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Profil

  • : Ariane Fornia
  • aiglures
  • : Femme
  • : 06/09/1989
  • : le cinéma les chevaux les livres et le chocolat les yahourts à la f
  • : Trois bouquins sur mon CV : Dieu est une femme, Denoël, 2004 ; La Déliaison, avec Sylvie Brunel, Denoël, 2004 ; Dernière morsure, Robert Laffont, août 2007. * A part ça, je suis rousse, j'ai peur des escaliers et j'adore le métal hurlant.
Mardi 18 décembre 2007

Chers bébés aigles, amis des loutres, fanatiques de chocolat, suisses cools ou autres francophones affables, personnes ayant atterri par hasard sur ce blog et se demandant bien de quoi je parle, je ne pense pas pouvoir revenir sur ici avant Noël, alors laissez-moi vous souhaiter de très joyeuses fêtes, et embrassez bien votre sapin de ma part. Si vous cherchez toujours un cadeau, vous pouvez choisir le dernier Stephen King (Histoire de Lisey), la Physique des catastrophes de Marisha Pessl ou Arlington Park. Testé et approuvé.
Ayant résolu de ne pas remuer un neurone à partir de jeudi soir, et ce jusqu’au lundi 7 janvier, j’ai élaboré à l’avance ma liste de bonnes résolutions. Comme vous me supportez depuis septembre, on commence à bien se connaître, alors, je la partage avec vous.

1.      Lire un Zola en entier, sans buter à la page 50, lassée par une énième description de la généalogie du marchand d’olives, des rentes de son trisaïeul, de la propriété de son cousin par alliance, de la fortune de son gendre, des gènes qui le poussent à croupir dans un taudis nauséabond et du derrière fripé de sa femme.

2.      Finir les Méditations métaphysiques de Descartes. J’en suis restée au moment où il détermine qu’il existe. Ca fait six mois qu’il est emmuré dans son cogito, sans Dieu ni corps ni monde. Il serait temps de le libérer.

3.      Réduire ma consommation de chocolat : moins d’un kilo par jour à partir du 1er janvier.

4.      Tolérer la soupe sans la noyer dans le ketchup, le gruyère ou la crème. « Aime les légumes comme toi-même », a dit le plus célèbre des beatniks nazaréens. Si manger de la soupe aide à survivre à une résurrection, je veux bien faire un effort.

5.      Ne plus m’énerver quand quelqu’un vient me demander « Pourquoi utilisez-vous plus de trois cent mots de vocabulaire ? », ni quand il conclut par un « Prenez donc exemple sur Paulo Coelho. ». Ne plus m’énerver quand j’entends parler de « Rendez-vous », de Christine Angot. Après tout, chacun a le droit de recopier ses conversations téléphoniques en style-télécopie, saupoudrées de pipi-caca, pour rester dans la veine habituelle, et de vendre ça 20 euros, et même de rencontrer des journalistes pour en parler. Mais oui. Peace and love, vous dis-je.

6.      Dormir. Au moins de temps en temps.

7.      Ecrire le roman qui me trotte dans la tête depuis deux ans, quand le concours de l’ENS sera passé.

8.      Le faire tel que vous l’aimiez et que je puisse en être fière. Ni misérabiliste, ni complaisant, ni manichéen, ni ennuyeux, ni psychologisant à tout va, ni imbibé de philosophie de comptoir, ni trop court, ni interminable, ni trop réaliste, car un livre ne doit pas vous enfoncer le nez dans le gris, ni trop invraisemblable, pour que vous puissiez oublier un instant qu’E. est une figure de papier, ni gonflé à l’érudition, car le but d’un roman n’est pas de vous faire réviser le programme d’hypokhâgne, ni trop creux, pour ne pas vous faire acheter une chambre à air, bref, tel que vous ayez envie de le lire au lit, de le prêter à une copine, de découvrir l’Allemagne ou de m’envoyer un mail.

9.      Mener à bien d’autres projets dont je n’ose pas encore vous parler, car je ne sais pas si j’y parviendrai, et parce que j’ai un petit fond superstitieux : cela porte malheur de claironner haut et fort ce qu’on a pas encore commencé.

      Bref, 2008 va être sportif pour mon stylo. ;)

En 2008, en vrac, j’aimerais… que les crimes d’honneur disparaissent de la surface du globe, que l’Afrique montre au monde qu’il avait tort de douter d’elle, que la Cisjordanie et le Liban soient pacifiés, que l’hippophagie disparaisse, que la Chine cesse d’empoisonner l’air et l’eau de sa population, que David Bowie sorte un nouvel album, que les Etats-Unis signent le protocole de Kyoto, qu’on interdise la chasse aux bébés phoques (je suis sentimentale, surtout que les  bébés phoques ressemblent à mon chien Thétis, une golden retriever), que mes cheveux poussent plus vite et que je ressemble enfin à la petite sirène, que la France fasse quelque chose d’efficace pour ses cités, que tout le monde apprenne l’Hymne à la joie et comprenne que l’Europe est essentielle, que Britney Spears et Lindsey Lohan arrêtent de courir les cures de désintox, que Paris Hilton se fasse bonne sœur, que mon prochain roman soit traduit en allemand (enfin, ça serait plutôt pour 2009), que les démocrates gagnent les élections américaines, qu’il ne soit plus un seul ado pour mettre fin à ses jours pour des bêtises dans un accès de solitude et de désespoir, que la France suive enfin la voie de l’Allemagne et interdise le gavage, que les voitures électriques deviennent moins chères, pouvoir marcher avec mes escarpins vernis avec treize centimètres de talon, que mes lecteurs continuent à me suivre et à me soutenir comme ils l’ont fait…
Rien de très original, vous voyez. Mais j’ai essayé de me tenir à des vœux réalisables. C’est pourquoi j’ai évité d’inclure à ma liste « que la Seine se transforme en une piscine de jus d’orange sanguine » ou « que des ailes me poussent entre les omoplates » ou « que je passe une folle nuit d’amour avec Tilo Wolff ». Je suis terre à terre, moi.

Merci à tous ceux qui liront ces mots d’être là. Bonnes fêtes. Be happy.

par Ariane Fornia
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Lundi 10 décembre 2007

Ah, si vous saviez comme j’aime quand vous me posez des questions ! Tous les week-ends, je me fouette hors de mon coma dominical, m’enracine mollement face à mon écran, et me dis : « Quand même, ces pauvres lecteurs, ils ont payé seize euros pour lire ta description des gothopoufs et des croulants, voire plus, s’ils ont eu le courage de lire tes autres livres, et toi, tu fainéantes, tu ne tiens pas ton blog à jour ! Tu leur dois bien un article par semaine, quand même ». Et je prie tous les loutres et bouquetins de la voie lactée de m’insuffler l’inspiration divine. Donc, quand vous me posez des questions, mes synapses encroûtées retournent à leur néant, et je soupire d’aise : merci, maoboy747, de garantir par tes questions ma contribution hebdomadaire à la pagaille virtuelle, viens là que je t’épouse. (Dragée sucre ou chocolat ? Personnellement, je ne mets rien au dessus du cacao, mais dans un couple, il faut bien faire des concessions.)
Donc, maoboy747 a écrit :
« Ton style brut de décoffrage ne t’empêche-t-il pas parfois d'exprimer ce que tu ressens vraiment ? Je veux dire par là que tu es très dans l'extrapolation, l'hyperbolique(...) et que si tu énonçais finalement ton réel avis mesuré, cela enlèverait un peu de piment à la lecture.»

