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  • : Ariane Fornia
  • aiglures
  • : Femme
  • : 06/09/1989
  • : Europe à la folie
  • : littérature Livres
  • : Je suis un jeune écrivain, auteur de - Dieu est une femme, Denoël, 2004 ; - La Déliaison, avec Sylvie Brunel, Denoël, 2004 ; et - Dernière morsure, Robert Laffont, août 2007. Ce blog est un lieu ouvert. Vous êtes les bienvenus.

Dimanche 23 septembre 2007
La semaine dernière, Marie m’a écrit :
J'ai été surprise de vous avoir vue ce matin dans l'emission littéraire Vol de Nuit; la fameuse Ariane Fornia! Vous avez un sacré débit! ; ) J'ai lu votre premier livre... il y a plusieurs années. Ma première  réaction a été celle de beaucoup de lecteurs: un bouquin d'une "ado" égocentrique qui se rebelle et qui crache son venin comme tous les "ados" qui se respectent. Et votre dernier livre, même s'il paraît avoir été écrit avec un plus grand recul, le thème reste le même. Et je vais vous dire franchement mon avis: c'est dommage de gâcher une si grande facilité pour l'écriture à des sujets aussi puérils. Vous êtes une adolescente qui se complet dans... l'adolescence!  Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus "puissant"? Avec vos facilités ce ne serait pas du luxe vous ne croyez pas?  On dit de vous (et vous le dites vous-même) que vous êtes "surdouée", "précoce", "d'une intelligence supérieure"... Pourtant vous privilégiez la forme au fond: vous écrivez bien, certes, mais vous racontez des gamineries sans importance et sans aucune profondeur. L'humour noir est à la mode ça c'est sûr, mais il faut savoir l'utiliser à bon escient. Vous êtes capable de mieux que ces textes infantiles et creux. Si vous êtes vraiment  quelqu'un de "précoce", d'une "intelligence supérieure", prouvez-le nous enfin! Et cessez ces enfantillages d'ado en crise qui prétend tout connaître et tout comprendre.Le propre de l'idiot, justement, est de croire qu'il a tout compris.Ne l'oubliez pas.Marie.


