraser l’univers entier sous elle pour réussir, et tous les autres… Dans cet opus, le cœur de Joséphine connaît de véritables ouragans, un fantôme s’immisce dans le quotidien, Iris reprend du service après sa dépression et traverse elle aussi la tourmente, Henriette est prête à tout pour arracher Marcel des bras de Josiane… Je crois qu’il est encore meilleur que le premier, si ce n’est pour les épisodes de maraboutage et autres bébés envoyés par le Ciel : Katherine Pancol doit visiblement toujours caser un truc totalement délirant et invraisemblable dans ses bouquins. Le délire extralucide mis à part, La valse lente des tortues se dévore comme une tablette de chocolat aux noisettes. Un régal. Vous commencez, vous êtes accro. Katherine Pancol a un véritable don pour nous divertir et nous tenir en haleine.
J’aime quand la littérature « plaisir » ne prend pas ses lecteurs pour des abrutis. Je n’aime pas les auteurs qui nous infligent 800 pages de dialogues indigents, de bribes à la grammaire et à la typographie disloquées, tout ça pour que l’histoire n’ait pas bougé d’un iota – suivez mon regard.

 

Sinon, Lenka m’a posée la question suivante :

 Bonjour, je voudrais juste savoir, si cela est possible, comment commencer un roman. Je dispose de plein de trucs dans mes tiroirs, mais ça fait brouillon! Merci!!!

 « Si cela est possible »…Ah, Lenka, tu as cerné le problème ! ;) Si la recette miracle du roman existait - « un début en fanfare, cinq ou six personnages un peu dégénérés, quelques rebondissements en fanfare, deux cuillères à soupe d’humour, deux d’action, trois d’amour et un zeste d’érotisme, une fin émouvante et c’est prêt à emballer ! » -, cela ne ferait pas deux ans que je noircis des cahiers et me triture les neurones dans tous les sens pour écrire mon roman. Mais je me sens des trésors d’inventivité aujourd’hui et je vais faire comme si je savais.

Tout d’abord, je pense que tu peux mettre de côté les « plein de trucs » que tu as dans tes tiroirs. On ne construit pas une intrigue à partir de fragments décousus. Il te faut oublier tout ce que tu as écrit jusqu’ici et élaborer les grandes lignes de l’intrigue. Rien ne t’empêchera, plus tard, quand la structure de ton roman sera fermement définie, d’exploiter les bribes qui dorment dans tes meubles, d’utiliser une situation, une description, un dialogue déjà écrit. Mais cela est une étape bien ultérieure. Ne te base pas sur cela pour construire l’histoire, cela risquerait de ne pas tenir debout. Au début, je me répète, tu dois faire le vide dans ton esprit (ouvrir grand tes chakras et ton troisième œil, prier les forces créatrices de la Terre de descendre sur toi et de t’irradier d’énergie, iiiioooon…) et te demander :

Qu’est ce que je veux raconter ?

Pourquoi, pour qui ?

 

(Un mois plus tard.)

Voilà, tu as ton histoire. Tu vas raconter l’histoire de Daphné, qui après une enfance difficile à manger des rognures d’ongles dans un foyer tenu par la machiavélique Ursula Von Drachenloch, a rencontré le prince charmant, Pierre, et eu avec lui une fille, Noémie, qui plume les pigeons écrasés pour s’en faire des parures. Sauf que Daphné apprend par Luna, sa meilleure amie qui a des champignons multicolores plein le placard, que Pierre la trompe. Daphné décide donc de quitter le foyer, de partir avec Noémie sur les routes. Elle ira jusqu’en Patagonie avec Luna retrouver son vrai Moi dans un road-movie déjanté. Inclus quelques scènes torrides avec Gene, un jeune Américain lui aussi venu chercher son Moi, dans une tanière de loups des steppes quelque part en Mongolie. Pour le final spectaculaire, on impliquera quelques extraterrestres, et une révélation tonitruante : Ursula Von Drachenloch venait de Saturne. Donc, comment commencer ton roman ?

 

Version réaliste :

Née le 7 avril 1966, Daphné mesurait un mètre soixante et avait un gros grain de beauté en forme de tractopelle dans le cou. Son nez était piqueté (ça fait bien, piqueté, genre tu fais du style) de tâches de rousseur qui lui donnaient l’air mutin ( = scènes de cul à prévoir. C’est tout bon, ça.)

 

Version « in medias res » :

-         Salaud !, hurla Daphné tout en jetant son sèche-cheveux au visage de Pierre.

-         Mais chérie, voyons, que se passe-t-il ? (Les personnages de roman construisent de jolies phrases très « comtesse de Ségur » et disséminent du « voyons » entre deux propositions, et ce, même quand ils se prennent un sèche-cheveux dans la poire.) Tu sais très bien ce qui se passe, connard ! Je sais que tu baises Cynthia ! ( Le trash est fashion.)

 

Version impressionniste :

Un sèche cheveux qui fend les airs.

Une femme qui pleure.

Salaud.

Cris.

Un homme désemparé. (Le lecteur dort déjà.)

 

Version introspective :

Une femme qui trompe son mari ? Mais pourquoi éprouvé-je donc le désir irrépressible de mettre cela en scène ? Serait-ce, comme le prétend Docteur Ukulélé, mon psychanalyste, que des traumatismes enfantins se font jour dans mon subconscient. Ah, je ressens la peur de la page blanche. Mais Pierre a-t-il vraiment trompé Daphné ?

 

Version stream of consciousness : (= j’ai pas envie de me fouler à mettre des virgules)

Il m’a trompé, se disait-elle, oui mais se pourrait-il que ce soit vrai pourtant je me souviens de notre nuit de noces nous étions sur un paquebot je ne savais pas comment éplucher les écrevisses sans catapulter les yeux à l’autre bout du pont oh non je ne peux pas le voir avec Cynthia nu ses petites fesses flasques sur son… non je ne dois pas penser à ça ai-je bien pendu la lessive ?

 

Version tourmentée :

Daphné ? Mais se nommait-elle vraiment Daphné ? Qui sait quelles puissances obscures définissent notre identité et bouillonnent comme de petits chaudrons au plus profond de nos cerveaux et concoctent la tambouille existentielle ? Daphné, oui. Non. Peut-être Julia, en fait. Daphné comme les fleurs dont les corolles embaumées parsèment la surface apaisée du lac, elle y pensait souvent… si on sait jamais à quoi on pense. (Aie, t’as perdu le fil, mec.)