Bien sûr, si j’écrivais « l’adolescent a entre 11 et 18 ans » au lieu de « L'adolescent est une créature inachevée. On peut présenter la chose ainsi : lorsque les pustules se résorbent et que le corps cessent de grandir pour commencer à vieillir, l'adolescence s'achève. », je ne vois pas pourquoi un éditeur prendrait la peine de jeter un coup d’œil au manuscrit. Si je sombrais dans la mesure et l’objectivité, personne n’aurait jamais entendu parler de mon bouquin, et c’est bien normal. Tout simplement parce que Dernière morsure est un livre de chroniques. Et qui dit chronique dit angle d’attaque. (Sinon, ça devient aussi palpitant que la liste de mes courses au Franprix d’en face.) Mon angle, c’est l’ironie, l’hyperbole, la métaphore échevelée, bref, la distorsion volontaire, mon objectif premier étant de faire rire. « Exprimer ce que je ressens vraiment » est très secondaire, cela donne par endroits sa touche d’authenticité au livre et l’empêche de se transformer en catalogue de figures de style, mais honnêtement : tu lis un bouquin pour savoir ce que l’auteur ressent vraiment ? Personnellement, je me fiche éperdument de savoir si Flaubert connaissait une Emma et de ce qu’il éprouvait pour elle : la seule chose qui compte, c’est le roman Madame Bovary. La sincérité n’est pas une valeur en littérature…

« Tu te sens (ou sentais, ça change rapidement chez moi en tout cas) dans ce monde adolescent et à la fois très en dehors. Les superficialités de ce milieu te dérangent et finalement, même si ce n'est pas clairement établi dans l'ouvrage, ce sont donc les individualités et les caractères (pas de La Bruyère! Mon humour du matin n'est pas à juger ici!) qui font que tu t'intéresses aux gens. N'as tu pas l'impression que finalement c'est comme ça dans tous les milieux? Je suis à la fac et j'avoue qu'en dépit du fait que les gens y soient très différents par rapports au lycée, je les sectarise quand même jusqu'à les généraliser et les trouver insipides... Dois-je consulter? »

Non, tu ne dois pas consulter. Evite le divan, sauf si tu as vu ta voisine se faire violer par un troupeau de morses. Hmm, pardon, j’oubliais que j’étais censée parler de mon « œuvre » (ça va, je plaisante), pas donner des leçons de vie. Je crois que je ne souscris pas à ton analyse de Dernière morsure. (Je dis ça en prenant des pincettes, car un auteur n’est pas censé analyser ses propres bouquins, selon les règles en vigueur dans le milieu ;)). La superficialité ne me dérange pas si elle me fournit de quoi écrire. J’adore les poufs, les racailles et les rebelles, ils me fournissent du diesel à paragraphes. Les personnalités m’intéressent quand je vis, ou quand j’écris un roman, mais certainement pas pour rédiger des chroniques, tout simplement parce que la chronique fonctionne comme une photo volée : il faut capter le détail révélateur, la lumière particulière, un relief éphémère. Il n’y a que dans certaines parties plus personnelles de Dernière morsure que je me suis intéressée à la psychologie de mes personnages, mais ce n’était pas dans une perspective critique. Il s’agissait plutôt de présenter une échographie du cerveau adolescent (donc partiellement du mien). Bien sûr, les clichés colonisent tous les milieux. Et c’est pour ça qu’il ne faut pas trop y prêter attention. Laisse aux gens une chance d’être connus de toi, même s’ils écoutent Avril Lavigne ;). (Voilà que je recommence à me la jouer moraliste. Je devrais lancer une secte. « Mieux vivre avec Ariane », avec séances de « loutre-thérapie » à la clé : retrouvez votre équilibre personnel en jouant avec des loutres. Si vous réussissez à ne pas vous faire foudroyer par les aiguillons venimeux, vous avez gagné.)

« Mes autres questions appellent des réponses à la Closer donc je ne les poserai pas! »

Quel dommage. Tu as perdu l’occasion de me voir poster une vidéo à la Paris Hilton.

« Sinon, comme idée de post, tu pourrais nous raconter tes penchants pour jean-pierre coffe ou tes culinarités favorites... Je sais! Une petite analyse historique sur Utopia de Thomas More, je dis pas ça car c'est un exposé très proche pour lequel je n'ai encore rien fait, mais juste pour très ton avis là dessus.. Bon je te laisse j'ai encore toute une bibliographie à inventer pour l'exposé que je dois rendre à 13 heures! »

Joker ;) Utopia, je l’ai lu en Reader’s Digest, alors ne compte pas sur moi ;). Dear Maoboy, j’espère avoir répondu à tes questions ?

A part ça, 3615 Ma vie. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai commencé à écrire des chroniques pour Métro, à fréquence irrégulière.
Pour consulter mon Anti-liste de Noël : http://metrofrance.com/fr/article/2007/12/06/12/3408-37/index.xml
(Faites pas gaffe à la photo, je la déteste. Oui, je suis une fille : pénible dès qu’un film argentique pointe le bout de sa bobine.)
Pour mes lecteurs suisses : vous me retrouvez dans Edelgirls ce mois-ci. J’ai adoré répondre à cette interview. Les Suisses sont cool.
J’entre en période de concours blancs, le look courgette macérée est de retour : je suis plus blafarde que les culottes ectoplasmiques de Dracula. Et je prie Noël de bouger ses fesses et d’arriver plus vite. Il pleut, j’ai les cheveux imbibés de déchets acides. Mais rien ne saurait entamer ma bonne humeur, ni les déjections industrielles ni les dissertations à venir : mercredi, je vais voir Tannhäuser à Bastille ! (Je suis une mordue d’opéra. Et Wagner-addict. Et il paraît que cette interprétation est à se pâmer. Forcément, ça détend les zygomatiques.) Je vous en parlerai. Je vous souhaite à tous une bonne semaine et un bon rush de dernière minute pour dénicher les cadeaux parfaits (par exemple, y a un bouquin qui s’appelle Dernière morsure, c’est une gamine qui a écrit ça… aïe, je suis grillée). A très vite. Ariane

par Ariane Fornia publié dans : Réponses à vos questions
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Samedi 1 décembre 2007

Mon cheval est mort hier. Brasil, bois de braise. Quand un cheval se casse une jambe, il n’y a plus rien à faire, si ce n’est mettre fin aux souffrances inouïes d’un animal qui appuie sa demi tonne sur un membre brisé et tente malgré tout de se mouvoir, torturé par l’immobilité encore plus sûrement que par la fracture. On ne contraint pas la liberté faite chair : le cheval condamné à ne plus galoper doit mourir. 

Bien sûr, je pleure dix ans de bonheur, de mille gestes qui nouent, peu à peu, ce rapport magique entre le cheval et son cavalier. Je ne dirais pas qu’un cheval est intelligent, j’ai toujours des scrupules à appliquer ce terme à un animal ; mais ce dont je suis sûre, c’est que le cheval est sensible, terriblement et merveilleusement sensible, peut-être le plus sensible de tous les animaux qui tolèrent la présence humaine. Un cheval est un cœur à fleur de peau, une cire vierge sur laquelle chaque frôlement laisse sa marque, une créature frémissante et réceptive à chaque caresse, coup, odeur ou image qui se porte sur lui. Un cheval vous observe, note le moindre de vos mouvements, attend, craint, puis espère votre attention. La vue d’un objet avec lequel vous l’auriez frappé il y a des années le tétaniserait : il n’oublie jamais rien. Le cheval est fait pour l’homme, fait pour se souvenir de tout ce que l’homme verse en lui, crée avec lui. Le cheval que vous avez su faire votre précède tous vos gestes, et toujours à ses côtés vous sentez son ombre attentive se porter sur chacun de vos pas. Un cheval se façonne, jusqu’à devenir un double. L’autre soi, plus beau, plus fier, plus libre. La part du mythe. 

Dix ans de rêve s’effondrent en un frémissement de seringue. Brasil, mon cheval de légende, mon arabe crépuscule, mon délire noir nuit qui levait dans son sillage tout un peuple de démons, spectres et cavaliers sans tête dont il serait la digne monture. La perte d’un cheval a quelque chose de vertigineux. C’est un pan entier de mon imaginaire qui disparaît. Brasil me faisait walkyrie, sorcière ou princesse des ombres ; à cru sur son dos, je voyais surgir des landes hantées, des cascades islandaises et des blizzards féeriques, je me sentais tellement libre, forte, aérienne, déliée… et son grand cadavre raide, cet œil terrifiant de vide me laisse terrienne et morne. J’avais tissé dans la crinière noire de Brasil toute une mythologie, et sa mort est la chute de l’Atlantide. Alors ce requiem pour mon cheval, le plus beau, le plus merveilleux, le plus divin de tous les chevaux qu’il m’a été donné de côtoyer, ce cheval que j’ai aimé passionnément, doit être un jaillissement de torrent, un coup de tonnerre, une avalanche. Ce sera la Chevauchée des Walkyries. Et je fais vœu de pleurer chaque fois que je l’entendrai. 

Seuls les chevaux peuvent guérir de la mort d’un cheval, alors j’ai passé la journée avec eux. J’aime leur attention frémissante, leurs yeux ouatés, leur crinière à l’odeur de terre qu’on fait voler sous les galops, leur calme rassérénant, leurs allures de bourrasque, leurs oreilles tendues par la curiosité, leur puissance sauvage à la portée de l’homme. Toute la magie de la nature piégée entre quatre sabots. Les chevaux font rêver même ceux qui ont peur de les approcher. Et moi, je ne vivrai pas sans eux. 

Je tiens cette fascination passionnée de ma mère, qui m’a posée sur le dos de sa jument avant que je sache me tenir sur mes jambes. Elle publie au printemps un roman, centré sur les chevaux et ceux qui les aiment. Je vous en parlerai bientôt. La perspective de relire cet hymne à la passion du cheval me fait du bien. 

