Chers tous,
Si je n’ai pas posté sur ce blog depuis longtemps, ce n’est plus parce que le
sacerdoce préparationnaire enchaîne tous mes moments, mais bien parce que j’écris et je lis… Je suis entièrement immergée dans l’écriture de mon roman ; je ne vous en parle pas plus, à cause
d’une superstition personnelle : s’épancher sur les projets en cours porte malheur à leur achèvement. Et je prends enfin le temps, depuis l’été dernier, de combler un vide que je ressentais
depuis longtemps, un vide de mille ans : que s’est-il passé entre l’écroulement final de l’Empire romain d’Occident, en 476, et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en
1492 ? Le « Moyen Âge », ce ventre mou de nos consciences historiques, d’où émergent quelques bribes brumeuses – un chevalier en armure, la peste, un dragon, des croisés, un
alchimiste -, qu’est ce que c’est ? Pendant ma prépa, je n’avais eu que très peu de temps à lui consacrer. Aujourd’hui, enfin, je dévore les livres d’histoire, la philosophie des
scolastiques, la poésie et les épopées de la grande époque courtoise, j’écume le musée de Cluny et, en Allemagne, la forteresse de Würzburg, bref, je m’approprie enfin ces mille ans méconnus, et
j’y trouve une joie immense : quand je vois la date de construction d’une cathédrale, XIe siècle, par exemple, cela signifie enfin quelque chose pour moi… et cette simple capacité à
structurer chronologiquement cette époque me donne un sentiment de pouvoir infini. En une vingtaine de bouquins, j’ai acheté la sensation d’être maître du monde, c’est plutôt une bonne
affaire.
Bien sûr, me plonger dans le Moyen Âge aggrave ma névrose familière, celle qui me fait voir partout les tombes sous les vivants, les ruines sous les villes, mille fleurs fanées hantant chaque
bouton de rose. Cela fait longtemps que j’ai l’habitude de voir la mort flâner avec une coquetterie mélancolique à chaque carrefour, poser son ombre horrible et raffinée sur chaque paysage,
transformer chaque rivière en Styx ; maintenant, je sais que je ne pourrai plus jamais me débarrasser d’elle. J’en prends mon parti, évidemment.
J’ai lu et vu - Equus, Edward aux mains d’argent, l’exposition Celtes et scandinaves au musée de Cluny, une conférence de Jean-Luc Marion cette semaine - beaucoup de belles choses ces
derniers temps, mais il y en a trois que je voudrais partager avec vous : Cavalier seul, de Jérôme Garcin, Le violon du fou, de Selma Lagerlöf, l’opéra Tristan und
Isolde de Wagner à Bastille.
Puisque je vais commencer par les chevaux, je voulais aussi vous dire que j’ai écrit un article pour le dernier Cheval au naturel, intitulé Cheval, notre double mythique. C’est
une tribune libre sur le rapport entre le cheval et les femmes. (Je tiens à préciser, vous comprendrez pourquoi si vous jetez un coup d’œil au papier, que je ne suis pas responsable de
l’iconographie. ;))
Avec ma boulimie d’équidés, j’ai du mal à comprendre pourquoi je n’ai pas lu Cavalier seul plus tôt. Peut-être parce que l’équitation pratiquée par Jérôme Garcin n’est pas exactement la
mienne : il monte en Normandie de grands chevaux alezans et bais, sculptés par le sable des manèges, les enrênements et les barres franchies, des trotteurs, des selle-français, des
anglo-arabes, de bons chevaux bien comme il faut ; je monte des arabes, des espagnols, des paint, des chevaux noyés sous une crinière de princesse, avec des robes infalsifiables, isabelle
pie, palomino pommelé, et si je sacrifie au dressage, ce n’est que parce que placés et incurvés, mes chevaux sont encore plus beaux…mon élément naturel, c’est le très grand galop, à cru, en
guerre contre les nuages. Mais l’amour et la fascination pour les chevaux sont universels, et je me suis retrouvée dans ce journal équestre, où Jérôme Garcin chante le bonheur d’être avec son
cheval, Eaubac. Son style possède les vertus de l’équitation qu’il pratique : élégance, mesure, précision, et c’est exquis. J’ai souvent arrêté ma lecture pour savourer une phrase ou un