 

Version trash :

Oh oui Pierre, beugla cette pute de Cynthia, la tête renversée, les cheveux collés par la sueur, tandis que Pierre achevait vite fait son devoir pour fumer sa clope post-coïtale, sentir la fumée descendre en lui, et ça, c’était encore mieux que la chatte mal épilée de cette braillarde de Cynthia. (Rajouter quelques considérations sur la déliquescence de la société capitaliste.)

 

Version poétique :

Daphné pleurait, les perles irridescentes de son chagrin chatoyaient sur sa joue pâle comme un linge frais, et le brun mordoré de son œil se noyait dans d’amères ondées.

 

Version régionaliste :

Le calme ensoleillé du petit village de Buis-les-Baronnies, qui incarne à lui seul la quiétude et la douceur de vivre provençale, avec sa petite place ombragée par de grands platanes centenaires, le crissement délicat des cigales qui paressent sous la lumière de juillet et ses étendues de lavande, fut troublé par le cri de Daphné.

 

En page de droite : buis-les-baronnies.jpg

Légende : Le charme champêtre et bucolique de la douce ville de Buis-les-baronnies où sont nés mes aïeux, dont mon pépé Marius qui a pris la photo. (Note de l'auteur.)

 

Version désinvolte :

Pierre trompait Daphné. Ca arrive tout le temps. T’as encore envie de lire ça, lecteur ? Bon, faut dire que Daphné avait fait original : un sèche-cheveux dans la tronche, quand même, faut le faire.

 

Plus sérieusement, Lenka : lis. Lis, lis, lis sans cesse, fais une razzia dans ta librairie, dévalise la Fnac, mets la bibliothèque municipale à feu et à encre, abreuve-toi de littérature, ne boude aucun genre, aucun auteur, frotte-toi à tout. C’est en lisant assez pour que chaque influence soit conjurée par une autre que tu te formeras, peu à peu, ton propre style et, surtout, ta propre vision du monde. Car je crois que dans tout roman germe un point de vue sur le monde, une philosophie de vie, une idée des hommes et de leur univers.

 

Un dernier conseil : oublie tous mes conseils. Lance-toi. Ne suis aucun modèle, aucun maître à penser. Pour commencer un roman, il faut le commencer, tout simplement.

 

Très bonne semaine à tous !
Ariane

Par Ariane Fornia
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Dimanche 13 janvier 2008
 

Chers tous,
J'ai reçu ces derniers temps plusieurs e-mails et commentaires qui me disaient : "j'ai écrit un roman, comment puis-je le faire publier ?" (là, ça va, on reste dans mon domaine de compétence) ou qui me demandaient : "comment écrire ?" (là, ça devient tout de suite plus compliqué. Ca fait à peu près huit mille ans que l'humanité se pose cette question, je ne crois pas résoudre le problème en dix minutes, même avec beaucoup de bonne volonté).

Commençons par la partie facile. Vous avez achevé un manuscrit, vous rêveriez de le voir en librairie. Je vous dis tout de suite : soyez tenace. Certains auteurs aujourd'hui reconnus ont vu six ou sept manuscrits refusés avant de vaincre les comités de lecture. C'est le cas, par exemple, de Marie Darrieussecq. Quand on voit le tirage de ses bouquins, on se dit qu'elle a eu raison d'insister.
Je sais, je ne suis pas un bon exemple : publiée à quatorze ans, je ne vais pas ouvrir une chaire en persévérance face à l'adversité. Je suis l'exception qui confirme la règle. Et puis, sachez quand même qu'avant de voir "Dieu est une femme" relié, j'avais quand même écrit trois romans et demi. (Si, si, de vrais romans, une liasse à en assommer une colonie de mouches.) Personne ne trouve un éditeur dès le jour où il découvre l'existence des stylos.

Donc, vous avez un manuscrit. Soyez sûr de l'a
voir vraiment achevé avant de le présenter à qui que ce soit. Imprimez le, relisez-vous, crayon en main, traquez les redites, les phrases maladroites, les incohérences, et bien évidemment, les fautes. (N'envoyez pas un texte tout encoquillé et saupoudré d'hybrides malvenus, ce serait rédhibitoire.) N'hésitez pas à retravailler. Le génie inspiré par la Muse qui d'un seul jet pond un roman qui va révolutionner l'humanité, ça n'existe pas. Poncez, reprenez, faites-vous artisan.

Puis choisissez la maison d'édition à qui vous comptez l'envoyer. Ne bazardez pas votre texte aux quatre vents sans savoir chez qui il va débarquer. Toutes les maisons n'ont pas les mêmes goûts. Evitez d’envoyer une aventure heroic fantasy à un éditeur spécialisé dans les romans psychologiques. N'hésitez pas à regarder, en librairie, sur internet, par qui sont publiés les livres que vous aimez. Feuilletez les livres d'une même maison pour comprendre ce qu'ils recherchent et à qui ils s'adressent. Ne négligez pas les petites maisons d’édition : vous avez plus de chances d’y trouver un œil attentif. Mais n’oubliez pas de jeter un coup d’œil à ce qu’elles publient avant de vous fier à elles les yeux fermés. Une bonne maison d’édition doit être exigeante, retravailler le texte avec vous, bref, se comporter en éditeur et pas en simple imprimeur. En résumé : faites un vrai travail de recherche avant d’envoyer votre manuscrit. Vous économiserez du papier.
 

Une fois que les élus de votre cœur ont été sélectionnés, imprimez un texte pour chacun d’eux. (Jamais un manuscrit n’est envoyé par e-mail ! C’est un manque de courtoisie et c’est poubelle direct. Il faudra vider une cartouche d’encre, hélas.) Joignez une lettre, dans laquelle vous vous présenterez brièvement, ainsi que votre manuscrit : de quoi s’agit-il, quels en sont les thèmes essentiels ? Mais, je répète, cela ne doit pas être un second roman : soyez concis. 

L’un de vous m’a demandé : « qu’est ce qui plaît aux éditeurs » ? Ne vous enferrez pas dans l’idée « je vais calibrer un roman qui plaise à tout le monde, un mélange de Marc Lévy et Dan Brown, de l’amour, du mystère, des bons sentiments, de l’aventure et quelques réflexions philosophiques par ci par là ». Regardez les romans de Jonathan Safran Coer, impossibles à résumer, oniriques, délirants, loufoques, écrits dans un style extraterrestre : ils ont eu un succès mondial. Pourquoi ? Parce que ce sont de bons livres. Je ne crois pas qu’on puisse écrire quoi que ce soit en construisant un livre comme on suivrait une recette de cuisine. 