Chère Marie,
Je vous dois le respect pour ce commentaire constructif, permettez-moi  donc une réponse franche.
"Ma précocité et mon intelligence supérieure" ne sont que des bocaux dans lesquels on m’enferme. Je peux vous présenter le résultat d’un test de Q.I., mais je ne pourrai jamais certifier mon intelligence – car c’est quelque chose qui se construit et s’expérimente continuellement, à chaque situation face à laquelle on doit réagir. Je n’ai jamais cherché à affirmer ma supériorité sur qui que ce soit. Je n’ai jamais prétendu tout connaître, ni tout comprendre. Et je ne suis pas « en crise », ça va très bien merci. Voilà pour les précisions préliminaires, entrons maintenant dans le vif du sujet.
« Vous êtes une adolescence qui se complet dans… l’adolescence. » Oui, et j’ai dix-huit ans et trois semaines. Ne jugez pas l’œuvre qu’on construit en une vie à l’aune de ces quelques années. Vous allez me dire : Rimbaud, à dix-sept ans, écrivait des poèmes superbes. Bien sûr. Et de quoi parlaient-ils, dans leur immense majorité ? De l’adolescence et des sentiments adolescents. Aucun jeune auteur n’a réussi à singer l’expérience d’un vieil écrivain et composer Guerre et paix. A chaque âge ses plaisirs, c'est la même chose en littérature. Vous allez me dire : ne comparez pas  vos petites chroniques à la beauté des poèmes de Rimbaud. Je vous rassure, ce n’est pas mon intention. Je veux juste vous montrer qu’entre 1870 et aujourd’hui, plus d’un siècle s’est écoulé. Et qu’on n’échappe pas à son époque. Oui, je pourrais essayer d’être une nouvelle Victor Hugo, sans la rhétorique et la culture classique assénées des années durant dans les lycées du XIXe siècle, je pourrais me vautrer dans un marécage pseudo-lyrique qui n’intéresserait de toute façon PERSONNE, puisque la poésie et le lyrisme sont totalement passés de mode. Nous vivons au XIXe siècle, à l’ère des séries télé, du jetable, de l’invasion de l’image, de l’éphémère et du divertissement. Chercher sa place en littérature, ce n’est pas singer les anciens et nier en bloc tout ce qui fait 2007, c’est composer avec les exigences de notre époque pour trouver un écho. Cela a tout d’une lapalissade, mais cela mérite d’être répété : on écrit pour être lu. Et on évite de rebuter le lecteur en lui montrant ostensiblement qu’on méprise le siècle dans lequel il vit (aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de commencer un roman par cinquante pages de description introductive). Donc, on accorde des concessions à l’esprit actuel. Cela ne signifie pas sombrer dans la facilité. Je ne prends pas mes lecteurs pour des abrutis : si je veux être lue, je dois leur servir des choses de qualité. Et je crois sincèrement avoir fait de mon mieux dans Dernière morsure, pour offrir un portrait vrai et drôle de l’adolescence. L’humour est un appétant, mais je crois, j’espère avoir mis des choses plus substantielles dans la préparation. Dernière morsure se veut certes mode d’emploi, catalogue ironique de l’adolescence (cf l’abécédaire), mais aussi miroir des passions et des angoisses de cet âge (cf vertige de l’adolescence). Je reçois des mails qui me disent : « Vous avez raconté toute mon adolescence, tout ce que j’ai ressenti, je me suis entièrement reconnu(e) dans votre livre. » Vous dites que mes textes sont « infantiles et creux ». Mes lecteurs ne sont pas des veaux. Ils ne m’écriraient pas que j’ai capturé toute leur jeunesse si je m’étais contentée de lister les styles vestimentaires. Je ne renierai pas Dernière morsure, je ne mépriserai pas ceux qui l’ont aimé.
J’ai de l’ambition littéraire, et j’ai toute une vie pour vous le montrer. Si vous continuez à me lire, vous le verrez. A mon tour d’être sentencieuse : « n’oubliez pas » (je reprends votre formule) que pour les auteurs d’aujourd’hui, il faut concilier l’exigence et l’envie de plaire à tous. La littérature doit être agréable : lire, c’est avant tout un plaisir ! Vous vous plongez dans la Phénoménologie de l’esprit sur la plage, vous ? Ne préférez-vous pas la littérature, qui a vocation à divertir ? Cela dit, pour être une vraie joie, pas une satisfaction éphémère, un livre doit avoir une certaine substance, une profondeur. J’en suis bien consciente, et je ne néglige pas ces impératifs là. Mais, encore une fois : si je m’adonnais à mes vraies pulsions littéraires, romantiques, lyriques, mystiques et torturées, personne n’aurait jamais entendu parler de moi. Et c’est bien normal. Dans mon journal intime, j’écris ce que je veux. Dans ce que je publie, j’essaie de penser à mon lecteur. Je ne vis pas barricadée dans ma tour d’ivoire. On ne tire pas impunément la langue à son siècle.
« Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus puissant ? », me demandez-vous. Merci de m’en croire capable, mais je vous renvoie la question : si c’est si facile, pourquoi ne le faites-vous pas ? La république des lettres en 2007 n’est pas le jardin d’Eden, et il n’est pas si aisé d’y trouver sa place.
Merci d’avoir pris la peine de me lire et de m’exposer vos idées.
Bien à vous,
Ariane F.
Par Ariane Fornia - Publié dans : Réponses à vos questions
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Samedi 15 septembre 2007
Je me suis découvert une immense passion pour les loutres et je tenais à vous en faire part. La loutre est un animal poilu, gainé de graisse et pourtant adorable, ce qui lui vaut a priori ma sympathie : qui se ressemble s'assemble. La loutre est un animal supérieurement intelligent, qui casse les coquillages avec des cailloux, alors qu'aux dernières nouvelles, il n'y a pas de coquillages dans les torrents de montagne ; la loutre a donc la capacité démiurgique d'implanter des crustacés là où il ne devrait y avoir que vaches et chants tyroliens, elle mérite donc toute notre admiration.  Qu'y a-t-il de plus gracieux qu'une loutre se roulant dans le sable en agitant ses petites mains palmées et plongeant dans l'eau pour anéantir de ses aiguillons venimeux un congénère trop insistant ? Je vous signale que chez Nature et découvertes, on peut acquérir une magnifique loutre SANS aiguillons venimeux qui se lave à 30° en machine et ne se repasse pas. Sinon, pour le même prix, vous pouvez acheter deux exemplaires de mon bouquin : songez-y.