 En attendant, je vais retourner auprès des chevaux, apprendre à en aimer d’autres, recommencer un rêve : je ne vivrai pas sans eux. 

Décembre arrive tout enguirlandé : je vous souhaite un bon mois de course aux cadeaux dans des magasins bondés, bataille avec les aiguilles du sapin, kilos accumulés, beaux moments de rêve et de sérenité.

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 25 novembre 2007

Non, ne me quitte pas.
Je sais, j'ai été indigne de notre amour, je t'ai délaissé, négligé, j'ai abandonné tes commentaires à leur gangue d'oubli, je t'ai trahi : j'ai fauté avec des dissertations, des versions et des commentaires, et qui plus est, à maintes reprises.
Je le sais, mes actes sont inqualifiables, et je n’espère pas ton pardon. Je ne chercherai pas à me disculper, je n’opposerai pas à ton courroux les arguments fallacieux que déploient tous les adultères du monde (genre : c’est la nature humaine, t’avais plus de temps pour moi, je suis en crise de la quarantaine, t’as pris trois grammes, j’étais bourré, c’était que du sexe). Mais, si un mot m’est accordé avant que tu ne m’écrases le clavier en pleine poire et te détournes à jamais de ce lieu, laisse-moi te dire que je suis atteinte de novembrite aigue, que l’horloge dévore mes heures comme un labrador le Canigou, que je suis en khâgne, que De Gaulle, Descartes, Heine et Juvénal ligués ourdissent de noirs complots contre moi et rêvent de me voir danser la javanaise en tutu sur les Champs Elysée suite à un titanesque pétage de plombs. Donc, lecteur, me pardonnes-tu ?

En ce moment, entre minuit cinq et minuit dix, je m’accorde un moment de glandouille éhontée (je vous en prie, ne le répétez pas !), et, je le confesse, je lis pour le plaisir.
Je suis en train de combler un gouffre béant dans ma culture embryonnaire : je lis Notre Dame de Paris. Et je subis une grave désillusion : ayant vu le film de Disney trente-sept fois quand j’étais petite, mon cerveau était imprégné des douces et naïves images des trois gargouilles jouant aux cartes et mangeant du fromage, donc, quand Hugo m’a signalé que Quasimodo est sourd et obtus comme une bête sauvage, qu’il essaie de violenter Esmeralda, que Phoebus est un écumeur de tavernes, un coureur de jupons, un parjure, que Frollo est un gros tas style « chaussé aux moines » et non une brindille reptilienne rongée par la concupiscence, je n’en croyais pas mes neurones et j’ai presque eu envie de hurler « Hey, Victor, t’as rien compris, retourne voir le film ! ».
Cathedrale-Notre-Dame-50x50.jpgUne fois mes naïvetés enfantines balayées, je commence à adorer ce roman. Evidemment, niveau crédibilité et vraisemblance, on avoisine le calme plat : quand Gringoire ouvre la bouche, on croirait entendre Musset, et certainement pas un contemporain de Rabelais. Peut-être ne suis-je qu’une ignare, mais j’ai beaucoup de mal à concevoir que la langue française soit restée la même de 1482 à 1850. Quant à la Cour des miracles, c’est le grand guignol, la bataille d’Hernani version romanichelles underground. Bref, je n’en crois pas un mot, mais je me régale. Le plaisir procuré par Notre Dame de Paris est étrange. Il n’a rien à voir avec celui qu’on éprouve en lisant, par exemple, Une vie de Maupassant : plaisir de la finesse de cette peinture de mœurs, de la justesse du ton et de la psychologie des personnages… Hugo, lui, utilise Quasimodo et Esmeralda comme un petit garçon des Playmobils : et que je te fais sauter du haut de la cathédrale, aller au carnaval, faire la méga teuf, sauver la gitane… C’est aussi peu crédible que le dernier James Bond. Mais, ce qui est délicieux, c’est de voir Hugo construire le roman, dans lequel il ne cesse d’intervenir, ramenant notre regard vers lui. J’admire moins la fresque que le peintre en action, le peintre qui se délecte des grandes giclées de peinture, colore avec exaltation la toile de sublime et de grotesque. Hugo est attachant. Et dans Notre Dame de Paris, il se met à nu, il ne cesse de vous dire : Vous avez vu ce que j’ai fait, hein ? En fait, Notre Dame de Paris, c’est de l’art contemporain. A work in progress.
victor-hugo.gif
Sinon, sur ma liste de lecture, il y aura Arlington Park, La physique des catastrophes et le dernier Stephen King, quand ils arriveront d’outre Manche. (Je veux les lire en V.O., évidemment : en plus de mes déjà innombrables défauts, je suis snob, surtout en matière linguistique. Mais gentille quand même, je vous le jure. Au bout de trente commentaires, vous avez droit à un gateau au chocolat préparé avec amour pour vous prouver ma reconnaissance et ma bonhommie.)

Et vous, que lisez-vous ? Comment allez-vous ? Comment survivez-vous au mois de novembre ?
Merci pour votre présence ici. Bonne semaine !

 
par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Mardi 6 novembre 2007

Avec l’exquise politesse à laquelle il nous a accoutumés, Nicolas m’a posé la question suivante :

 

Chère Ariane,
Cela va certainement vous décontenancer le temps de lire ce message mais quel est votre avis, romancière mais d'abord et surtout lectrice, sur la poésie ? Aimez-vous les poètes ? Pensez-vous vraiment que la poésie (je ne dis pas le lyrisme!!!) soit "passé de mode" ?
Bien à vous

 

Si j’aime la poésie ? Comment dire « Non » ? J’ai un respect qui confine à la vénération pour cette discipline mutante, à mi-chemin entre la littérature, la musique et la religion – ou plutôt, la démiurgie. Car pour moi, la poésie est un chant, un chant sacré, qui ne se contente pas d’honorer l’existence des êtres, mais qui la recrée et l’accomplit. Un poème, c’est une nouvelle genèse, c’est

 

Parler seul
Avec Dieu,

 

comme l’a écrit Hölderlin. Vous l’avez compris : pour moi, la poésie, c’est le lyrisme, c’est Orphée qui bouleverse l’ordre du monde pour que sa voix ramène Eurydice, qui envoûte arbres et animaux, c’est un souffle, un rythme, une mélodie, un fracas torrentiel et un murmure d’extase. Je ne conçois pas de poésie sans le martèlement des rimes et le plaisir organique des sons ; un poème est une expérience sensorielle, une avalanche, une rupture des digues du corps et du monde.

Ainsi, les créations récentes, comme la prose de Ponge et les satires de Gernhardt sont pour moi de délicieux accidents, des drosophiles à dix-huit pattes surgies dans un laboratoire peu orthodoxe : j’adore ces hybrides, mais je vois bien qu’ils n’appartiennent pas à leur espèce, et qu’ils sont stériles, comme tous les croisements contre-nature : l’avenir de la poésie ne sera pas fécondé par eux.

 

J’ai survolé l’Année poétique, excellente anthologie des poèmes parus l’an dernier, qui offre un tour d’horizon panoramique de la poésie en 2007, et j’avoue avoir été déçue. Peut-être n’ai-je pas pris assez de temps, peut-être ai-je ignoré une pépite, mais je suis restée froide. Et pour moi, la poésie hante et revient comme un amant… comme une chanson. On ne se dépêtra pas du lyrisme.

 

Et, hélas, il est passé de mode. On a rien trouvé de mieux, face aux charniers nazis, que d’inculper l’idéalisme et les vers qui le rythmaient. Adorno a dit « après Auschwitz, on ne peut plus écrire de poésie », et on l’a cru. Je sais, faire remonter à l’holocauste les plaies de notre XXIe siècle est un poncif, mais cette rupture est avérée. Parce qu’Hitler avait cherché à assaisonner à la croix gammée les romantiques, et parce que les chambres à gaz ont fauché net tous les utopistes, on a relégué à la cave le lyrisme. Aujourd’hui, une maison d’édition qui verrait atterrir sur sa pile les œuvres de Lamartine ou de Musset se péterait quelques côtes de rire. On traque l’emphase, la naïveté, les effets majestueux. Alors oui, la poésie est passée de mode – les chiffres de vente le prouvent bien mieux que ce long laïus. Parce que la poésie, c’est l’outrance. Festin de sons, de rêves et de rythmes sans jamais atteindre la satiété.