Cela dit, il a quelques constantes. Si le XIXe siècle est le « sacre du roman », le XXIe est sa canonisation. Il est difficile pour d’autres genres d’exister. (D’ailleurs, j’ai grand peine à expliquer que Dernière morsure n’est pas un roman, mais un recueil de chroniques : ça dépasse les capacités d’intégration de tout le monde. Et avant de le voir accepté par Robert Laffont, je l’avais présenté à un autre éditeur, qui m’avait répondu tout naturellement, comme si c’était juste une question de retouches : « on le prend, si vous en faites un roman ». Concrètement : jetez ça à la poubelle, repassez deux ans à votre bureau et filez-moi autre chose ; je n’appelle pas ça « prendre » un livre.) 

Et surtout : « ne confiez pas vos misères à la plume ». (L’expression n’est pas de moi. Une éditrice avait déclaré cela lors d’une interview… j’ai malheureusement oublié qui, où et quand.) Les maisons d’éditions croulent sous le poids des manuscrits qui sont des comptes-rendus de psychothérapie. Evitez les scénarii dont la ligne directrice est « j’ai été violé par mon chien quand j’étais petit et donc je suis très névrosé ». 

Là, je crois qu’on passe au terrain miné des conseils pour écrire. Je ne suis ni éditrice, ni un grand écrivain avec cinquante ans de carrière au compteur. Je vais juste essayer de partager avec vous les deux ou trois petites choses que je crois savoir sur l’écriture ; c’est à prendre ou à laisser. ;-) 

Ne restez pas le nez dans votre vie au premier degré. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on raconte, c’est comment on le raconte. Mais jamais on ne le racontera bien si on ne prend pas du recul. Comment faire ? Lisez. On ne peut pas lire sans écrire, comme on ne peut faire pousser une plante sans terreau, comme on ne peut jouer du piano sans en entendre. 

Il y a mille manières de décrire la naissance d’un amour, la fin de l’été ou la mort d’un rêve. Cela a déjà été raconté mille fois. Ne l’ignorez pas : lisez, lisez tout le temps, et tout ce que vous pouvez, en vous prémunissant contre les préjugés – vous ne croirez pas inventer ce que vous ne faites que rééditer. Lire goulûment vous aidera à dégraisser votre texte en lieux communs et autres facilités : souvent, on sombre dans le cliché par ignorance. On croit dégainer un concept flambant neuf alors que cette idée révolutionnaire encombre déjà les librairies – en élargissant votre horizon, vous éviterez ce genre de déconvenues. Je vous donne un exemple tout simple : un jour, à l’occasion d’un salon du livre, quelqu’un m’a apporté un texte, en me demandant mon avis. (Ce qui me fait toujours virer rouge pivoine et me tortiller de malaise : je ne suis pas éditrice !) Je l’ai lu, cela me faisait terriblement penser à Christiane F., ce que j’ai dit à son auteur ; comme il ne connaissait pas ce récit, je lui ai conseillé de le lire. Et il m’a répondu : « Je ne veux pas le lire, maintenant que vous m’avez dit que mon texte y ressemblait : cela risque de trop m’influencer ». Mais au contraire ! Il FALLAIT le lire, justement pour ne pas faire la même chose, pour se nourrir de cette lecture, la digérer, la surmonter. Ne vous protégez pas des autres livres ! 

Et vivez. Intéressez-vous au monde, à notre époque, aux gens qui vous entourent, à leur histoire. Ecoutez, observez, ne négligez aucune expérience. Ne boudez pas la presse, ne vous enfermez pas dans votre tour d’ivoire. Ecrire, c’est remodeler le réel. Je peux prendre une image ringarde ? Pour tricoter un pull, il faut des pelotes de laine. ;-) 

John Irving a fait dire à l’un de ses personnages, dans A widow for one year : dans un roman, que les situations, les personnages, les détails soient vrais ou inventés n’a strictement aucune importance. Ce qui compte, c’est que ce détail soit juste, qu’il sonne bien. Irving a raison. Quand vous lisez Madame Bovary, vous vous foutez complètement de savoir si Charles était le voisin de palier de Flaubert. Il est totalement vain d’exiger une traçabilité sur les éléments romanesques. (C’est pour cela que la question « mais ça, c’est vrai ou pas ? » m’agace toujours. J’ai toujours envie de répondre : qu’est ce que ça change ? Que je sois sortie ou non avec un mec qui serait le modèle de Wolfram, ça bouleverse votre lecture du roman ? Que le décor du chapitre 9 s’inspire de la rue Bidule à Fromage-sur-Rivière, ça transfigure le livre ?) 

Dévorez le monde, emplissez-vous des milliers de sensations qu’il injecte en vous… mais soyez assez fort pour résister au poids de l’émerveillement. Ca, c’est ma lutte quotidienne contre les exaltations romantiques. Je sais de quoi je parle. Face à une cascade, je me sens submergée par une infinité d’émotions et de mots, et je déverserais un déluge d’adjectifs et d’envolées passionnées si je ne me bridais pas. Ne faites pas de votre livre un patchwork d’instantanés. Ne négligez pas la structure, ne lâchez pas le gouvernail. 

Et pensez à votre lecteur. Cela rejoint ce que je disais plus haut : ne confondez pas littérature et psychothérapie. Vous écrivez pour être lu par les autres, ils paient même pour ça, alors vous pouvez bien penser un peu à eux ;)

En me relisant, j’ai un peu honte d’avoir été sentencieuse avec si peu de qualifications. Ceci n’est bien évidemment pas mon Art littéraire. Je n’ai pas prétention à l’omniscience ou à l’universalité : c’est à vous de fonder votre religion. (Et puis, c’est vous qui me l’avez demandé, je me contente d’honorer la commande ;-)). 

Mais j’espère que ces quelques petits conseils auront été utiles à ceux qui les demandaient. Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas. Et, enfin, autorisez-moi à radoter, encore trois mots : Persévérez. Persévérez. Persévérez. On ne devient pas Victor Hugo un beau matin, pendant qu’on se fait griller un toast. Comme dirait Raffarin : la route est longue, mais la pente est forte ! ;-)

 

 J’ai vu Persépolis hier soir. S’il reste parmi vous des chanceux qui ne l’ont pas encore vu et qui auront le bonheur de le découvrir : foncez. Ce film mérite tout le bien qu’on en a dit.

J'espère que tout va bien pour vous.
A très vite.

