Petit Jésus, fais qu'en 2008 je sois plus inspirée en matière de titres.

Publié le par Ariane Fornia

Chers lecteurs et lectrices d’Aiglures, mauvaise année 2008. Je suis très vexée. Personne ne m’a envoyé ni fleurs ni chocolat ni loutre en peluche pour Noël. Je suis pourtant le centre du monde, bande d’hérétiques. Donc, je ne vous aime plus, et ceci est la fin de ce blog. Aurevoir.

 
 

On la refait ?

 
 

Bonjouuuur, chers amis, bonne année 2008 ! Que du bonheur, du fric et du big love à tous les étages !

 
 

Avouez que la première version était mieux, quand même. Plus originale, non ? Les roucoulements de début d’année m’agacent légèrement, et pourtant, mes lèvres forment malgré moi les mots « bonne année » chaque fois que je croise quelqu’un. La vilaine société a implanté ses tentacules dans mon cerveau. Je dépose les armes : Bonne année tout le monde. Glück, Geld und Gesundheit, comme ils disent de l’autre côté, en fanatiques des allitérations. Je suis une conformiste.

 
 

Il faut que je vous parle du dernier Stephen King, Lisey’s story (L’histoire de Lisey, pour ceux qui vivent dans une enclave médiévale où la mondialisation n’existe pas et où les notices des ordinateurs ne sont pas rédigées en yankee). Cela faisait longtemps qu’une telle vague d’enthousiasme ne m’avait pas charriée de page en page, mettant en suspens toutes les fonctions vitales telles que dormir, manger du chocolat et aller sur MSN des heures durant, jusqu’à ce que les dernières lignes fussent englouties. (J’ai utilisé un subjonctif, nananère. J’ai pris 10 points de QI, là, wahouh.) Stephen King n’est pas seulement un sadique capable de nous rendre énurétiques en alignant les histoires de zombies (cf Simetierre), de psychopathes (cf Misery) et autres monstres à tête de clowns planqués dans les égouts et qui ne peuvent être conjurés que par des partouzes entre adolescents, histoire d’injecter un peu de fesses dans la machine à best-sellers (cf Ça, tome 2, vers la fin). Stephen King est aussi un scaphandrier de l’extrême (ceci est une métaphore ; attendez, vous allez comprendre), capable de sonder les tréfonds de nos inconscients et de notre époque pour exhumer nos obsessions, nos phobies, les ombres qui rôdent au fond de nos puits. Ça, c’est aussi la vérité, que seul le fantastique peut traduire, de ces ambiances post-industrielles – entrées de villes mornes à l’infini, entre parkings et magasins d’outillages, fleuves gris entre berges décapées au vide, grands ensembles comme des fosses communes, flots de vies insignifiantes et confinées dans de petits espaces rancis et perdues dans de grands espaces urbanisés -. Cette ville du Maine où « ça » surgit, c’est l’Eve perverse de toutes nos villes. Stephen King agit comme un révélateur.

 

Je n’ai pas lu tous les Stephen King : cet homme est plus prolifique que les flacons de Ketchup. Mais j’ai lu ceux qui seraient les meilleurs. Et je pense que Lisey’s story figure tout en haut de la liste. C’est avant tout une histoire d’amour. Lisey est la veuve d’un écrivain reconnu, et son histoire est une plongée dans ses souvenirs, dans la géographie intime de leur mariage. Stephen King raconte merveilleusement le bruissement de l’absence dans un espace qui a été vingt-cinq ans durant celui d’un couple. La tendresse qui jaillit de chacune des pages colore d’une humanité rare les pages d’un auteur qui nous a plus habitué aux giclées de sang. Entre les lignes, l’homme, le mari, l’amant se révèle à travers Scott Landon, et c’est un nouveau Stephen King qui se dessine. Mais bien sûr, on est pas chez Paulo Coelho, et il faut bien que des choses à en agripper le livre jusque dans les heures tardives de la nuit se passent. Scott Landon a traversé des choses épouvantables dans son enfance. Et il existe un endroit, un endroit connu de lui seul et de quelques élus, qui lui permettait de survivre à cet enfer, et de puiser sa force de vie et de création. Mais cet endroit devient dangereux après le crépuscule… la source où on puise les histoires ne peut qu’être trouble. « A place which could heal or destroy him », comme dit la quatrième de couverture. Et on dirait bien que Scott a semé, avant sa mort, des balises qui y mènent, pour entraîner Lisey dans une chasse au trésor ambiguë, entre plaisir du souvenir et angoisse.