 

Pour moi, les ballades allemandes, de Goethe, Brentano ou Annette Droste-Hülshoff, ou les fantaisies nocturnes de Novalis ou d’Eichendorff, sont la perfection poétique. Un élément épique, un élément dramatique, un élément lyrique : c’est la définition canonique de la ballade, et bien avant de l’apprendre par cœur en hypokhâgne, j’avais ressenti que cet héroïsme sonore des romantiques allemands atteignait un sommet d’art et de beauté. Mais, par égard envers mes lecteurs, j’ai essayé de chercher des poèmes français qui diront bien mieux que moi ce qu’un poème doit, à mes yeux, amener à ressentir.

 

La Loreley, d’Apollinaire, traduction libre et moderne de la ballade de Brentano.
Ophélie, de Rimbaud – curieux que je choisisse un poème de l’auteur des Illuminations pour exprimer la perfection romantique…
Conte d’amour, de Villiers de l’Isle Adam – un texte superbe.
Nuit rhénane, d’Apollinaire. A-t-on jamais rien écrit de plus beau sur le Rhin ?
Veni vidi vixi, de Victor Hugo, ou comment la poésie personnelle devient une cathédrale.

 

 Je ne peux m’empêcher de citer d’autres textes, en langue étrangère, pour les curieux…

The Lady of Shalott, de Tennyson

La belle dame sans merci, de Keats
The rime of the ancient mariner, de Coleridge
Hymnen an die Nacht, de Novalis
Der Erlkönig, de Goethe
Mondnacht, d’Eichendorff
Der Knabe am Moor, de Droste-Hülshoff
Die Sphinx, de Heine

 

J’attends toujours le messie qui ressuscitera la poésie, saura lui insuffler une nouvelle vie sans s’attirer les quolibets de l’époque. Cela ne sera pas moi – à dix-huit ans, je suis déjà trop vieille pour être capable d’une telle ferveur. On cueille les génies du vers au berceau !

 

J’espère avoir répondu à votre question, Nicolas ? Je me permets de vous la renvoyer : et vous, que pensez-vous de la poésie ?
(Bien entendu, la question s’adresse à tous. Je suis pas en train d’organiser un tête à tête ;-)).

fraise.png

 

Sinon, je voulais vous prévenir que j’entre dès demain dans le mois de novembre. C'est-à-dire, pour tout élève de prépa : le mois du teint blême et des mines de déterré, des jours sans fin et des peines sans fond, de la dissolution dans un violacé d’insomnie et de l’exaspération illimitée, injustifiée, incontrôlable. Mais comme disait mon prof d’histoire, « le mois de novembre a une fin ». Donc, vous me récupérerez vivante un de ces jours. D’ici là, je vous en prie, soyez patients si mes délais de réaction se voient encore allongés… (Et essayez de pas trop m’énerver, on sait jamais. Je plaisante ;-)).
A bientôt, bonne soirée, et merci à tous ceux qui viennent et reviennent... Encore une fois : n'hésitez pas à poser des questions, faire des suggestions, laisser l'adresse de votre blog. Aiglures doit vivre, et vous êtes les aiglons ;-)

EDIT - PROSAIQUE MAIS IMPORTANT :
pour une raison restée obscure à ce jour, Hotmail me prend pour une terroriste et refuse tous mes mails, au motif que mon adresse IP serait toxique, néfaste ou cancérigène. J'ai donc été forcée de laisser tous vos mails venant de comptes Hotmail en suspens, et ce depuis deux semaines. Donc, s'il vous plaît, chers amis concernés par ce nouveau délire de mon cauchemar informatique, ne croyez pas que je vous snobe et envoyez moi un nouveau mail avec une autre adresse ! Sus à Hotmail ! Et bonne semaine ;-)

 
par Ariane Fornia publié dans : Réponses à vos questions
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Lundi 29 octobre 2007
La Toussaint en Allemagne ne me lassera jamais... Je suis arrivée à Schweinfurt pour un week-end qu'on pourrait nommer "fête de l'automne", et les rues badigeonnées de lumière par la chute des feuilles sentent les amandes grillées et les pommes au chocolat, les lueurs des premières bougies de la Toussaint se détachent sur un ciel radieux de gris plombé, et je savoure un moment de repos. Ceux qui me suivent depuis fin août savent que cette rentrée (scolaire, littéraire et médiatique) m'a vampirisée jusqu'aux vertèbres - et ce n'est pas fini ! - alors, je profite de ce court répit.
J'ai oublié un album dans la liste de mes préférés, c'est Endstation.Eden de Samsas Traum. Si le cafard géant de Kafka avait eu une guitare, un synthétiseur pour mettre son cauchemar en musique, ca ressemblerait à cet opus. J'adore.

Vous savez, alors que Dernière morsure est mon troisième rejeton de papier, c'était la première fois que je me jetais dans la tempête de la rentrée littéraire. Dieu est une femme et La déliaison étaient sortis en avril, et cela me convenait bien : au printemps, on cherche des livres capables de faire passer un bon moment sur la plage, pas des prétendants au Goncourt. Et puis, en avril, il n'y a pas six cent cinquante autres livres en rayon, dont ceux, au hasard, d'Amélie Nothomb ou Marie Darrieussecq. A côté des effervescences de septembre, les sorties d'avril ressemblent à une thalassothérapie. Mais cette fois-ci, campagne présidentielle oblige, j'ai été rejetée dans le Maelstrom automnal. C'est étrange, une rentrée littéraire. Les bouquins sont obligés de s'entretuer pour avoir un bout de présentoir, les journalistes taillent dans le vif pour ne garder que quelques titres, les polémiques fusent, les auteurs se font lyncher en direct à la télé, la création prend des allures de champ de bataille après le passage de l'armée napoléonienne. Il paraît qu'ailleurs, c'est plus calme. En France, on a le sens du spectacle. Parfois, la rentrée littéraire me fait un peu penser à ce jeu où il faut taper sur des taupes avec un maillet : dès qu'un museau émerge de terre, frappe !
Satisfaire l'esthète tenant de l'art pour l'art, le juré de prix littéraire, le journaliste qui cherche quelque chose qui pimente un peu ses pages, et le lecteur normal qui veut juste passer un bon moment, lors d'un voyage en train ou d'un dimanche pluvieux, c'est impossible. Alors que fait la petite auteur qui étire ses dix-huits ans sur hauts talons pour faire entendre sa voix au sein de la République des lettres ? Elle essaie, tout simplement, d'écrire quelque chose qu'elle aurait envie de lire.
En Allemagne, je prends des notes pour mon prochain roman. Je vais à Würzburg chercher la maison où vivra ma narratrice, je photographie mentalement chaque coin de rue pour construire le décor dans lequel le film de papier se déroulera, je travaille comme le réalisateur qui cherche des images et caste des personnages, je griffonne, corrige, cherche à remplumer un peu ces personnages qui n'étaient encore que des archétypes, leur donner une chair, un visage et une histoire.
Quand on écrit comme quand on défend son livre sur un plateau télé, on a souvent des moments de doute, de crise de légitimité ("pourquoi moi ? pourquoi ai-je le droit d'être lue ?"), et puis, de temps en temps, on s'en prend vraiment plein la tête. (Comme vous avez pu le constater.) Je vous remercie tous pour vos commentaires et vos messages adorables. C'est un véritable baume anti cicatrices médiatiques. Ils me rappellent à chaque fois pour qui j'écris. Ils sont ma boussole. :-) Merci pour tout, et n'hésitez pas à me suggérer des choses, si vous pensez que ce blog peut être amélioré : c'est moi qui dispose les meubles, mais c'est votre espace. ;-)

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Après cet instant solennel, retournons à nos loutres et bouquetins. Il y a eu rush vers les salles obscures cette semaine : vous voté pour la révélation exclusive de mes 10 films préférés, quel scoop, vous vous rendez compte de votre chance. ;-)

Donc, allons-y, dans le désordre cette fois-ci, classer s'est révélé impossible. (Ainsi que s'en tenir à dix.)


