Chers bébés aigles, amis des loutres, fanatiques de chocolat, suisses cools ou autres francophones affables, personnes ayant atterri par hasard sur ce blog
et se demandant bien de quoi je parle, je ne pense pas pouvoir revenir sur ici avant Noël, alors laissez-moi vous souhaiter de très joyeuses fêtes, et embrassez bien votre sapin de ma part. Si
vous cherchez toujours un cadeau, vous pouvez choisir le dernier Stephen King (Histoire de Lisey), la Physique des catastrophes de Marisha Pessl ou Arlington Park. Testé et approuvé.
Ayant résolu de ne pas remuer un neurone à partir de jeudi soir, et ce jusqu’au lundi 7 janvier, j’ai élaboré à l’avance ma liste de bonnes résolutions. Comme vous me supportez depuis septembre,
on commence à bien se connaître, alors, je la partage avec vous.
1. Lire un Zola en entier, sans buter à la page 50, lassée par une énième description de la généalogie du marchand d’olives, des rentes de son trisaïeul, de la propriété de son cousin par alliance, de la fortune de son gendre, des gènes qui le poussent à croupir dans un taudis nauséabond et du derrière fripé de sa femme.
2. Finir les Méditations métaphysiques de Descartes. J’en suis restée au moment où il détermine qu’il existe. Ca fait six mois qu’il est emmuré dans son cogito, sans Dieu ni corps ni monde. Il serait temps de le libérer.
3. Réduire ma consommation de chocolat : moins d’un kilo par jour à partir du 1er janvier.
4. Tolérer la soupe sans la noyer dans le ketchup, le gruyère ou la crème. « Aime les légumes comme toi-même », a dit le plus célèbre des beatniks nazaréens. Si manger de la soupe aide à survivre à une résurrection, je veux bien faire un effort.
5. Ne plus m’énerver quand quelqu’un vient me demander « Pourquoi utilisez-vous plus de trois cent mots de vocabulaire ? », ni quand il conclut par un « Prenez donc exemple sur Paulo Coelho. ». Ne plus m’énerver quand j’entends parler de « Rendez-vous », de Christine Angot. Après tout, chacun a le droit de recopier ses conversations téléphoniques en style-télécopie, saupoudrées de pipi-caca, pour rester dans la veine habituelle, et de vendre ça 20 euros, et même de rencontrer des journalistes pour en parler. Mais oui. Peace and love, vous dis-je.
6. Dormir. Au moins de temps en temps.
7. Ecrire le roman qui me trotte dans la tête depuis deux ans, quand le concours de l’ENS sera passé.
8. Le faire tel que vous l’aimiez et que je puisse en être fière. Ni misérabiliste, ni complaisant, ni manichéen, ni ennuyeux, ni psychologisant à tout va, ni imbibé de philosophie de comptoir, ni trop court, ni interminable, ni trop réaliste, car un livre ne doit pas vous enfoncer le nez dans le gris, ni trop invraisemblable, pour que vous puissiez oublier un instant qu’E. est une figure de papier, ni gonflé à l’érudition, car le but d’un roman n’est pas de vous faire réviser le programme d’hypokhâgne, ni trop creux, pour ne pas vous faire acheter une chambre à air, bref, tel que vous ayez envie de le lire au lit, de le prêter à une copine, de découvrir l’Allemagne ou de m’envoyer un mail.
9. Mener à bien d’autres projets dont je n’ose pas encore vous parler, car je ne sais pas si j’y parviendrai, et parce que j’ai un petit fond superstitieux : cela porte malheur de claironner haut et fort ce qu’on a pas encore commencé.
Bref, 2008 va être sportif pour mon stylo. ;)
En 2008, en vrac, j’aimerais… que les crimes d’honneur disparaissent de la surface du globe, que l’Afrique montre au monde qu’il avait tort de douter d’elle,
que la Cisjordanie et le Liban soient pacifiés, que l’hippophagie disparaisse, que la Chine cesse d’empoisonner l’air et l’eau de sa population, que David Bowie sorte un nouvel album, que les
Etats-Unis signent le protocole de Kyoto, qu’on interdise la chasse aux bébés phoques (je suis sentimentale, surtout que les bébés phoques ressemblent à mon chien Thétis, une
golden retriever), que mes cheveux poussent plus vite et que je ressemble enfin à la petite sirène, que la France fasse quelque chose d’efficace pour ses cités, que tout le monde apprenne l’Hymne
à la joie et comprenne que l’Europe est essentielle, que Britney Spears et Lindsey Lohan arrêtent de courir les cures de désintox, que Paris Hilton se fasse bonne sœur, que mon prochain roman
soit traduit en allemand (enfin, ça serait plutôt pour 2009), que les démocrates gagnent les élections américaines, qu’il ne soit plus un seul ado pour mettre fin à ses jours pour des bêtises
dans un accès de solitude et de désespoir, que la France suive enfin la voie de l’Allemagne et interdise le gavage, que les voitures électriques deviennent moins chères, pouvoir marcher avec mes
escarpins vernis avec treize centimètres de talon, que mes lecteurs continuent à me suivre et à me soutenir comme ils l’ont fait…
Rien de très original, vous voyez. Mais j’ai essayé de me tenir à des vœux réalisables. C’est pourquoi j’ai évité d’inclure à ma liste « que la Seine se transforme en une piscine de jus
d’orange sanguine » ou « que des ailes me poussent entre les omoplates » ou « que je passe une folle nuit d’amour avec Tilo Wolff ». Je suis terre à terre, moi.
Merci à tous ceux qui liront ces mots d’être là. Bonnes fêtes. Be happy.
Une fois mes naïvetés enfantines balayées, je commence à adorer ce roman. Evidemment, niveau crédibilité et vraisemblance, on avoisine le calme plat : quand
Gringoire ouvre la bouche, on croirait entendre Musset, et certainement pas un contemporain de Rabelais. Peut-être ne suis-je qu’une ignare, mais j’ai beaucoup de mal à concevoir que la langue
française soit restée la même de 1482 à 1850. Quant à la Cour des miracles, c’est le grand guignol, la bataille d’Hernani version romanichelles underground. Bref, je n’en crois pas un mot, mais
je me régale. Le plaisir procuré par Notre Dame de Paris est étrange. Il n’a rien à voir avec celui qu’on éprouve en lisant, par exemple, Une vie de
Maupassant : plaisir de la finesse de cette peinture de mœurs, de la justesse du ton et de la psychologie des personnages… Hugo, lui, utilise Quasimodo et Esmeralda comme un petit garçon des
Playmobils : et que je te fais sauter du haut de la cathédrale, aller au carnaval, faire la méga teuf, sauver la gitane… C’est aussi peu crédible que le dernier James Bond. Mais, ce qui est
délicieux, c’est de voir Hugo construire le roman, dans lequel il ne cesse d’intervenir, ramenant notre regard vers lui. J’admire moins la fresque que le peintre en action, le peintre qui se
délecte des grandes giclées de peinture, colore avec exaltation la toile de sublime et de grotesque. Hugo est attachant. Et dans Notre Dame de Paris, il se met à nu, il ne cesse
de vous dire : Vous avez vu ce que j’ai fait, hein ? En fait, Notre Dame de Paris, c’est de l’art contemporain. A work in progress.

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