paragraphe parfait. De plus, Jérôme Garcin n’arrête pas sa belle plume au bout des oreilles d’Eaubac : il évoque, et c’est un aspect du livre que j’ai adoré, les paysages de la Normandie. Il
y a un passage que j’ai envie de vous citer. Il raconte son retour à la lumière grise du Nord après quelques années passées dans le Sud, et il décrit de manière saisissante deux paysages entre
lesquels je me sens tiraillée, l’un humide, vallonné, verdoyant, l’autre sec, dru, éblouissant. Voici ce qu’il dit de la Normandie de son enfance, où il retourne après quelques années dans le
Var :
« J’en avais gardé le souvenir très vif de persistants parfums, un mélange d’algues et de noisettes, de pommes à couteau et de crevettes grises ; le souvenir, aussi, d’une mélancolie douce
que la pluie fine attendrissait, et, parfois, excusait. »
« Anne-Marie réclamait de la fraîcheur, du vert pomme et des nuages pommelés. Nos trois enfants voulaient des poneys, des vélos, des gaufres, et rire aux éclats dans les
bourrasques. »
« Au pied de notre pressoir coiffé d’un toit de chaume coule un ruisseau mutin ; en face, sur une colline douce et boisée, d’aspect très bourguignon, courent les chevreuils et les
sangliers ; c’est une campagne fruitée sous un ciel marin ; les mouettes viennent se poser dans les champs labourés. »
Et voici ce qu’il dit de mon Sud natal, « au milieu des vignes et des pins
parasols, ce qui se rapproche le plus du bonheur de vivre » :
« Etre nu sous le soleil brûlant, insoucieux dans une mer tiède et indulgente, dormir la fenêtre ouverte sur les branches du platane, écouter la nuit stridente au creux d’un hamac, tout
cela, qui m’était si étranger, je crois bien que je l’ai savouré en normand. »
J’admire la puissance évocatrice de ce passage… Lui a tranché : il est revenu en Normandie, il a choisi la pluie et le vert. Moi j’hésite encore, je suis amoureuse de deux paysages à la
fois. Je suis née dans le Sud, mais j’ai vécu les quatre premières années de ma vie à Paris, et mes parents m’ont beaucoup emmenée à Fontainebleau. Je n’en garde que des souvenirs très flous,
mais quand je suis en Allemagne, près de Würzburg, je marche sur l’herbe grasse des terres qui ne connaissent jamais le désespoir hydrique, qu’un méandre du Main vient caresser, je marche dans
les forêts gorgées d’ombre et de pluie, à leur orée je longe les maisons aux colombages humides, les champs qui ondulent doucement vers l’horizon vert, et j’ai l’impression qu’ils répondent à un
désir ancré en moi, un amour pour ces paysages sereins et poétiques, et je me sens chez moi. Et quelques temps plus tard, je vais passer la journée, avec ma mère et ma sœur, près de Montpellier,
dans le village où toute la branche maternelle de ma famille habite les vieilles maisons de pierre et les tombes ; pour y accéder, on traverse un désert de roche saignée à blanc par le
soleil, de buissons tordus et de sarments, et je me dis : non, c’est à cette terre là que j’appartiens. Je ne sais pas si je serai un jour capable de choisir. Et puis, il y a un troisième
paysage, mon paysage mythique, qui exerce une fascination inextinguible sur moi : les pays de l’hiver, le vrai Nord, celui qui s’esquisse à une latitude déjà sincèrement septentrionale, les
fjords norvégiens, la Scanie suédoise, la taïga russe, et qui se prolonge jusqu’au bout de notre monde, le pôle. La terre de la nuit éternelle, des aurores boréales, de la glace à perte de vue,
des falaises déchiquetées par le froid, de la mer immense, noire de cruauté sous la glace transparente. J’ai une addiction compulsive au grand Nord. Je devrais arrêter d’hésiter entre la douceur
franconienne ou angevine et l’éblouissante dureté méridionale : à tous les coups, je vais finir en ermite à l’extrême nord de la Suède, à sculpter la glace et parler aux
rennes.