Côté films qui vous renversent le coeur et vous plongent dans la contemplation des mystères de l'existence :
- Amadeus, de Milos Forman. Ce film, que dis-je, ce joyau, cette huitième merveille du monde, cet objet sacré digne des plus profondes génuflexions, retrace à travers l'oeil du malheureux Salieri le destin flamboyant et éphémère du prodige Mozart, entre bouffonneries virtuoses, angoisse et génie, gloire et enterrement à la chaux brûlante dans la fosse commune. Je vous conseille le Director's cut, long de vingt minutes de plus que la version présentée à Cannes. Les scénes coupées sont essentielles pour mieux comprendre le narrateur, Salieri. Ce film est un délice, qui laisse un goût amer : nous sommes, les médiocres, nous ne brûlerons pas nos ailes, et nous ne serons jamais rien...
- Ludwig ou le crépuscule des dieux, ou Mort à Venise, de Visconti. C'est Ludwig qui m'a fait aimer l'Allemagne - ceux qui ont lu Dernière morsure le savent. Ce film - ces deux films, plutôt, car l'histoire de Ludwig est divisée entre apogée et chute - racontent la glorieuse folie de Ludwig II de Bavière, le roi fou, qui croit vivre dans un opéra et peuple les lacs de chateaux vides, veut restaurer l'absolutisme et la grandeur fantasmagorique d'une vieille Allemagne, et meurt noyé, enferré dans son rêve. (Encore un destin qui nous renvoie à nos vies ternes et confinées, je dois être masochiste.) J'ai rarement vu un film d'une telle beauté. Quant à Mort à Venise, c'est l'histoire lente, suggérée, d'un vieil artiste sur le seuil de la mort qui se laisse fasciner par le visage séraphique d'un adolescent indifférent, alors que la lagune croupit dans la peste et que la faucheuse les menace. Un moment hors du monde, une oeuvre splendide.
- Les liaisons dangereuses, de Stephen Frears. Dans le précédent article, je vous faisais part de ma fascination pour le roman de Laclos. Ce film, d'une grande fidélité envers le livre, n'est pas une copie, une simple adaptation, c'est un geste artistique autonome, extraordinaire, qui semble mener celui de Laclos à son accomplissement. Qu'on connaisse ou non le roman, le plaisir est fulgurant. J'ai vu ce film quatre ou cinq fois, et je ne m'en lasse pas.
- Les invasions barbares, de Denys Arcand. Un intellectuel atteint par un cancer incurable rassemble autour de lui ses amis, maîtresses et proches. Ce film est une superbe ode à la vie et à ses plaisirs, qui nous tire de vrais éclats de rire, alors que la mort porte sans cesse son ombre sur lui. On en sort les larmes aux yeux et ravi : du grand art.
- Le parfum, de Tom Tykwer. Je sais, les critiques ont éreinté ce film: Honnêtement, je n'ai pas compris pourquoi. Non seulement ce film rálise un vrai tour de force (filmer des odeurs, filmer une histoire jugée infilmable par Kubrick et Scorcese, excusez du peu), mais surtout, il m'a transportée, enchantée, fait oublier le monde pendant deux heures et demi malgré les remugles de pop-corn collé sous les sièges. Certaines scènes semblent touchées par la grâce : après avoir vu Laura porter une rose blanche à la tombe de sa mère sous les larmes de Grenouille, comment ne pas aimer Le parfum ?

Côté gothique :

- Les autres, d'Alejandro Amenabar. C'est selon moi le plus réussi, le plus gracieux, le plus subtil et le plus touchant des films à visée terrifique de la dernière décennie. L'atmosphère est oppressante à en suffoquer, sans jamais que rien ne soit outré, le personnage composé par Nicole Kidman époustouflant d'ambiguité, le dénouement simplement génial, et la portée allégorique de cette oeuvre la laisse flotter longtemps dans nos mémoires. Ce film n'est pas qu'un moyen certain de faire des cauchemars : c'est vraiment un bon film.
- La maison du diable, de Robert Wise. Hommage au grand réalisateur de films d'épouvante... La maison du diable, c'est un sommet de l'angoisse, sans qu'aucun monstre, vampire, serial killer ou mort vivant ne surgisse. Tout se joue dans l'esprit fragile d'une femme malheureuse et impressionnable, qui voit tous ses rêves frustrés et ses terreurs profondes prendre vie dans une vieille maison abandonnée. J'aime, j'adore.
- Sleepy Hollow, ou Edward aux mains d'argent, de Tim Burton. Impossible de parler de mes films préférés sans parler de Tim Burton. Sleepy Hollow, c'est le plus beau conte gothique de tous les temps, rien de moins, avec grisailles et ocres de l'automne éclaboussés par une giclée de sang frais et un grand éclat de rire. Edward aux mains d'argent, c'est le plus beau conte de fées des années 90, avec le plus étrange et le plus touchant des princes charmants : un blafard et triste Johnny Depp dans sa carapace robotisée.
- Nosferatu, de Murnau. Le cinéma expressionniste allemand, notre père à tous. Ce film en est un sommet, un monument d'angoisse et de suggestion en clair obscur.
- Giorgino, de Laurent Boutonnat. Oui, le plus grand bide de l'histoire du cinéma francais. J'assume. Cette histoire glauque, clipesque et hantée d'un soldat aux poumons gazés dans un village perdu, au coeur de la première guerre mondiale, est le meilleur film sur la solitude, la folie, la déshumanisation engendrées par 14-18 que j'aie vu. Si, si.

Côté explosion des zygomatiques :

- Beetlejuice, ou Mars Attacks de Tim Burton. Absolument invraisemblable, extravagant, outré, hilarant. A voir, à revoir, à prêter à tous ses potes, et à revoir quand on aura enfin récupéré le DVD. Tout simplement jouissif.
- La vie de Brian, des Monty Python. J'ai rarement autant ri....

Je crois que je vais sur le champ m'installer sur le canapé et en revoir un de cette liste. Alors, je vous souhaite une excellente semaine, de bonnes vacances pour les chanceux qui en ont. Merci de me lire et de me suivre...

PS : pour la semaine prochaine, c'est vous qui choisissez. Faites preuve d'imagination ;-)

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 21 octobre 2007

Retour virtuel, lundi 22 octobre.
Après avoir survécu à un raz de marée de dissertations et établi en trois parties que l'existence devait être justifiée ou que le roman et le poème, c'est pas pareil - je sais, mes neurones culminent en ce moment -, je reviens vous parler des spaghetti. Et oui ! Je vois vos visages catastrophés d'ici, mais vous avez voté ! Vous vous rendez compte... je vous propose de parler culture et spiritualité, et vous me plongez les babines dans l'amidon... Bon, bande d'hédonistes, bon appétit, les résultats du vote furent les suivants :
Les spaghetti : 3 voix.
Les albums: 2 voix.
Les films (un malheureux cinéphile a ramené sa bobine dans cette confrontation démocratique de première importance) : une voix.
En me saisissant de mon boulier et me concentrant très fort, j'établis le total de participation à six voix. La démocratie va mal. Allez, à table.