 

Ce livre est, comme toujours avec King, magistralement mené, incroyablement ingénieux et haletant, mais il a quelque chose en plus, d’humain, d’intime, qui fait dire à une critique américaine que cette fois, Stephen King ne l’a pas seulement tenue en haleine des nuits blanches durant, il lui a brisé le cœur. C’est un excellent livre – ce n’est pas une surprise. Mais c’est aussi un beau livre – King ne nous y avait pas habitué.

 

Si vos soirées de janvier sont longues et que vous cherchez un roman pour réchauffer vos draps trop froids, allez-y les yeux fermés. (Et vous ne fermerez pas l’œil de la nuit. En plus.)

 
 

Avant de renouveler mes conventionnels vœux de bonheur éternel, je signale aux Parisiens qui me supportent encore de guetter la page « Tribune » de Métro dans les prochains jours : je vous reparlerai des affres de janvier.

EDIT : voilà la chronique en question.
http://metrofrance.com/fr/article/2008/01/04/09/5501-48/index.xml

 

Happy new year. Et merci pour tout ce que vous m’avez apporté en 2007.

Publié dans Divers

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Emeraude 17/01/2008 10:04

merci de m'avoir fait de la pub Ariane ! Et merci de me dire que mon blog est une mine d'or, ça me touche vraiment :-)

Ariane Fornia 27/01/2008 17:53

C'est la vérité :)Je t'embrasse

Aurélie 13/01/2008 15:59

Bonjour Merci d'avoir répondu à mon commentaire. Ma question portait sur l'écriture et sur l'édition. Je serai régulièrement présente sur ton blog qui est franchement interessant. Sinon je suis également fan de Stephen King. Je suis en train de lire " Histoire de Lisey". Si jamais tu n'as pas lu la saga de "La tour sombre", je te la conseille vivement ( je la conseille à tout le monde d'ailleurs).  Aurélie

Ariane Fornia 27/01/2008 16:50

Bonjour Aurélie, je suis ravie d'avoir répondu à ta question, n'hésite pas si tu veux des précisions supplémentaires.Je n'ai pas encore lu la série de la Tour sombre, car j'hésite à me lancer dans une saga en cinq ou six volumes alors que la prépa me tient pieds et poings liés. Mais ça viendra avec ma liberté retrouvé :)Et n'hésite pas à revenir sur ce blog et à y laisser ton empreinte !

sophie 12/01/2008 23:05

bonsoir Ariane!
en ce moment, je parcours les différents salons de l'étudiant afin de dénicher une voyante qui me prédira ce que je ferai l'année prochaine! Aujourd'hui je suis allée voir celui sur les études à l'étranger, très intéressant (surtout le secteur franco-allemand : )). Pour le moment j'ai pas encore d'idées fixes sur ce que je veux faire l'an prochain mais j'essaie de me renseigner le + possible. J'en profite tant que je suis là ; ) : pourrais-tu me parler un peu des prépas littéraires(l'ambiance par rapport à la fac, la différence qu'elles ont avec le cursus Langues Appliquées...) si tu as le temps? je te remercie d'avance : )
En fait, j'ai découvert Stephen King avec Shining et Carrie. Autant te dire que j'ai tout de suite adoré! J'en ai lu pas mal mais mes préférés restent les deux mentionnés plus haut ainsi que Rose Madder, le Fléau, ça, Misery, Dolores Claiborne, Christine, Dreamcatcher, Simettiere et d'autres...Il y a aussi Écriture mais il est à part, un peu comme Lisey's story. Si tu ne l'as pas lu, eh bien je te le conseille!
Sur ce, je vais retourner bosser : moi aussi je veux aller voir Johnny Depp déguisé en Timo Wolff!
Bonne nuit et bon week-end : )
Sophie