Je vous l’ai dit, j’apprends le suédois depuis quelques semaines, ce qui me
réjouit : j’en rêvais depuis longtemps. Mon but est de pouvoir lire dans leur langue les auteurs dont j’ai déjà parlé sur ce blog, Pär Lagerkvist, Selma Lagerlöf… Et je viens d’être
confortée dans mon désir par un livre que je viens de finir, qui m’a plongée dans un état rare d’émerveillement, Le violon du fou de Selma Lagerlöf, traduit par Marc de Gouvenain et Lena
Grumbach, pour la collection Babel d’Actes Sud. Je ne vais pas être radine en superlatifs : ce court roman est un joyau. Une de ces œuvres rares et précieuses dont la dernière ligne vous
arrache le cœur, car vous allez devoir quitter l’état de rêve et de magie dans lesquels elle vous avait plongés, et tout le reste de la journée sera imbibé d’une douce mélancolie. Vous pouvez
l’offrir à tout le monde pour Noël, les yeux fermés. Vraiment, ce livre est magnifique.
Je crois que ce sont les quelques contes fantastiques virtuoses, où le songe et le réel se mêlent en un écheveau inextricable, de sorte que votre monde plonge dans le rêve et la beauté des mots
rend tangible l’impossible, qui m’ont procuré mes plus grands plaisirs de lecture. Des noms ? Plusieurs contes fantastiques de Maupassant, dont La chevelure, La peur,
La morte, et surtout la deuxième version du Horla, Ligeia d’Edgar Allan Poe, Jettatura et La morte amoureuse de Théophile Gautier, Vera de
Villiers de l’Isle-Adam, Le château en Durance d’Eichendorff, Der Runenberg (je ne suis pas sûre de la traduction française, sans doute La montagne des runes) de Ludwig
Tieck, et aussi peut-être Le fantôme de Canterville d’Oscar Wilde, Carmilla de Sheridan Le Fanu, et un ou deux contes du très beau recueil de contes fantastiques anglais Les
fantômes des victoriens, publié par José Corti. J’ai lu ce recueil il y a bientôt un an, et je n’avais plus éprouvé depuis ce ravissement étrange que seuls les plus grands maîtres du
clair-obscur et du seuil entre deux mondes savent inspirer. Selma Lagerlöf en fait assurément partie.
Le violon du fou est-il un conte fantastique ? Un conte, cela est certain, mais tous les événements sont à la frontière du rationnel et de l’inexplicable, du possible et du magique, sans que
jamais l’auteur ne tranche, ce qui nous enveloppe dans une brume troublante et infiniment belle. Ce livre a tout pour lui, la beauté des mots et des choses évoquées, une émotion qui vous saisit,
un irrésistible appel au rêve. Peut-être faudrait-il que je vous dise quelques mots de l’intrigue…
Gunnar Hede vient de la bourgeoisie rurale suédoise, sa famille possède un superbe domaine en Dalécarlie, auquel il est sentimentalement très attaché. Il mène une vie d’étudiant insouciant à
Uppsala : certain d’hériter d’une exploitation immense et prospère, il passe sa vie à jouer du violon. Or, il apprend que le domaine est au bord de la ruine, criblé de dettes, et décide de
revenir aux fondements de la richesse familiale : il part sur les routes comme son grand-père, pour être un vendeur itinérant qui attire les foules et les incite à l’achat par son jeu
enchanteur au violon. Mais un malheur atroce tombe sur ses belles épaules d’enfant choyé par la vie : il traverse une interminable forêt avec le troupeau de chèvres qu’il veut vendre, et se
laisse piéger, loin de tout village, par une tempête de neige. Toutes les bêtes meurent de froid, et la scène décrite par Selma Lagerlöf vous glace le sang. Gunnar n’en réchappe que de justesse,
et la violence de ce qu’il a vécu le plonge dans la folie. Désormais, Gunnar flotte dans son monde, hébété, terrifié, voyant le fantôme vengeur d’une des chèvres mortes dans chaque quadrupède et
faisant mille courbettes au moindre chat pour échapper à sa vindicte. Gunnar est un fou, un exclu, un vendeur et artiste errant. Mais son destin va croiser celui d’une étrange fille aux yeux
gris, une orpheline assaillie par des rêves mystérieux, Ingrid, Ingrid qui était, autrefois, tombée folle amoureuse du bel étudiant insouciant qu’était Gunnar, et ne le reconnaît pas en le pauvre
fou qui la sauve, lorsqu’elle sera par erreur enterrée vivante. Désormais, le sort du prince devenu mendiant dérangé et de la revenante sont étrangement liés…
Evidemment, je ne vous raconte pas la suite. Mais chaque page de ce livre est une merveille.