Achetez 250, 500 ou 1000 grammes de pâtes, selon votre situation familiale et la présence ou non d'une armada de mioches à neutraliser. Si vous avez des moins de un mètre à la maison, je vous suggère d'éviter les spaghetti et d'opter pour une forme qui ne risque pas de pulvériser des mouchetures de sauce tomate sur le plâtre, mais je suppose que vous m'avez pas attendue pour savoir ça.  Choisissez bien vos pâtes, afin d'éviter les blés centiformes de Tchernobyl. En général, la présence d'un ruminant tacheté à l'air repu sur l'emballage vous oriente vers les bons trucs de chez nous. Vérifiez l'étiquette quand même.
Saisissez vous d'un objet circulaire, de diamètre d'environ quarante centimètres, aux parois hautes de trente centimètres à peu près, carbonisé au fond et muni d'une poignée qui risque de vous valoir une brûlure au trente-sixième degré si vous la positionnez côté passage. On appelle ça une casserole. Remplissez la d'eau. N'oubliez pas d'y jeter une poignée de gros sel et quelques gouttes d'huile, pour éviter de finir avec un magma aggloméré de bouillie blanchâtre en guise de repas. Faites bouillir en mettant le couvercle sur la casserole, parce que Al Gore il a dit qu'il fallait sauver la planète. Attendez l’ébullition (non, quelques frémissements homéopathiques au fond du plat, ça ne compte pas. Il faut que ça vous saute au visage. De bonnes pâtes valent bien une petite greffe et reconstruction faciale.) Jetez les pâtes dans l’eau. Pas de trop haut non plus, les JO c’est à Pékin. Remuez toutes les dix secondes (histoire de ne pas accentuer l’incinération orchestrée au fond de la casserole). Goûtez à intervalles réguliers, sans vous cautériser la langue, ça serait dommage pour la suite. Au moment fatidique, disposez tout préalablement afin de pouvoir enchaîner les actions avec une dextérité et un professionnalisme digne des plus grandes étoiles de l’opéra, mettez la passoire dans l’évier et les condiments à portée de main, allez y, versez les pâtes dans la passoire. Pas à côté, la sauce fond d’évier est rarement de bon ton en société. Renoncez à cette déplorable habitude qu’ont certains ménages, à savoir rincer vos pâtes à l’eau froide. (Vous rincez le gratin dauphinois avant de servir, vous ? Personnellement, le festin d’éponges, c’est pas mon truc.) Versez IMMEDIATEMENT le beurre (et oui, de bonnes pâtes exigent quelques calories, faites moi confiance) et les condiments de votre choix (gruyère, parmesan, fricassée de cèpes au poivre mêlé moulu et aux herbes de Provence revenue dans l’huile d’olive, je sais pas moi, ayez un peu d’imagination) dans le plat. Je dis bien immédiatement. Ce n’est pas le moment de téléphoner à Tatie ou de se manucurer les orteils. Le beurre qui fond onctueusement dans les pâtes ardentes comme la braise, c’est la clé du palais des délices. (Oulalalala.) Mangez tout de suite. Faites une série d’abdos après.
Voilà, ça m’apprendra à proposer des sujets stupides. Vous avez vu, j’ai relevé le défi ;)
Mais quand même, on va parler des albums. J’ai un petit côté bayrouiste, vous comprenez.
Donc, mon panthéon personnel, dans l’ordre de vénération :
 1 * David Bowie – Aladdin Sane. J’ai hésité entre Ziggy Stardust, Aladdin Sane et Diamond dogs, alors, j’ai fait la moyenne chronologique. Bowie lascif et désespéré sur un piano de cabaret dans « Time », peinturluré de rouge et de violet, extraterrestre virtuose, c’est insurpassable.
 1 ex-aequo * Lacrimosa – Elodia, en compétition serrée avec Echos. Le Mozart suisse à la coiffure schizophrène et au maquillage cryptique, Tilo Wolff, compose un véritable chef d’œuvre, entre symphonie classique et rock torturé. Et quand je dis symphonie classique, je ne parle pas d’un truc métal classique avec deux ou trois violons anecdotiques qui font de la figuration de temps en temps – comme parfois chez Nightwish. Tilo Wolff connaît ses classiques et son piano sur le bout des doigts – vernis de noir, natürlich. Il s’imbibe de chœurs d’église (notre génie est mystique) et de requiems agonisants pour sculpter des compositions exigeantes qui nous transportent. Sans même parler de sa voix entre velours et tombeau, et de ses textes superbes sur les derniers pas de danse d’un couple qui se dénoue. Cet album rythme mes jours depuis des années. Tilo, ich liebe dich.
3 * The Beatles – The blue album. Qui peut imaginer un monde sans la fille aux yeux kaléidoscope, les vocalises mélancoliques de A day in life, les doux pleurs de la guitare, l’averse de Something, les pianos sereins à en couper le souffle de Let it be et le souffle de The long and winding road ? Sans The blue album, c’est tous les jours de crachin en Angleterre, les rues de Londres, les garçons aux cheveux longs, les guitares et les promesses qui tombent en miette, bref, tout l’Occident !
4 * Theatre of tragedy – Theatre of tragedy. Selon moi, le meilleur album de metal gothique “beauty and the beast” à ce jour. Une épopée shakespearienne avec des moments d’une grâce extraordinaire. Ecoutez A distance there is pour vous en convaincre – la plus belle chanson qui soit.
 5 * Nightwish – Oceanborn. La plus belle ode au rêve et au voyage qu’on puisse imaginer, un bijou onirique, un vol de cygnes sur la crête des vagues par une nuit criblée d’étoiles filantes, bref, une merveille. Ecoutez Sleeping sun, si vous ne me croyez pas.
6* Goethes Erben – Nichts bleibt wie es war. Cet album tellement étrange et gracieux m’intrigue toujours autant.
7 * Mylène Farmer – Ainsi soit-je. Allez-y, moquez vous de moi. J’aime Mylène, na. ;)
8 * Arcade fire – Funeral. Quiconque a entendu la première chanson de cet album mélancolique est irrémédiablement ensorcelé.
9 * Klimt 1918 – Dopoguerra. Ces jeunes italiens ont un talent monstrueux.
10 * For my pain – Fallen. Ces ballades mi sucrées, mi automnales m’ont toujours charmée.

Sinon, je voulais vous faire part de mon indignation. L’autre jour, je cherchais frénétiquement des citations à recaser dans une dissertation – oui, je sais… -, et en feuilletant le Lagarde et Michard – oui, je sais… -, il m’est soudain apparu qu’un trou monstrueux, incompréhensible, béait au milieu de ces pages. Les liaisons dangereuses n’y figurent pas ! Pas un mot, rien ! J’ai hésité à m’immoler dans le hall d’accueil de Bordas pour protester, mais j’ai renoncé. L’humanité a besoin de moi pour réparer cet oubli. N’y allons pas par quatre chemins : le plus grand roman de la littérature française, et le plus représentatif de ce qu’est l’esprit français sous son meilleur jour, vif, incisif, subtil, délicieusement immoral mais tout en finesse, ce sont les Liaisons dangereuses. Si je devais emporter un roman sur une île déserte, ce serait celui-là. Et je me pâmerais des décennies durant. Pour vous dire, il n’y a que trois livres que j’ai lus d’une traite, sans même prendre le temps d’aller faire pipi. (Pardon pour cette expression gracieuse.) Dracula, Harry Potter 7 et les Liaisons dangereuses. Pour les deux premiers, c’est compréhensible : on veut savoir si les forces du mal vont être anéanties, et on a de toute façon trop peur pour sortir de son lit, craignant de trouver une chauve-souris ou un serpent anthropophage sous la cuvette. Mais dans les Liaisons, il n’y a ni orphelin au chapeau pointu ni monstre sanguinaire. Juste des aristocrates qui tartinent des missives alambiquées et font l’amour en mentant à qui mieux mieux. Oui, mais c’est extraordinaire.
Je dirais même plus : les Liaisons sont le roman le plus érotique de tous les temps. Les habitués de ce blog se souviennent que j’éprouve une grande méfiance envers les scènes classées X, que je trouve le plus souvent ridicules et mal écrites, même chez les meilleurs auteurs. Mais dans les Liaisons, de la première ligne aux dernières, une odeur lourde et capiteuse de boudoir monte des pages, des frôlements de dentelles font crépiter chaque page tournée, et les femmes dénouent leurs corsets dans la pure tradition du beau style à la française. Chers Messieurs Lagarde et Michard, si vous n’êtes pas des blocs de glace, je vous en prie : rendez à Laclos la place qui lui est due !

La prochaine fois que j’écrirai sur ce blog, ce sera en pleine Oktoberfest, au pays des elfes et des chopes gargantuesques. J’ai hâte. Bonne semaine à tous, à très vite !

PS : Ne vous inquiétez pas, la censure n’a pas déferlé sur ce blog. Mais je ne peux pas activer vos commentaires pour l’instant, car je suis à Paris sur mon ordinateur tyrannique qui refuse toutes les mignardises Java –y compris vos commentaires.
PPS : Pour la semaine prochaine, j’espère une participation plus conséquente ;) (Et en plus, elle se permet de râler… ;)). Au choix : Mes dix films préférés – Les dix choses que je déteste le plus – Œcuménisme païen – I love Emmanuel Kant – autre chose, à vous de proposer.
Merci de continuer à me supporter, semaine après semaine.

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 14 octobre 2007

La Toussaint en Allemagne, quel bonheur... Des crépuscules surréalistes, comme si un Jésus en crise d'adolescence avait allumé des chalumeaux derrière un écran fuligineux, des patates à toutes les sauces pour fêter la fin de la saison des chairs exposées et des processions claudiquantes de petits vieux esseulés qui viennent déposer des bougies sur les tombes, que le vent soufflera à peine auront-ils le dos tourné... J'ai hâte. Et j'en aurai bien besoin. En deux stations, j'arrive à m'encastrer le nez dans la vitre du métro pour cause d'endormissement inopiné, c'est dire. Je bats tous mes records de liquéfaction cérébrale, je me fais l'effet d'un navet passé au bain-marie javelisé.
En cherchant frénétiquement des citations à refourguer à ma dernière dissertation, j'ai retrouvé L'Oeuvre au noir et les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar. Je suis restée engluée. Ses phrases ont la beauté d'un lac autrichien un jour d'automne : baignées des reflets chatoyants des feuilles mortes, inquiétantes de profondeurs gorgées de silences sous leur calme et leur fluidité imperturbables. J'ai rampé : je ne serai jamais Marguerite Yourcenar. Désespoir, crise de dénigrement.
Et puis après, je me suis dit que dans les Mémoires d'Hadrien, le lecteur allait pleurer et saisir la noblesse tragique de l'existence, mais pas rigoler une seule fois. Moi au moins, je vous décongestionne les mâchoires. C'est une bien maigre revanche, je sais, taisez vous ;).
(Suite à mon appel à l'aide de dimanche dernier, on m'a suggéré de parler des bouquins que j'aime pour engraisser mon petit blog freluquet. C'est une bonne idée, mais je suis bien trop fainéante en ce moment pour faire des fiches de lecture et lever mes fesses pour choisir un extrait et -ô comble de l'effort- le recopier. Donc, on va faire simple : si je ne devais garder qu'un seul livre dans toute la production française du XXe siècle, ce serait la Pléiade des oeuvres romanesques de Marguerite Yourcenar. Plus particulièrement les Mémoires d'Hadrien et L'Oeuvre au noir, même si Denier du rêve, Alexis ou Le coup de grâce me font aussi frémir. J'espère que c'est un résumé convaincant.)
J'ai une nouvelle passion : les bouquetins. Vous savez, les chèvres au regard mousseux que deux cornes transforment en Lucifer. Un bouquetin, c'est un mammouth à l'envers. Voilà qui mérite notre attention. Ma peluche loutre se sent moins seul, elle a un copain alpin. (Je veille à choisir des lubies qui puissent cohabiter dans un même environnement. C'est pourquoi j'ai évité le poisson lampe de poche des abysses pacifiques comme engouement hebdomadaire.)