 

Par Ariane Fornia
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Lundi 10 décembre 2007

Ah, si vous saviez comme j’aime quand vous me posez des questions ! Tous les week-ends, je me fouette hors de mon coma dominical, m’enracine mollement face à mon écran, et me dis : « Quand même, ces pauvres lecteurs, ils ont payé seize euros pour lire ta description des gothopoufs et des croulants, voire plus, s’ils ont eu le courage de lire tes autres livres, et toi, tu fainéantes, tu ne tiens pas ton blog à jour ! Tu leur dois bien un article par semaine, quand même ». Et je prie tous les loutres et bouquetins de la voie lactée de m’insuffler l’inspiration divine. Donc, quand vous me posez des questions, mes synapses encroûtées retournent à leur néant, et je soupire d’aise : merci, maoboy747, de garantir par tes questions ma contribution hebdomadaire à la pagaille virtuelle, viens là que je t’épouse. (Dragée sucre ou chocolat ? Personnellement, je ne mets rien au dessus du cacao, mais dans un couple, il faut bien faire des concessions.)
Donc, maoboy747 a écrit :
« Ton style brut de décoffrage ne t’empêche-t-il pas parfois d'exprimer ce que tu ressens vraiment ? Je veux dire par là que tu es très dans l'extrapolation, l'hyperbolique(...) et que si tu énonçais finalement ton réel avis mesuré, cela enlèverait un peu de piment à la lecture.»

Bien sûr, si j’écrivais « l’adolescent a entre 11 et 18 ans » au lieu de « L'adolescent est une créature inachevée. On peut présenter la chose ainsi : lorsque les pustules se résorbent et que le corps cessent de grandir pour commencer à vieillir, l'adolescence s'achève. », je ne vois pas pourquoi un éditeur prendrait la peine de jeter un coup d’œil au manuscrit. Si je sombrais dans la mesure et l’objectivité, personne n’aurait jamais entendu parler de mon bouquin, et c’est bien normal. Tout simplement parce que Dernière morsure est un livre de chroniques. Et qui dit chronique dit angle d’attaque. (Sinon, ça devient aussi palpitant que la liste de mes courses au Franprix d’en face.) Mon angle, c’est l’ironie, l’hyperbole, la métaphore échevelée, bref, la distorsion volontaire, mon objectif premier étant de faire rire. « Exprimer ce que je ressens vraiment » est très secondaire, cela donne par endroits sa touche d’authenticité au livre et l’empêche de se transformer en catalogue de figures de style, mais honnêtement : tu lis un bouquin pour savoir ce que l’auteur ressent vraiment ? Personnellement, je me fiche éperdument de savoir si Flaubert connaissait une Emma et de ce qu’il éprouvait pour elle : la seule chose qui compte, c’est le roman Madame Bovary. La sincérité n’est pas une valeur en littérature…

« Tu te sens (ou sentais, ça change rapidement chez moi en tout cas) dans ce monde adolescent et à la fois très en dehors. Les superficialités de ce milieu te dérangent et finalement, même si ce n'est pas clairement établi dans l'ouvrage, ce sont donc les individualités et les caractères (pas de La Bruyère! Mon humour du matin n'est pas à juger ici!) qui font que tu t'intéresses aux gens. N'as tu pas l'impression que finalement c'est comme ça dans tous les milieux? Je suis à la fac et j'avoue qu'en dépit du fait que les gens y soient très différents par rapports au lycée, je les sectarise quand même jusqu'à les généraliser et les trouver insipides... Dois-je consulter? »

Non, tu ne dois pas consulter. Evite le divan, sauf si tu as vu ta voisine se faire violer par un troupeau de morses. Hmm, pardon, j’oubliais que j’étais censée parler de mon « œuvre » (ça va, je plaisante), pas donner des leçons de vie. Je crois que je ne souscris pas à ton analyse de Dernière morsure. (Je dis ça en prenant des pincettes, car un auteur n’est pas censé analyser ses propres bouquins, selon les règles en vigueur dans le milieu ;)). La superficialité ne me dérange pas si elle me fournit de quoi écrire. J’adore les poufs, les racailles et les rebelles, ils me fournissent du diesel à paragraphes. Les personnalités m’intéressent quand je vis, ou quand j’écris un roman, mais certainement pas pour rédiger des chroniques, tout simplement parce que la chronique fonctionne comme une photo volée : il faut capter le détail révélateur, la lumière particulière, un relief éphémère. Il n’y a que dans certaines parties plus personnelles de Dernière morsure que je me suis intéressée à la psychologie de mes personnages, mais ce n’était pas dans une perspective critique. Il s’agissait plutôt de présenter une échographie du cerveau adolescent (donc partiellement du mien). Bien sûr, les clichés colonisent tous les milieux. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas trop y prêter attention. Laisse aux gens une chance d’être connus de toi, même s’ils écoutent Avril Lavigne ;). (Voilà que je recommence à me la jouer moraliste. Je devrais lancer une secte. « Mieux vivre avec Ariane », avec séances de « loutre-thérapie » à la clé : retrouvez votre équilibre personnel en jouant avec des loutres. Si vous réussissez à ne pas vous faire foudroyer par les aiguillons venimeux, vous avez gagné.)

« Mes autres questions appellent des réponses à la Closer donc je ne les poserai pas! »

Quel dommage. Tu as perdu l’occasion de me voir poster une vidéo à la Paris Hilton.

« Sinon, comme idée de post, tu pourrais nous raconter tes penchants pour jean-pierre coffe ou tes culinarités favorites... Je sais! Une petite analyse historique sur Utopia de Thomas More, je dis pas ça car c'est un exposé très proche pour lequel je n'ai encore rien fait, mais juste pour très ton avis là dessus.. Bon je te laisse j'ai encore toute une bibliographie à inventer pour l'exposé que je dois rendre à 13 heures! »

Joker ;) Utopia, je l’ai lu en Reader’s Digest, alors ne compte pas sur moi ;). Dear Maoboy, j’espère avoir répondu à tes questions ?