Sinon, je suis envoûtée par "Cochon d'allemand", de Knud Romer (un auteur danois, pas l'ourson miraculé de Berlin). Je vous conseille de vous jeter hors de chez vous, en peignoir en bigoudis ou même les fesses à l'air, pour le lire sur le champ. (Sauf si vous avez pas encore lu le mien. En ce cas, revoyez votre ordre de priorités je vous prie, et jetez vous les fesses à l'air dans la librairie la plus proche). L'histoire ? Après la seconde guerre mondiale et son cortège de deuils et de haines, un jeune Allemand grandi au Danemark et subit la vindicte de ses camarades, qui traitent sa mère de nazie et chantent "cochon d'allemand" sur son passage. Le jeune garçon déroule le fil à l'envers et nous raconte l'histoire de sa famille, un siècle de guerres, de déceptions et de passages d'une drôlerie irrésistible. Les morts et les destins brisés pleuvent, tous les rêves et les ambitions échouent sur une île danoise qui pue le poisson et le conformisme étriqué, mais on croirait se plonger dans un conte. L'écriture est merveilleuse, elle dessine un hymne à ses hommes et ses femmes qui ont survécu à la destruction de leurs espoirs et qui vivent et s'éteignent, tant bien que mal, entre des murs rancis et un sapin de Noël parfaitement décoré... C'est un tableau extraordinaire de cette demi-vie d'après guerre, qui compose avec les squelettes dans le placard et lustre ses chaussures pour oublier la mort. Je ne sais pas si ce livre est un roman ou une autobiographie, mais c'est un bijou. Knud, moi je t'aime !

Concluons avec les autoglorifications rituelles : vous verrez ma bobine frisée et ravalée par des professionnels "Chez Fog" le 20, sur LCI chez Valérie Expert à 10h le 26, et chez Ruquier le 27.
Vol de Nuit est diffusé demain, lundi 17 septembre.
Et sur Paris Première le 4, en tant que chroniqueuse cette fois.
Bonne soirée, lecteurs adorés qui me font m'endormir heureuse avec ma loutre dans les bras, et même vous, mes contempteurs : vous faites monter mes stats sur Overblog quand même :)

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Par Ariane Fornia - Publié dans : Divers
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Lundi 10 septembre 2007

...

Non, je ne néglige pas mon blog, je suis juste embourbée dans un marais d'encre et de vélin, captive d'un Gaffiot, prise au piège par un Lagarde et Michard comme le plongeur d'un bénitier. En pélerinant vers la station de métro, je passe à côté du musée du Moyen-Âge, je rêve à ses bijoux et tapisseries ceinturées de murs multicentenaires, et je m'imagine novice au monastère (inutile de me préciser que je n'ai pas les attributs nécessaires à la fonction de moine, je suis au courant).... percluse de rhétorique, d'histoire et de mots aussi rares qu'inutiles, irrécupérablement mystique et solitaire.... seul le lecteur MP3 qui me défonce
avec bonheur les tympans à coups de Bowie et Lacrimosa fait tâche. J'envisage de le planquer sous une bure de jute brune, et de mener à bien mes voeux de frugalité (et chasteté, avec un habit pareil, forcément) éternelle. Donc, voici l'essentiel du message : pour sauver le latin, chers amis, faites preuve de charité et envoyez-moi de vieux sacs à patate en toile marronnasse. Si vous ne le faites pas pour moi,
faites le pour Cicéron.