Je peux formuler une requête sans que vous m'accusiez d'être une immonde petite prétentieuse ? Allez, on tente le coup. Je réponds toujours à tous les mails, mais...est-ce que vous pourriez essayer d'être synthétiques, s'il vous-plaît ? Je suis vraiment heureuse de me sentir aimée, mais, à raison de cinquante mails de trois pages par semaine, je ne vais pas m'en sortir... A ceux qui me le demandent : non, je ne peux pas converser sur MSN, c'est beaucoup trop chronophage et je cours vraiment après les minutes. Et, s'il vous plaît, si vous avez des questions à me poser sur l'écriture, l'édition, mes livres, posez-les plutôt en commentaire ici. Comme ça, tout le monde profite de la réponse, et je ne dois pas réécrire dix fois la même chose... Merci beaucoup. Vous pouvez vous déchaîner : "Pour qui elle se prend celle-là ??" !
Je vous laisse voter pour l'article de la semaine prochaine (vous avez vu, je suis de plus en plus feignasse) : Mes dix albums préférés / Mes dix films préférés / Comment réussir les spaghetti / Le Christ phosphorescent et mon oecuménisme à deux balles. En accord avec le fonctionnement démocratique de nos institutions, je vous laisse la possibilité de choisir un autre sujet. (En évitant les trucs du type "Le projet de société d'Ariane"  ou "Que pense Ariane de l'état du PS en 2007", vous seriez déçus.)
Avant de vous laisser retourner sur des sites plus profitables à votre épanouissement culturel, je me livre aux rituelles autoglorifications :
Je serai ce mardi de 10h à 11h sur Radio Suisse Romande.
Pour les étudiants parisiens : je suis interviewée dans le journal étudiant Contrepoint.
Vous me verrez en costume de chroniqueuse sur Paris Première dans Ca balance à Paris le 20.
Et en pom-pom girl sur MTV dans le dernier clip de 50 Cent prochainement. (Ca, c'était pas vrai.)

PS : je vous mets à contribution. Dites moi quel est le film qui vous a le plus terrifié ? (Genre, vous avez dû vous faire refaire toute la dentition le lendemain). Je fais une rechute névrotique sur le cinéma à en hurler au milieu de la nuit et j'ai besoin d'inspiration. Bonne semaine !

 

 

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 7 octobre 2007

Vous avez vu la nouvelle technique pour pallier mon manque profond de créativité bloguesque en ce moment ? Je me transforme en calendrier des Postes. Dimanche 7 octobre, la prochaine fois, vous aurez droit à des photos d'Ariane dans sa camionnette jaune.
Car, chers amis, j'ai eu mon permis.  Oui, je vous entends déjà. Dans mon coeur aussi, les bébés ours polaires déferlent, perchés sur leur miette d'iceberg à la dérive. Mais il n'y a pas de métro, ni de RER entre chez moi et le cinéma le plus proche. Imaginons que je veuille aller voir Joyeuses funérailles, qui a l'air de sacrément exciter les zygomatiques. Pour un film commençant à 21h, prévoyons un départ à midi et demi environ. Je n'oublie pas ma gourde, des vivres, un bâton de rando, une lampe de poche, un GPS, des feux de détresse, ma boussole, mon kit marshmallows au barbecue, six euros pour payer la place de ciné. Je dégaine ma machette de mon jean pour me frayer un chemin dans le maquis. (Pour un peu,  j'emporterais un  poste de TSF et recevrais des messages du genre "l'oiseau chante avec ses doigts"). Je prends garde à ne pas déclencher une avalanche, énerver les sangliers ou plonger dans une cheminée troglodyte, aménagée par quelques néandertaliens casaniers qui aimaient bien poser leurs bibelots en fémur de mammouth auprès de l'âtre. J'apprends à reconnaître l'amanite phalloïde du gentil cèpe, au cas où je me retrouverais coincée dans un buisson et devrais me sustenter. Pense-bête : quand je serai ensevelie sous l'écorce, se repérer à la pousse des lichens sur les troncs. Si je n'ai pas les yeux crevés par les épines. 
La majeure partie de moi-même arrivera à 17h à Hameau-le-Putréfié (pour les lambeaux de doigts, de nez et d'ongle restés coincés dans la jungle, on repassera). De là, je ferai du stop jusqu'à Hameau-le-juste-moisi, prendrai le bus pour La-Grande-ville (1000 habitants au moins). Le bus passera par Cabanon-l'insoupçonné, Hutte-la-vieille, Trou-sous-mousse et tombera en panne à Etable-sur-Graminée. Je ferai du stop en tracteur jusqu'à la Grande-ville. J'arriverai à 21h02 au cinéma, l'ouvreuse sera déjà partie rentrer ses chèvres. J'appellerai ma mère pour qu'elle vienne me chercher et fuck la planète.
Donc, j'ai passé mon permis. Cela a révolutionné ma technique de communication avec autrui :
"Veux-tu : Du gratin, réponse A.
Des spaghetti, réponse B.
Rien du tout, le marquage horizontal de ton jean te l'interdit, réponse C."
J'ai vaincu l'épreuve théorique.
J'ai passé une première fois l'épreuve pratique il y a deux semaines. Ce qui explique pourquoi la DDE veut ma mort, et la présence à chaque intersection des affiches "Wanted, serial killeuse en liberté. Lignes continues, élements de signalisation, pour votre sécurité, respectez le couvre-feu." Il faut dire que j'ai sous les yeux émerveillés de l'inspectrice arrasé un trottoir, failli améliorer le design de la Clio qui tournait sans clignotant, calé quatre fois et révolutionné la gestion des ronds-points.
Mais, suite à un séminaire intensif de psychomotricité, j'ai finalement eu le permis. Je vais donc pouvoir revenir sur ce blog. (Que j'ouvre toujours avec une certaine appréhension, me faisant traiter de grande dame germanopratine tous les deux jours, ce que je trouve d'autant plus surprenant que je n'ai mis qu'une seule fois les pieds à Saint Germain des Près. C'était la semaine dernière, je suis allée acheter un mascara "volume extatique, parce que tu le vaux bien" au Monoprix rue de Rennes. Voilà pour mon incursion dans l'aristocratie cérébrale de Paris.)
Je vous avoue que tous les dimanches, je me casse la tête pour trouver quelque chose à vous raconter, c'est pour ça que j'en viens à débiter ce genre de considérations hautement spéculatives sur le permis de conduire et le Monoprix rue de Rennes. Je me demande si un blog était vraiment la bonne formule, mais la simple idée de créer un site me donne l'impression d'avoir passé les quatre dernières heures sur un tourniquet, environnée de gamins qui hurlent. Au secours, de la technologie.
A vrai dire, si j'écris des articles, c'est seulement pour relooker de temps en temps l'espace où vous laissez des commentaires. Le but numéro un d'Aiglures, c'était d'échanger avec mes lecteurs, pas de révéler mes coutumes cosmétiques.
Donc j'en viens à ma requête : aidez-moi pour l'article de dimanche prochain, merci !
(*Accent russe* Camarades, ceci est un blog démocratique et populaire, participez-tous pour construire une première page nouvelle, faites le boulot à ma place pour le bien des prolétaires de tous les écrans, merci...)
Et vivent les loutres !