A part ça, 3615 Ma vie. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai commencé à écrire des chroniques pour Métro, à fréquence irrégulière.
Pour consulter mon Anti-liste de Noël : http://metrofrance.com/fr/article/2007/12/06/12/3408-37/index.xml
(Faites pas gaffe à la photo, je la déteste. Oui, je suis une fille : pénible dès qu’un film argentique pointe le bout de sa bobine.)
Pour mes lecteurs suisses : vous me retrouvez dans Edelgirls ce mois-ci. J’ai adoré répondre à cette interview. Les Suisses sont cool.
J’entre en période de concours blancs, le look courgette macérée est de retour : je suis plus blafarde que les culottes ectoplasmiques de Dracula. Et je prie Noël de bouger ses fesses et d’arriver plus vite. Il pleut, j’ai les cheveux imbibés de déchets acides. Mais rien ne saurait entamer ma bonne humeur, ni les déjections industrielles ni les dissertations à venir : mercredi, je vais voir Tannhäuser à Bastille ! (Je suis une mordue d’opéra. Et Wagner-addict. Et il paraît que cette interprétation est à se pâmer. Forcément, ça détend les zygomatiques.) Je vous en parlerai. Je vous souhaite à tous une bonne semaine et un bon rush de dernière minute pour dénicher les cadeaux parfaits (par exemple, y a un bouquin qui s’appelle Dernière morsure, c’est une gamine qui a écrit ça… aïe, je suis grillée). A très vite. Ariane

Par Ariane Fornia
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Mardi 6 novembre 2007

Avec l’exquise politesse à laquelle il nous a accoutumés, Nicolas m’a posé la question suivante :

 

Chère Ariane,
Cela va certainement vous décontenancer le temps de lire ce message mais quel est votre avis, romancière mais d'abord et surtout lectrice, sur la poésie ? Aimez-vous les poètes ? Pensez-vous vraiment que la poésie (je ne dis pas le lyrisme!!!) soit "passé de mode" ?
Bien à vous

 

Si j’aime la poésie ? Comment dire « Non » ? J’ai un respect qui confine à la vénération pour cette discipline mutante, à mi-chemin entre la littérature, la musique et la religion – ou plutôt, la démiurgie. Car pour moi, la poésie est un chant, un chant sacré, qui ne se contente pas d’honorer l’existence des êtres, mais qui la recrée et l’accomplit. Un poème, c’est une nouvelle genèse, c’est

 

Parler seul
Avec Dieu,

 

comme l’a écrit Hölderlin. Vous l’avez compris : pour moi, la poésie, c’est le lyrisme, c’est Orphée qui bouleverse l’ordre du monde pour que sa voix ramène Eurydice, qui envoûte arbres et animaux, c’est un souffle, un rythme, une mélodie, un fracas torrentiel et un murmure d’extase. Je ne conçois pas de poésie sans le martèlement des rimes et le plaisir organique des sons ; un poème est une expérience sensorielle, une avalanche, une rupture des digues du corps et du monde.

Ainsi, les créations récentes, comme la prose de Ponge et les satires de Gernhardt sont pour moi de délicieux accidents, des drosophiles à dix-huit pattes surgies dans un laboratoire peu orthodoxe : j’adore ces hybrides, mais je vois bien qu’ils n’appartiennent pas à leur espèce, et qu’ils sont stériles, comme tous les croisements contre-nature : l’avenir de la poésie ne sera pas fécondé par eux.

 

J’ai survolé l’Année poétique, excellente anthologie des poèmes parus l’an dernier, qui offre un tour d’horizon panoramique de la poésie en 2007, et j’avoue avoir été déçue. Peut-être n’ai-je pas pris assez de temps, peut-être ai-je ignoré une pépite, mais je suis restée froide. Et pour moi, la poésie hante et revient comme un amant… comme une chanson. On ne se dépêtra pas du lyrisme.

 

Et, hélas, il est passé de mode. On a rien trouvé de mieux, face aux charniers nazis, que d’inculper l’idéalisme et les vers qui le rythmaient. Adorno a dit « après Auschwitz, on ne peut plus écrire de poésie », et on l’a cru. Je sais, faire remonter à l’holocauste les plaies de notre XXIe siècle est un poncif, mais cette rupture est avérée. Parce qu’Hitler avait cherché à assaisonner à la croix gammée les romantiques, et parce que les chambres à gaz ont fauché net tous les utopistes, on a relégué à la cave le lyrisme. Aujourd’hui, une maison d’édition qui verrait atterrir sur sa pile les œuvres de Lamartine ou de Musset se péterait quelques côtes de rire. On traque l’emphase, la naïveté, les effets majestueux. Alors oui, la poésie est passée de mode – les chiffres de vente le prouvent bien mieux que ce long laïus. Parce que la poésie, c’est l’outrance. Festin de sons, de rêves et de rythmes sans jamais atteindre la satiété.

 

Pour moi, les ballades allemandes, de Goethe, Brentano ou Annette Droste-Hülshoff, ou les fantaisies nocturnes de Novalis ou d’Eichendorff, sont la perfection poétique. Un élément épique, un élément dramatique, un élément lyrique : c’est la définition canonique de la ballade, et bien avant de l’apprendre par cœur en hypokhâgne, j’avais ressenti que cet héroïsme sonore des romantiques allemands atteignait un sommet d’art et de beauté. Mais, par égard envers mes lecteurs, j’ai essayé de chercher des poèmes français qui diront bien mieux que moi ce qu’un poème doit, à mes yeux, amener à ressentir.

 

La Loreley, d’Apollinaire, traduction libre et moderne de la ballade de Brentano.
Ophélie, de Rimbaud – curieux que je choisisse un poème de l’auteur des Illuminations pour exprimer la perfection romantique…
Conte d’amour, de Villiers de l’Isle Adam – un texte superbe.
Nuit rhénane, d’Apollinaire. A-t-on jamais rien écrit de plus beau sur le Rhin ?
Veni vidi vixi, de Victor Hugo, ou comment la poésie personnelle devient une cathédrale.

 

 Je ne peux m’empêcher de citer d’autres textes, en langue étrangère, pour les curieux…

The Lady of Shalott, de Tennyson

La belle dame sans merci, de Keats
The rime of the ancient mariner, de Coleridge
Hymnen an die Nacht, de Novalis
Der Erlkönig, de Goethe
Mondnacht, d’Eichendorff
Der Knabe am Moor, de Droste-Hülshoff
Die Sphinx, de Heine

 

J’attends toujours le messie qui ressuscitera la poésie, saura lui insuffler une nouvelle vie sans s’attirer les quolibets de l’époque. Cela ne sera pas moi – à dix-huit ans, je suis déjà trop vieille pour être capable d’une telle ferveur. On cueille les génies du vers au berceau !