Dans un siècle qui nous est plus familier, j'enregistre l'émission Chez FOG le 20 et celle de Laurent Ruquier le 27. (A vénérer les anciens, on en oublierait presque ma petite personne, c'est grave.) Vol de nuit est diffusé le 17. Je serai chroniqueuse à Ca balance à Paris le 4 octobre.
Je continue à noircir des cahiers de bribes, à défaut d'écrire le roman qui me hante (et que la prépa réprime). Je me réveille au milieu de la nuit avec le besoin de griffonner sur un post-it des choses aussi indispensables que "Grille-pain. E. à Berlin". Le lendemain matin, inutile de dire que je n'ai AUCUNE idée de ce que ça peut bien signifier. Je joue à cache-cache avec l'autre moi même à trois heures du mat, c'est génial.

Il y a autre chose dont j'ai bien plus envie de parler, mais je n'ose jamais aborder d'autres sujets que ma vie, mes scribouillages et mes coiffures à la télé, par peur d'être raillée quand je m'attaque à des choses plus graves. Mais tant pis pour les railleurs.

New York. Madrid. Londres. Glasgow. Maintenant, Dellys. Demain ou après-demain, Paris. C'est dur d'accepter le fait que des enfants, des travailleurs, des vieillards paisibles, des jeunes amoureux, des mères de famille, des gens comme vous et moi, sans caractères saillants, sans singularités, qui aspirent juste à rejoindre en métro leur patron ou leur fiancé, puissent finir carbonisés, éventrés par des bombes, rayés de la carte par le feu et la haine aveugle d'une poignée d'enragés. C'est facile de céder à la prudence, de ne plus sortir, de se terrer dans sa voiture et subir les embouteillages plutôt que de se risquer dans les transports en commun, de renoncer au week-end à Londres qu'on avait prévu... Mais ce que les fanatiques du détonateur nous envient et veulent détruire, c'est notre liberté.
Oui, je sais, c'est emphatique, c'est niais. Mais ce qui nous caractérise, nous Français, quelles que soient nos croyances, athées, chrétiens ou musulmans, nous Occidentaux, nous peuples de la laïcité et de la démocratie, c'est notre rejet des prédicateurs, des idéologies mortifères qui nous intimeraient de sacrifier notre bonheur et notre liberté terrestre au nom d'un ailleurs chimérique, des carcans, des entraves à notre
désir de mener notre vie comme bon nous semble. Bien sûr, notre monde est loin d'être parfait, mais soyons fiers et conscients de notre chance.
Nous sommes des peuples libres, et nous ne devons jamais laisser quoi que ce soit brimer nos aspirations - ni les dogmes, ni la peur.

Merci de me lire et bonne semaine à tous. Je reviens vendredi ou samedi.

Par Ariane Fornia - Publié dans : Divers
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Lundi 3 septembre 2007

Lundi 3 septembre. Cette date se suffit à elle-même ; ce jour est un fondu enchaîné. La lumière translucide des derniers jours d’été, ce bain de blondeur aux premiers accrocs mordorés, cette sérénité lénifiante s’abîme dans le gris pieuvre, le gris Paris, le gris glauque des jours qu’on croit vains. Les derniers moments de beauté estivale sont poignardés par le calendrier. Lundi 3 septembre : pour moi, l’hiver commence aujourd’hui. Je retourne dans la capitale et demain, le quartier latin m’ouvre ses tentacules, je me nidifie entre deux ventouses jusqu’au 15 juillet – fin des oraux de l’ENS.