Ariane Fornia 27/01/2008 16:44

Bonjour Sophie :)L'Ecriture, je suppose que c'est On writing (uuuh, quelle snob je fais, pardon ;)) ? J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire...A propos de la prépa... Disons que c'est comme la terminale, en dix fois plus intensif : pluridisciplinarité, un côté général, sans spécialisation, qui est agréable. Mais c'est énormément de travail. Je suis épuisée et submergée ; cela dit, je ne regrette pas d'être là où je suis : c'est une optimisation du temps incroyable. En deux ans, on apprend plus de choses qu'en sept ans de collège et lycée ;). Et c'est une expérience sur soi même intéressante, un peu comme un séjour au couvent ;). L'ambiance, dans ma prépa, est bonne. Honnêtement, je crois que c'est le cas partout. Je ne connais personne, parmi mes amis en prépa ailleurs, qui me dise qu'il est dans une classe de cannibales, avec les gens prêts à s'entretuer pour grapiller des places au concours.Après, c'est à toi de voir ce que tu cherches, quels sont tes projets d'avenir... Courage ! ,)Bises,Ariane

sophie 11/01/2008 15:00

coucou!
un article sur stephen king! mon estime pour toi s'en trouve augmentée : ) j'attends avec impatience le moment où je pourrai lire son nouveau livre.
Sinon je t'ai trouvé une autre résolution : "le nouveau film de Tim Burton tu iras voir...". J'ai vu la bande-annonce en anglais sur le net et tout ça a l'air très prometteur (du tim burton, quoi ; ))
À bientôt
Sophie

Ariane Fornia 12/01/2008 13:16

Bonjour Sophie :)Mais je n'ai pas besoin d'une résolution pour aller voir le dernier Tim Burton !!! La résolution serait plutôt : "ne pas tout laisser en plan pour courrir le voir à la minute où il sort, commencer par finir son boulot" :P J'aiiime Tim. Evidemment.Qu'est ce que tu as préféré parmi les Stephen King ? Comment vas-tu ?BisesAriane

Aurélie 06/01/2008 19:33

Bonsoir et bonne annéeJe viens de découvrir ton blog tout en tapant sur msn " slt bonne année ( ne l'oublions pas) sa va?". On m'a offert ton livre recemment  et  je l'ai trouvé absolument génial. J'ai beaucoup ri et me suis reconnue dans beaucoup de passages comme un certain nombre de personnes je suppose. J'ai été bluffée par ta clairvoyance, ton humour et l'aisance avec laquelle tu uses des mots. J'approche de mes vingt ans et écris également même si pour l'instant je ne suis pas prête à sortir un livre ( mais j'y travaille beaucoup). Je voulais savoir si tu voulais bien  me donner deux ou trois conseils pour que je puisse mener à bien mon projet. Sinon j'attends ton prochain livre avec impatience. Bonne rentrée ( vu que tu es également étudiante). J'attends avec impatience ta réponse

Ariane Fornia 12/01/2008 13:15

Bonjour Aurélie, merci pour ton adorable message qui m'a réjouie.Je ne suis pas éditrice, je n'ai pas la légitimité pour juger tes textes, mais je peux dire ce que je sais de la création et de l'édition d'un livre, seulement, je ne sais pas ce qui vous intéresse vraiment. (Je dis "vous", car ce n'est pas la première fois qu'on me demande de tels conseils). Est ce l'écriture du livre, ou son édition ? Ou les deux ? Je crois que je vais faire un article là dessus ;)A bientôt et merci encore pour ton passage, j'espère te revoir ici.Bises !Ariane