 

J’espère avoir répondu à votre question, Nicolas ? Je me permets de vous la renvoyer : et vous, que pensez-vous de la poésie ?
(Bien entendu, la question s’adresse à tous. Je suis pas en train d’organiser un tête à tête ;-)).

fraise.png

 

Sinon, je voulais vous prévenir que j’entre dès demain dans le mois de novembre. C'est-à-dire, pour tout élève de prépa : le mois du teint blême et des mines de déterré, des jours sans fin et des peines sans fond, de la dissolution dans un violacé d’insomnie et de l’exaspération illimitée, injustifiée, incontrôlable. Mais comme disait mon prof d’histoire, « le mois de novembre a une fin ». Donc, vous me récupérerez vivante un de ces jours. D’ici là, je vous en prie, soyez patients si mes délais de réaction se voient encore allongés… (Et essayez de pas trop m’énerver, on sait jamais. Je plaisante ;-)).
A bientôt, bonne soirée, et merci à tous ceux qui viennent et reviennent... Encore une fois : n'hésitez pas à poser des questions, faire des suggestions, laisser l'adresse de votre blog. Aiglures doit vivre, et vous êtes les aiglons ;-)

EDIT - PROSAIQUE MAIS IMPORTANT :
pour une raison restée obscure à ce jour, Hotmail me prend pour une terroriste et refuse tous mes mails, au motif que mon adresse IP serait toxique, néfaste ou cancérigène. J'ai donc été forcée de laisser tous vos mails venant de comptes Hotmail en suspens, et ce depuis deux semaines. Donc, s'il vous plaît, chers amis concernés par ce nouveau délire de mon cauchemar informatique, ne croyez pas que je vous snobe et envoyez moi un nouveau mail avec une autre adresse ! Sus à Hotmail ! Et bonne semaine ;-)

 
Par Ariane Fornia
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Dimanche 23 septembre 2007
La semaine dernière, Marie m’a écrit :
J'ai été surprise de vous avoir vue ce matin dans l'emission littéraire Vol de Nuit; la fameuse Ariane Fornia! Vous avez un sacré débit! ; ) J'ai lu votre premier livre... il y a plusieurs années. Ma première  réaction a été celle de beaucoup de lecteurs: un bouquin d'une "ado" égocentrique qui se rebelle et qui crache son venin comme tous les "ados" qui se respectent. Et votre dernier livre, même s'il paraît avoir été écrit avec un plus grand recul, le thème reste le même. Et je vais vous dire franchement mon avis: c'est dommage de gâcher une si grande facilité pour l'écriture à des sujets aussi puérils. Vous êtes une adolescente qui se complet dans... l'adolescence!  Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus "puissant"? Avec vos facilités ce ne serait pas du luxe vous ne croyez pas?  On dit de vous (et vous le dites vous-même) que vous êtes "surdouée", "précoce", "d'une intelligence supérieure"... Pourtant vous privilégiez la forme au fond: vous écrivez bien, certes, mais vous racontez des gamineries sans importance et sans aucune profondeur. L'humour noir est à la mode ça c'est sûr, mais il faut savoir l'utiliser à bon escient. Vous êtes capable de mieux que ces textes infantiles et creux. Si vous êtes vraiment  quelqu'un de "précoce", d'une "intelligence supérieure", prouvez-le nous enfin! Et cessez ces enfantillages d'ado en crise qui prétend tout connaître et tout comprendre.Le propre de l'idiot, justement, est de croire qu'il a tout compris.Ne l'oubliez pas.Marie.


Chère Marie,
Je vous dois le respect pour ce commentaire constructif, permettez-moi  donc une réponse franche.
"Ma précocité et mon intelligence supérieure" ne sont que des bocaux dans lesquels on m’enferme. Je peux vous présenter le résultat d’un test de Q.I., mais je ne pourrai jamais certifier mon intelligence – car c’est quelque chose qui se construit et s’expérimente continuellement, à chaque situation face à laquelle on doit réagir. Je n’ai jamais cherché à affirmer ma supériorité sur qui que ce soit. Je n’ai jamais prétendu tout connaître, ni tout comprendre. Et je ne suis pas « en crise », ça va très bien merci. Voilà pour les précisions préliminaires, entrons maintenant dans le vif du sujet.
« Vous êtes une adolescence qui se complet dans… l’adolescence. » Oui, et j’ai dix-huit ans et trois semaines. Ne jugez pas l’œuvre qu’on construit en une vie à l’aune de ces quelques années. Vous allez me dire : Rimbaud, à dix-sept ans, écrivait des poèmes superbes. Bien sûr. Et de quoi parlaient-ils, dans leur immense majorité ? De l’adolescence et des sentiments adolescents. Aucun jeune auteur n’a réussi à singer l’expérience d’un vieil écrivain et composer Guerre et paix. A chaque âge ses plaisirs, c'est la même chose en littérature. Vous allez me dire : ne comparez pas  vos petites chroniques à la beauté des poèmes de Rimbaud. Je vous rassure, ce n’est pas mon intention. Je veux juste vous montrer qu’entre 1870 et aujourd’hui, plus d’un siècle s’est écoulé. Et qu’on n’échappe pas à son époque. Oui, je pourrais essayer d’être une nouvelle Victor Hugo, sans la rhétorique et la culture classique assénées des années durant dans les lycées du XIXe siècle, je pourrais me vautrer dans un marécage pseudo-lyrique qui n’intéresserait de toute façon PERSONNE, puisque la poésie et le lyrisme sont totalement passés de mode. Nous vivons au XIXe siècle, à l’ère des séries télé, du jetable, de l’invasion de l’image, de l’éphémère et du divertissement. Chercher sa place en littérature, ce n’est pas singer les anciens et nier en bloc tout ce qui fait 2007, c’est composer avec les exigences de notre époque pour trouver un écho. Cela a tout d’une lapalissade, mais cela mérite d’être répété : on écrit pour être lu. Et on évite de rebuter le lecteur en lui montrant ostensiblement qu’on méprise le siècle dans lequel il vit (aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de commencer un roman par cinquante pages de description introductive). Donc, on accorde des concessions à l’esprit actuel. Cela ne signifie pas sombrer dans la facilité. Je ne prends pas mes lecteurs pour des abrutis : si je veux être lue, je dois leur servir des choses de qualité. Et je crois sincèrement avoir fait de mon mieux dans Dernière morsure, pour offrir un portrait vrai et drôle de l’adolescence. L’humour est un appétant, mais je crois, j’espère avoir mis des choses plus substantielles dans la préparation. Dernière morsure se veut certes mode d’emploi, catalogue ironique de l’adolescence (cf l’abécédaire), mais aussi miroir des passions et des angoisses de cet âge (cf vertige de l’adolescence). Je reçois des mails qui me disent : « Vous avez raconté toute mon adolescence, tout ce que j’ai ressenti, je me suis entièrement reconnu(e) dans votre livre. » Vous dites que mes textes sont « infantiles et creux ». Mes lecteurs ne sont pas des veaux. Ils ne m’écriraient pas que j’ai capturé toute leur jeunesse si je m’étais contentée de lister les styles vestimentaires. Je ne renierai pas Dernière morsure, je ne mépriserai pas ceux qui l’ont aimé.
J’ai de l’ambition littéraire, et j’ai toute une vie pour vous le montrer. Si vous continuez à me lire, vous le verrez. A mon tour d’être sentencieuse : « n’oubliez pas » (je reprends votre formule) que pour les auteurs d’aujourd’hui, il faut concilier l’exigence et l’envie de plaire à tous. La littérature doit être agréable : lire, c’est avant tout un plaisir ! Vous vous plongez dans la Phénoménologie de l’esprit sur la plage, vous ? Ne préférez-vous pas la littérature, qui a vocation à divertir ? Cela dit, pour être une vraie joie, pas une satisfaction éphémère, un livre doit avoir une certaine substance, une profondeur. J’en suis bien consciente, et je ne néglige pas ces impératifs là. Mais, encore une fois : si je m’adonnais à mes vraies pulsions littéraires, romantiques, lyriques, mystiques et torturées, personne n’aurait jamais entendu parler de moi. Et c’est bien normal. Dans mon journal intime, j’écris ce que je veux. Dans ce que je publie, j’essaie de penser à mon lecteur. Je ne vis pas barricadée dans ma tour d’ivoire. On ne tire pas impunément la langue à son siècle.
« Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus puissant ? », me demandez-vous. Merci de m’en croire capable, mais je vous renvoie la question : si c’est si facile, pourquoi ne le faites-vous pas ? La république des lettres en 2007 n’est pas le jardin d’Eden, et il n’est pas si aisé d’y trouver sa place.
Merci d’avoir pris la peine de me lire et de m’exposer vos idées.
Bien à vous,
Ariane F.
Par Ariane Fornia
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Samedi 1 septembre 2007
Tentant bravement de changer de sujet quand la discorde tonnait sur ce blog, Emeraude a écrit :