(Bon, pour ceux qui n’ont pas suivi : je rentre en khâgne. Dans un « grand lycée parisien ». Vous savez, le genre de trucs où les parents sont prêts à infliger à leurs gosses trois heures de transports quotidiens et une constellation de cours particuliers pour qu’ils gardent la tête hors de l’eau et honorent la famille.)

On en reparlera plus tard. Quand je n’y serai plus, par exemple.

Je passerai moins de temps sur ce blog en semaine – mais je serai fidèle au poste tous les week-ends. Ne m’en voulez pas si je mets plus longtemps à valider les commentaires et à y répondre : là haut, j’aurai l’ordinateur stalinien dont j’ai parlé plus bas, celui qui interdit les couleurs et les commentaires. Et, accessoirement, du travail par-dessus tête.

Ca me ramène au livre de Jean-Philippe Blondel, This is not a love song, dont je voulais vous parler. Le héros, Vincent, est un brillant entrepreneur londonien, golden boy version tea et cottage, archétype agaçant du mec qui a tout réussi et méprise les braves tâcherons de la classe moyenne dont il est issu. Il a grandi à Nantes, où on comprend qu’il était un sacré loser jusqu’à ce qu’il rencontre son épouse (l’anglaise, donc). En fondant outre-Manche sa nouvelle vie parfaite, il a coupé les ponts avec ceux qui étaient ses proches. Mais, comme dans un roman, il faut bien qu’il se passe quelque chose, voilà que notre petit parvenu rentre au bercail, passe une semaine à Nantes et découvre que son départ précipité pour la terre promise a saccagé la vie de son ex-meilleur ami jusqu’au point de non-retour.

J’ai entendu Jean-Philippe Blondel parler de son livre, fin juin, lors de la présentation de la rentrée Robert Laffont aux libraires. Il a dit quelque chose du genre : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, et Vincent, qui en cassé beaucoup, se demande : est ce qu’elle en valait vraiment la peine, cette omelette ? » Peu à peu, le regard de Vincent sur Nantes et ses proches change : cette classe moyenne, rancie dans son catalogue Ikéa, ridée et boudinée par leur vie sans éclat, cette classe moyenne qu’il méprise tellement, n’a-t-elle pas été « meilleure » que lui quand son meilleur ami a sombré ? La vie qu’il a bâtie, lui qui se croyait si brillant et infaillible, en valait-elle le coup ? Ne s’est il pas renié, n’a-t-il pas trahi ce qui était sa jeunesse ?

Vous devez vous demander pourquoi ma rentrée des classes me fait penser à This is not a love song (outre le fait que je suis égocentrique et que je ramène tout à moi, bien sûr). Ce livre interroge nos choix de vie : avons-nous bien choisi ? est-ce que ça en valait la peine ?

Et puis, il y a quelque chose de poisseux dans ce livre, assez pour qu’il nous colle aux doigts, pas assez pour devenir émétique (j’aime pas les livres dans lesquels on se vautre, comme ceux de Ellis), il exhale le malaise, le pourrissement des vies confinées ; il est cruel, cynique, mais traversé d’éclairs de beauté.

Bref, je vous le conseille. Et maintenant, je vais déballer les cartons et agencer ma petite salle de torture.


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Image : Rodin, la  Porte de l'Enfer

Par Ariane Fornia - Publié dans : Divers
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Samedi 1 septembre 2007
Tentant bravement de changer de sujet quand la discorde tonnait sur ce blog, Emeraude a écrit :

Eh bien j'aimerais bien avoir l'approfondissement de la première partie de ce billet. L'approfondissement du "il doit bien y avoir autre chose".
Ici vous nous avez dit les livres que vous aimeriez écrire.
Je vous pose la question : pourquoi vous écrivez ? Comment ça vous est venu ? D'où vous viennent les idées ? Comment les exploitez-vous ?
Et votre avenir alors ? Comptez-vous devenir écrivain, ou avez vous d'autres amibitions ?
Finalement j'ai des tonnes et des tonnes de questions à poser mais je crois que je vais en garder d'autres pour plus tard.