Et puisque ce soir, j’écris en proie à la stupéfaction infligée par la grande beauté, après Le violon du fou, j’ai envie de vous parler d’une autre source de ravissement : Tristan et
Isolde.
C’est la dernière fois que ce spectacle, avec la mise en scène de Peter Sellars et
la vidéo de Bill Viola, est représenté sur scène, et si vous avez l’occasion, je vous encourage de tout cœur à vous y précipiter : le 3 décembre, le rideau tombera définitivement. Je vous
donne le lien vers le site de l’opéra Bastille, car il y a beaucoup de choses intéressantes, notamment l’argument, très riche et intéressant, de Peter Sellars, et la présentation par Bill Viola
de sa vidéo : http://www.operadeparis.fr/Saison-2008-2009/Spectacle.asp?IdS=536
Je suis une wagneromaniaque, et j’ai vu Lohengrin, Tannhäuser et Parsifal depuis deux ans à Bastille, mais je crois que je n’ai jamais été autant conquise par une
représentation à l’opéra que l’autre soir, devant Tristan et Isolde. Je le dis même avec une certaine tristesse : j’ai tellement été émue et hypnotisée par ce spectacle que je
crains d’être déçue toute ma vie quand je verrai d’autres Tristan et Isolde. Heureusement que je ne suis pas totalement convaincue par Clifton Forbis (qui chante le rôle de Tristan),
sinon, il ne me resterait aucun espace possible d’amélioration et je serais condamnée à la nostalgie. La grande, la magnétique Waltraud Meier chante Isolde – je l’avais déjà admirée dans le rôle
de Kundry, la magicienne de Parsifal -, et la mise en scène comme la vidéo sont tout simplement parfaites. Toute la représentation est donc soutenue par cette vidéo de Bill Viola, qui
est d’une beauté prodigieuse, et qui parvient à révéler et souligner les grands thèmes de l’œuvre, donner un corps aux symboles, d’une manière tellement merveilleuse que j’ai eu les larmes aux
yeux plusieurs fois pendant le spectacle. C’était souvent à couper le souffle.
Quelques moments, en vrac, qui m’ont particulièrement touchée :
A la fin du premier acte, quand Tristan et Isolde boivent, au lieu du philtre de mort qui devait mettre fin à leurs souffrances, le philtre d’amour, on voit à l’écran deux corps immergés, baignés
du gris translucide d’une mer vespérale, traverser une surface aquatique pour rejoindre d’autres eaux, qui ne sont plus que lumière. Et pour clore l’acte, le roi Marke (magnifique Franz-Josef
Selig, que je découvrais sur scène), surgissait, terrifiant de majesté, entre les spectateurs, au cœur de la salle graduellement éclairée, envahie par le chœur.
Durant le deuxième acte, lorsque Tristan et Isolde dorment l’un contre l’autre dans la forêt, la lune se détache à l’écran sur des amandiers en fleurs, et, vision saisissante, la servante Brägane
(Ekaterina Gubanova), qui veille sur les amants en pleurant sa solitude, chante depuis l’un des balcons les plus élevés, et un halo
de lumière pâle souligne sa tristesse.
Quelque part, au deuxième acte je crois, on voit un couple marcher main dans la main vers la mer, avancer dans l’eau, sereinement, et ne plus réapparaître, tandis que de hautes vagues déferlent
et entraînent au large l’eau assombrie.
La mer est l’élément central de l’œuvre : Tristan et Isolde sont entraînés par les vagues implacables de l’Irlande à la Cornouailles, Tristan mourant est emmené sur les flots vers l’île de
Kareol, et la mer s’infiltre dans la conscience des personnages, symbolisant à la fois la détresse et l’espoir, la barrière infranchissable et le lieu de passage entre deux mondes, le seuil d’une
plus haute dimension. Au troisième acte, cette prépondérance aquatique envahit définitivement la vidéo, et les visions de Tristan agonisant ne sont que fonds marins, dans une lumière irréelle.