Eh bien j'aimerais bien avoir l'approfondissement de la première partie de ce billet. L'approfondissement du "il doit bien y avoir autre chose".
Ici vous nous avez dit les livres que vous aimeriez écrire.
Je vous pose la question : pourquoi vous écrivez ? Comment ça vous est venu ? D'où vous viennent les idées ? Comment les exploitez-vous ?
Et votre avenir alors ? Comptez-vous devenir écrivain, ou avez vous d'autres amibitions ?
Finalement j'ai des tonnes et des tonnes de questions à poser mais je crois que je vais en garder d'autres pour plus tard.

* Pourquoi vous écrivez ? Comment ça vous est venu ?
Je crois que je l'ai déjà dit : pour des problèmes de taille, poids, cordes vocales et manque de goût pour les drogues, je n'ai pas pu devenir chanteuse, mannequin ou rockstar. Je me suis donc consacrée à ce qui sied aux inadaptés de mon genre, à savoir le scribouillage.
Plus sérieusement : je n'ai jamais imaginé ma vie autrement. Sans doute y a-t-il un banal instinct reproducteur : j'ai toujours vu ma mère écrire, j'ai lu et gribouillé des mots très jeune, je me suis installée dans cette existence comme dans un bain d'encre, et j'ai toujours été convaincue que je ne pouvais, savais, voulais faire que ça. (L'instinct reproducteur n'explique pas tout : mon frère joue au foot, ma soeur dessine.) Il y a un côté égoïste dans l'écriture : emplir sa vie de mots, concrétiser les images qu'on a dans la tête, les rendre tangibles, ne pas rester seule dans le monde qu'on a créé.
Il y a un côté mégalomane : je sais bien que des milliers d'auteurs meurent dans l'indifférence, que l'humanité va disparaître, que le soleil va exploser, que je ne suis qu'une parmi des millions, mais un petit bout de moi espère avoir un jour une ligne dans un manuel d'histoire de la littérature.
Mais il y a surtout, sincèrement, je dis pas ça pour gagner un prix de bonne camaraderie, un côté altruiste : raconter des histoires, ceci est mon rôle en ce monde, je veux toucher, je veux faire sourire, je veux aller vers les autres avec mon stylo.

*D'où vous viennent les idées ? Comment les exploitez-vous ?
A 99%, de l'extérieur et des autres : je regarde mes proches vivre, je découvre des lieux nouveaux, je m'intéresse à ce qui m'entoure, et des images, des bribes m'envahissent. Mon travail, c'est de les synthétiser, transformer et structurer. Je suis un tube de dentifrice. Avec la pâte, je fais des rayures. (Peut-être vous attendiez-vous à mieux, Emeraude ? Vous espériez trouver un écrivain et voilà que je prétends être un tube de dentifrice. Pardon.)
A 1% : de moi-même. De mes cauchemars. Mes rêves sont de véritables séances de torture et ils m'inspirent souvent des nouvelles dégoulinantes.

*Et votre avenir alors ? Comptez-vous devenir écrivain, ou avez vous d'autres amibitions ?
Je dois écrire et partager mes écrits, je ne conçois pas ma vie autrement. Mais malheureusement, les gens qui restent toute la journée seuls avec eux-mêmes et leur feuille blanche ont une légère tendance à devenir fous, alcooliques ou suicidaires. J'ai parfois peur de devenir Sylvia Plath (elle s'est tuée la tête dans un four à l'âge de trente ans, incapable de mener de front sa vie créatrice et sa vie de femme et mère). Et puis, je crois que se dire tous les matins "si tu n'es pas inspirée aujourd'hui, tu ne pourras pas payer ton loyer l'an prochain" n'est pas la meilleure manière de produire des bouquins corrects. Je dois donc trouver un boulot. Mais tout le monde me déconseille de travailler dans : le professorat, le journalisme, l'édition. Question : qu'est-ce que vous voulez que je fasse ??
Si quelqu'un connaît un job qui permette de vivre sans angoisses financières permanentes et qui ne soit pas trop chronophage, faites moi signe. Thanks.

Bonne soirée à tous, profitez du dernier week-end d'été.
Merci pour vos visites, toujours plus nombreuses, et pour vos commentaires. En ouvrant ce blog, je désirais rencontrer mes lecteurs, trouver un écho, tisser des liens, je suis exaucée au delà de mes espérances.