* Pourquoi vous écrivez ? Comment ça vous est venu ?
Je crois que je l'ai déjà dit : pour des problèmes de taille, poids, cordes vocales et manque de goût pour les drogues, je n'ai pas pu devenir chanteuse, mannequin ou rockstar. Je me suis donc consacrée à ce qui sied aux inadaptés de mon genre, à savoir le scribouillage.
Plus sérieusement : je n'ai jamais imaginé ma vie autrement. Sans doute y a-t-il un banal instinct reproducteur : j'ai toujours vu ma mère écrire, j'ai lu et gribouillé des mots très jeune, je me suis installée dans cette existence comme dans un bain d'encre, et j'ai toujours été convaincue que je ne pouvais, savais, voulais faire que ça. (L'instinct reproducteur n'explique pas tout : mon frère joue au foot, ma soeur dessine.) Il y a un côté égoïste dans l'écriture : emplir sa vie de mots, concrétiser les images qu'on a dans la tête, les rendre tangibles, ne pas rester seule dans le monde qu'on a créé.
Il y a un côté mégalomane : je sais bien que des milliers d'auteurs meurent dans l'indifférence, que l'humanité va disparaître, que le soleil va exploser, que je ne suis qu'une parmi des millions, mais un petit bout de moi espère avoir un jour une ligne dans un manuel d'histoire de la littérature.
Mais il y a surtout, sincèrement, je dis pas ça pour gagner un prix de bonne camaraderie, un côté altruiste : raconter des histoires, ceci est mon rôle en ce monde, je veux toucher, je veux faire sourire, je veux aller vers les autres avec mon stylo.

*D'où vous viennent les idées ? Comment les exploitez-vous ?
A 99%, de l'extérieur et des autres : je regarde mes proches vivre, je découvre des lieux nouveaux, je m'intéresse à ce qui m'entoure, et des images, des bribes m'envahissent. Mon travail, c'est de les synthétiser, transformer et structurer. Je suis un tube de dentifrice. Avec la pâte, je fais des rayures. (Peut-être vous attendiez-vous à mieux, Emeraude ? Vous espériez trouver un écrivain et voilà que je prétends être un tube de dentifrice. Pardon.)
A 1% : de moi-même. De mes cauchemars. Mes rêves sont de véritables séances de torture et ils m'inspirent souvent des nouvelles dégoulinantes.

*Et votre avenir alors ? Comptez-vous devenir écrivain, ou avez vous d'autres amibitions ?
Je dois écrire et partager mes écrits, je ne conçois pas ma vie autrement. Mais malheureusement, les gens qui restent toute la journée seuls avec eux-mêmes et leur feuille blanche ont une légère tendance à devenir fous, alcooliques ou suicidaires. J'ai parfois peur de devenir Sylvia Plath (elle s'est tuée la tête dans un four à l'âge de trente ans, incapable de mener de front sa vie créatrice et sa vie de femme et mère). Et puis, je crois que se dire tous les matins "si tu n'es pas inspirée aujourd'hui, tu ne pourras pas payer ton loyer l'an prochain" n'est pas la meilleure manière de produire des bouquins corrects. Je dois donc trouver un boulot. Mais tout le monde me déconseille de travailler dans : le professorat, le journalisme, l'édition. Question : qu'est-ce que vous voulez que je fasse ??
Si quelqu'un connaît un job qui permette de vivre sans angoisses financières permanentes et qui ne soit pas trop chronophage, faites moi signe. Thanks.

Bonne soirée à tous, profitez du dernier week-end d'été.
Merci pour vos visites, toujours plus nombreuses, et pour vos commentaires. En ouvrant ce blog, je désirais rencontrer mes lecteurs, trouver un écho, tisser des liens, je suis exaucée au delà de mes espérances.

Par Ariane Fornia - Publié dans : Réponses à vos questions
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