PS : On vient de me rappeller que je suis un "auteur français", c'est à dire quelqu'un de respectable, et que mon boulot n'est pas de parler des loutres et des tourniquets. Donc, voici la caution littéraire du jour, Ariane fait semblant de s'intéresser au prix Goncourt (pas pour moi, on s'entend) :

Tout le monde ne peut être
comme moi duchesse de Saint Germain des Près (on m'a couronnée récemment, ici-même), je transmets donc au vil peuple provincial la liste de la deuxième sélection du Goncourt :
Olivier Adam : A l'abri de rien (L'Olivier)
Philippe Claudel : Le rapport de Brodeck (Stock)
Marie Darrieussecq : Tom est mort (P.O.L.)
Clara Dupont-Monod : La passion selon Juette (Grasset)
Gilles Leroy : Alabama Song (Mercure de France)
Michèle Lesbre : Le canapé rouge (Sabine Wespieser)
Amélie Nothomb : Ni d'Eve ni d'Adam (Albin Michel)
Lydie Salvayre : Portrait de l'écrivain en animal domestique (Seuil)  


J'aimerais bien dire : "Donnez-le à Clara Dupont-Monod ! Parce qu'elle aurait déjà dû l'avoir pour La folie du roi Marc, parce que ses romans sont ambitieux, parce qu'ils font rêver, ce qui n'est pas négligeable, et parce qu'après Les bienveillantes, on aimerait bien avoir un Goncourt lisible..."
Mais je ne les ai pas tous lus. Je suspends donc mon jugement, qui tient la France entière en haleine. A dimanche prochain.

P.P.S. : Biblioblog, magnifique blog de lectures dont je vous ai déjà parlé, a publié une interview de moi à laquelle j'ai pris beaucoup de plaisir à répondre. C'est par là : http://biblioblog.fr/index.php/2007/09/30/682-interview-d-ariane-fornia

par Ariane Fornia publié dans : Divers
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Dimanche 23 septembre 2007
La semaine dernière, Marie m’a écrit :
J'ai été surprise de vous avoir vue ce matin dans l'emission littéraire Vol de Nuit; la fameuse Ariane Fornia! Vous avez un sacré débit! ; ) J'ai lu votre premier livre... il y a plusieurs années. Ma première  réaction a été celle de beaucoup de lecteurs: un bouquin d'une "ado" égocentrique qui se rebelle et qui crache son venin comme tous les "ados" qui se respectent. Et votre dernier livre, même s'il paraît avoir été écrit avec un plus grand recul, le thème reste le même. Et je vais vous dire franchement mon avis: c'est dommage de gâcher une si grande facilité pour l'écriture à des sujets aussi puérils. Vous êtes une adolescente qui se complet dans... l'adolescence!  Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus "puissant"? Avec vos facilités ce ne serait pas du luxe vous ne croyez pas?  On dit de vous (et vous le dites vous-même) que vous êtes "surdouée", "précoce", "d'une intelligence supérieure"... Pourtant vous privilégiez la forme au fond: vous écrivez bien, certes, mais vous racontez des gamineries sans importance et sans aucune profondeur. L'humour noir est à la mode ça c'est sûr, mais il faut savoir l'utiliser à bon escient. Vous êtes capable de mieux que ces textes infantiles et creux. Si vous êtes vraiment  quelqu'un de "précoce", d'une "intelligence supérieure", prouvez-le nous enfin! Et cessez ces enfantillages d'ado en crise qui prétend tout connaître et tout comprendre.Le propre de l'idiot, justement, est de croire qu'il a tout compris.Ne l'oubliez pas.Marie.


Chère Marie,
Je vous dois le respect pour ce commentaire constructif, permettez-moi  donc une réponse franche.
"Ma précocité et mon intelligence supérieure" ne sont que des bocaux dans lesquels on m’enferme. Je peux vous présenter le résultat d’un test de Q.I., mais je ne pourrai jamais certifier mon intelligence – car c’est quelque chose qui se construit et s’expérimente continuellement, à chaque situation face à laquelle on doit réagir. Je n’ai jamais cherché à affirmer ma supériorité sur qui que ce soit. Je n’ai jamais prétendu tout connaître, ni tout comprendre. Et je ne suis pas « en crise », ça va très bien merci. Voilà pour les précisions préliminaires, entrons maintenant dans le vif du sujet.
« Vous êtes une adolescence qui se complet dans… l’adolescence. » Oui, et j’ai dix-huit ans et trois semaines. Ne jugez pas l’œuvre qu’on construit en une vie à l’aune de ces quelques années. Vous allez me dire : Rimbaud, à dix-sept ans, écrivait des poèmes superbes. Bien sûr. Et de quoi parlaient-ils, dans leur immense majorité ? De l’adolescence et des sentiments adolescents. Aucun jeune auteur n’a réussi à singer l’expérience d’un vieil écrivain et composer Guerre et paix. A chaque âge ses plaisirs, c'est la même chose en littérature. Vous allez me dire : ne comparez pas  vos petites chroniques à la beauté des poèmes de Rimbaud. Je vous rassure, ce n’est pas mon intention. Je veux juste vous montrer qu’entre 1870 et aujourd’hui, plus d’un siècle s’est écoulé. Et qu’on n’échappe pas à son époque. Oui, je pourrais essayer d’être une nouvelle Victor Hugo, sans la rhétorique et la culture classique assénées des années durant dans les lycées du XIXe siècle, je pourrais me vautrer dans un marécage pseudo-lyrique qui n’intéresserait de toute façon PERSONNE, puisque la poésie et le lyrisme sont totalement passés de mode. Nous vivons au XIXe siècle, à l’ère des séries télé, du jetable, de l’invasion de l’image, de l’éphémère et du divertissement. Chercher sa place en littérature, ce n’est pas singer les anciens et nier en bloc tout ce qui fait 2007, c’est composer avec les exigences de notre époque pour trouver un écho. Cela a tout d’une lapalissade, mais cela mérite d’être répété : on écrit pour être lu. Et on évite de rebuter le lecteur en lui montrant ostensiblement qu’on méprise le siècle dans lequel il vit (aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de commencer un roman par cinquante pages de description introductive). Donc, on accorde des concessions à l’esprit actuel. Cela ne signifie pas sombrer dans la facilité. Je ne prends pas mes lecteurs pour des abrutis : si je veux être lue, je dois leur servir des choses de qualité. Et je crois sincèrement avoir fait de mon mieux dans Dernière morsure, pour offrir un portrait vrai et drôle de l’adolescence. L’humour est un appétant, mais je crois, j’espère avoir mis des choses plus substantielles dans la préparation. Dernière morsure se veut certes mode d’emploi, catalogue ironique de l’adolescence (cf l’abécédaire), mais aussi miroir des passions et des angoisses de cet âge (cf vertige de l’adolescence). Je reçois des mails qui me disent : « Vous avez raconté toute mon adolescence, tout ce que j’ai ressenti, je me suis entièrement reconnu(e) dans votre livre. » Vous dites que mes textes sont « infantiles et creux ». Mes lecteurs ne sont pas des veaux. Ils ne m’écriraient pas que j’ai capturé toute leur jeunesse si je m’étais contentée de lister les styles vestimentaires. Je ne renierai pas Dernière morsure, je ne mépriserai pas ceux qui l’ont aimé.
J’ai de l’ambition littéraire, et j’ai toute une vie pour vous le montrer. Si vous continuez à me lire, vous le verrez. A mon tour d’être sentencieuse : « n’oubliez pas » (je reprends votre formule) que pour les auteurs d’aujourd’hui, il faut concilier l’exigence et l’envie de plaire à tous. La littérature doit être agréable : lire, c’est avant tout un plaisir ! Vous vous plongez dans la Phénoménologie de l’esprit sur la plage, vous ? Ne préférez-vous pas la littérature, qui a vocation à divertir ? Cela dit, pour être une vraie joie, pas une satisfaction éphémère, un livre doit avoir une certaine substance, une profondeur. J’en suis bien consciente, et je ne néglige pas ces impératifs là. Mais, encore une fois : si je m’adonnais à mes vraies pulsions littéraires, romantiques, lyriques, mystiques et torturées, personne n’aurait jamais entendu parler de moi. Et c’est bien normal. Dans mon journal intime, j’écris ce que je veux. Dans ce que je publie, j’essaie de penser à mon lecteur. Je ne vis pas barricadée dans ma tour d’ivoire. On ne tire pas impunément la langue à son siècle.
« Pourquoi ne pas écrire quelque chose de plus mature, de plus puissant ? », me demandez-vous. Merci de m’en croire capable, mais je vous renvoie la question : si c’est si facile, pourquoi ne le faites-vous pas ? La république des lettres en 2007 n’est pas le jardin d’Eden, et il n’est pas si aisé d’y trouver sa place.
Merci d’avoir pris la peine de me lire et de m’exposer vos idées.
Bien à vous,
Ariane F.
par Ariane Fornia publié dans : Réponses à vos questions
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