Par Ariane Fornia
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Vendredi 31 août 2007
Je réponds à TOUTES les questions, donc voici celle de Xavi :

Rien a voir avec vos articles dénués de tout interet, je voulais savoir ce que faisait de n'exister que grâce à son père, de se prendre pour une haute intellectuelle surdouée, néanmoins sans avoir d'avance particulière au niveau scolaire et n'ayant aucun talent avéré, profitant des relations de son paternel pour se faire publier des "essais" d'une écriture aussi blanche que prétentieuse, ce qui, en soit est, relativement paradoxal, d'être suffisement narcissique pour se croire suffisement différente de ses origines pour pouvoir changer de nom, et penser être une extra privilégiée d'avoir un père au gouvernement, alors que vous êtes loin d'être la seule dans cette situation...aucune réponse n'est exigée, en revanche, une sérieuse remise en question de votre part est nécessaire.

Réponse : ça va très bien, merci. Mais vous, mon cher Xavi, vous m'inquiétez. Quel est le profond traumatisme qui vous pousse à aller vous acharner contre des inconnus sur Internet ? Vous n'êtes pas seul, je suis là. Parlez-moi, dites-moi ce qui vous tourmente, libérez vos haines et vos frustrations, je vous en prie. En espérant que votre vie n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, un merdier absolu, je vous souhaite une bonne soirée.

Par Ariane Fornia
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Mardi 28 août 2007
Déjà, je vous supplie de me pardonner l'irrécupérable laideur des articles que je publie depuis hier, je suis sur un ordinateur paranoïaque qui refuse les cookies, pop-ups et tout ce qui est fun; c'est déjà un miracle qu'il m'autorise à écrire. (Je me la joue créateur censuré par un monde totalitaire, youpi). Cet article subira un ravalement de façade dès que possible, et j'activerai vos commentaires (ce qui m'est également impossible ici. Je rampe.)

Caro[line] est l'auteur d'un merveilleux blog de lectures, http://krolinh-lectures.blogspot.com/. Elle et sa consoeur Laurence, sur http://biblioblog.fr, chroniquent avec beaucoup de patience, de talent et de passion les livres qu'elles ont lus, et j'ai eu la chance d'être de ceux-là. Outre le fait que leurs articles me font rosir de plaisir, je vous conseille vivement d'aller jeter un coup d'oeil sur ces blogs, ce sont des mines d'or.
Tout ça pour dire que Caro[line] a laissé ici le commentaire suivant :

Voici une autre chose que j'ai envie de lire : comment se passe la vie d'un écrivain au moment de la rentrée littéraire ? (Chose que vous faites là d'ailleurs !)
Et plus généralement, comment se passe la vie d'un écrivain ?
Quand écrivez-vous ? Pourquoi ? Vos pannes ?


J'inaugure donc la catégorie "Réponses à vos questions", tadam...


- Comment se passe la vie d'un écrivain au moment de la rentrée littéraire ?

C'est ce que je raconte en ce moment sur ce blog ! La rentrée littéraire, c'est un terrible moment d'angoisse et de remise en question ; je n'ai jamais eu d'enfant, mais je crois que cela s'apparente un peu au "baby blues"... On a mis quelque chose au monde, un petit livre frêle et vulnérable sous sa couverture vernie, et on le balance dans un monde hostile où 727 petits camarades sont prêts à le cannibaliser... Je me sens comme la tortue luth (l'analogie n'a rien de pondéral, je vous prie de le croire... mais non !) qui a pondu ses oeufs sur le sable et qui espère qu'ils vont atteindre l'eau sans se faire boulotter par des crabes, mouettes et tractopelles ! Mais bien sûr, c'est un moment terriblement excitant...

- Comment se passe la vie d'un écrivain ?

Je suis un mauvais exemple, parce que je ne mène pas une vie d'écrivain. Alors qu'écrire est ma passion, ma vocation, la seule chose que je fasse correctement, mon oxygène, je suis obligée de cantonner ma plume aux interstices de ma vie d'étudiante de classe préparatoire... Durant l'année d'hypokhâgne, il n'y a pas eu un seul cours durant lequel je ne me suis pas endormie, parce que je me couchais à minuit pour abattre le travail scolaire et me levais à 5h pour écrire... Et en plus, le roman qui est né de ce sacerdoce est bon pour le vide-ordure, car on écrit jamais rien de bon quand on est si épuisé qu'on en a des hallucinations visuelles (j'ai pris toute une nuit durant mon peignoir pour un prof de philo machiavélique caché sous mon lit, c'est dire). Je n'ai plus qu'une hâte : passer le concours de l'ENS, m'être acquittée de mes obligations envers la société et l'establishment, et ECRIRE, enfin !!!

-Quand écrivez-vous ?
Avant la prépa : quand je voulais, n'importe quand, tout le temps , c'était un luxe absolu.
Maintenant : jamais...
L'an prochain : 24h sur 24.

-Pourquoi ?
Parce que je ne peux pas faire autrement ! Créer emplit ma vie !
(Et en plus, je suis trop grosse pour être mannequin, trop cacophonique pour être chanteuse, et comme j'aime ni la vodka, ni la coke, je peux pas être rockstar non plus.)

-Vos pannes ?
Les scènes classées X. Non pas que je sois prude, mais j'ai une incapacité totale à décrire de telles scènes, incapacité que je partage avec beaucoup de mes confrères, à en croire la production littéraire actuelle... Je n'ai que très, très rarement lu une scène érotique convaincante.
Donc je m'abstiens. (De décrire, hein. ^^)

Merci Caro[line] pour ces questions ! :-)
(Et allez voir les blogs cités plus haut !)

Sinon : j'ai enregistré ce matin les Grosses têtes. L'émission sera diffusée dans la semaine. C'est la deuxième fois que j'y participe, et j'adore cette émission et ses chroniqueurs, même si parfois, quand les respectables vieux monsieurs font des blagues sur les ministres de De Gaulle, je me sens un peu hors du coup ;-) La première fois que j'avais participé, j'avais 14 ans, Monsieur Bouvard s'était donc abstenu de multiplier les blagues lubriques. Maintenant, je vais être majeure, donc il risque plus rien, et il s'en donne à coeur joie ;) Je doute qu'il passe jamais par ici, mais s'il le faisait : Merci de m'avoir invitée, c'était un moment dont je me souviendrai !

A très vite.



Par Ariane Fornia
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