Des images de mer grise et morne accompagnent la longue attente sur l’île de Kareol, avec la mélodie lancinante du pêcheur qui guette l’horizon - ce chant de la mer vide qui signifie que les
hommes aimés sont morts sans sépulture loin de leur foyer. Et puis, à la fin du troisième acte, lorsque meurt Tristan et qu’Isolde vit la mort dans la joie, joie de dériver vers une autre
dimension, toute de lumière et d’harmonie, les images sont belles à en pleurer. (C’est d’ailleurs ce que j’ai fait. Je suis sortie de Bastille avec des cataractes de mascara dégoulinant jusqu’en
bas des joues. J’ai pas mal pleuré de joie ces derniers temps, surtout le 4 novembre.) Du corps de Tristan montent peu à peu des colonnes de bulles, comme l’âme, la vie ou la mémoire qui
s’enfuient, puis atteignent d’autres eaux, et là encore, le regard crève une surface pour s’envoler dans une seconde mer. Comme au premier acte la mort coulait ou jaillissait dans l’amour,
l’amour coule ou jaillit dans la mort, d’une sphère hydrique à une autre, d’une lumière à une plus brillante encore. C’était tellement beau.
Voilà, j’ai tenu le journal de mes béatitudes, je ne pensais pas que ce serait
si long. Mes plus sincères félicitations à ceux qui ont atteint le bout de cet article. Je ne poste pas souvent, mais quand je poste, je vous balance un sac de briques sur les neurones.
Si je puis tout de même ajouter une dernière chose : je ne peux pas finir cet article sans parler de Barack Obama. Son discours du 4 novembre était un très, très, très grand moment. Ceux qui
ont lu Dieu est une femme le savent, j’aime profondément les Etats-Unis, j’y ai beaucoup séjourné, et même au plus bas de l’ère Bush, bien qu’écoeurée et découragée par l’obscurantisme
qui rongeait le pays, je restais attirée et attentive. Le discours du 4 novembre m’a répété dans des mots tellement justes pourquoi j’aime les Etats-Unis.
“If there is anyone out there who still doubts that America is a place where all things are possible; who still wonders if
the dream of our founders is alive in our time; who still questions the power of our democracy, tonight is your answer.”
“This election had many firsts and many stories that will be told for generations. But one that's on my mind tonight is about a woman who cast her ballot in Atlanta. She's a lot like the millions of others who stood in line to make their voice heard in this election except for one thing - Ann Nixon Cooper is 106
years old.
She was born just a generation past slavery; a time when there were no cars on the road or planes in the sky; when someone like her couldn't vote for two reasons - because she was a woman and
because of the colour of her skin.
And tonight, I think about all that she's seen throughout her century in America - the heartache and the hope; the struggle and the progress;
the times we were told that we can't, and the people who pressed on with that American creed: Yes, we can.
At a time when women's voices were silenced and their hopes dismissed, she lived to see them stand up and speak out and reach for the ballot. Yes, we can.
When there was despair in the dust bowl and depression across the land, she saw a nation conquer fear itself with a New Deal, new jobs and a new sense of common purpose. Yes, we can.
When the bombs fell on our harbour and tyranny threatened the world, she was there to witness a generation rise to greatness and a democracy was saved. Yes, we can.
She was there for the buses in Montgomery, the hoses in Birmingham, a bridge in
Selma, and a preacher from Atlanta who told a people that "we shall overcome". Yes, we can.
A man touched down on the Moon, a wall came down in Berlin, a world was connected by our own science and imagination. And this year, in this
election, she touched her finger to a screen, and cast her vote, because after 106 years in America, through the best of times and the darkest
of hours, she knows how America can change. Yes, we can.”
Je vais aux Etats-Unis bientôt, et je peux m’en réjouir d’une joie sans mélange. Ecrivain solitaire dans le New-Hampshire, c’est peut-être aussi une solution, au cas où « ermite folle en Suède » ne marche pas.
Maintenant, je vais retourner dans ma tanière pleine de pots de yaourts et me remettre au travail. A bientôt !
Amitiés,
Ariane


